Transition énergétique : le Royaume-Uni mise sur l'énergie nucléaire

Transition énergétique : le Royaume-Uni mise sur l’énergie nucléaire

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Alors qu’une seule centrale sur les huit que possède actuellement le Royaume Uni, devrait encore fonctionner après 2030, le gouvernement britannique a fait de la relance de l’atome et du renouvellement de son parc de production nucléaire l’une des priorités de la décennie à venir. Réunis mi-septembre à Londres à l’occasion d’une conférence mondiale sur l’industrie nucléaire, plusieurs fabricants étrangers comme le français Areva, le chinois CGN, le japonais Hitachi ou l’américain Westinghouse ont salué l’implication du gouvernement dans ce cadre, et évoqué les progrès réalisés dans les différents projets en cours.

Une énergie incontournable pour la sécurité énergétique 

Brièvement interrompu entre 1995 et 2004 par l’arrivée du pétrole et du gaz en mer du Nord, le développement de l’énergie nucléaire outre-manche a repris de plus belle dès 2011 pour faire face à l’impérieuse nécessité de lutter contre le changement climatique. Cet engagement s’est traduit par une loi, l’Electricity Market Reform, qui reconnaît le nucléaire comme une énergie bas-carbone qui doit contribuer « de manière significative » à la réduction des émissions de CO2, aux côtés des énergies renouvelables.

Mais au-delà de la seule question climatique, le pays (qui doit faire face à la diminution de ses ressources fossiles en mer du Nord) se devait d’assurer en priorité sa sécurité d’approvisionnement, et choisit dans ce cadre de maintenir un mix électrique à la fois équilibré et diversifié. Les réacteurs britanniques (mis en service à la fin des années 1950) arrivent en effet en fin de vie et, sur la quinzaine encore opérationnels, un seul fonctionnera en 2030. Sans renouvellement du parc nucléaire, le Royaume-Uni aurait dû organiser le remplacement d’environ 20 % de sa production d’électricité, et plus encore depuis que le gouvernement a annoncé la fermeture progressive des centrales au charbon d’ici 2025.

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Souhaitant multiplier les sources d’énergie face à la hausse de la consommation et conjurer le spectre du black-out, les autorités travaillent donc avec des industriels pour renouveler ce parc depuis plusieurs années maintenant. « L’énergie nucléaire doit faire partie du mix électrique. Personne ne dit qu’il faut tout alimenter au nucléaire, mais il doit avoir sa place », explique à l’AFP Tom Greatrex, le directeur de l’Association de l’industrie nucléaire britannique. Précisons qu’au Royaume-Uni, le nucléaire bénéficie d’un important soutien de la part des citoyens (45 % d’opinion favorable et 20% d’opinion défavorable) et d’un large consensus politique des principaux partis de gouvernement (Tories, Labour et LibDem). « Le Royaume-Uni est le meilleur endroit au monde pour le nucléaire, car il ne suscite pas d’importante polémique politique », ajoute pour sa part David Powell, un responsable européen du groupe Hitachi.

Un programme de développement nucléaire massif

Le Royaume-Uni a donc parié sans ambiguïté sur le renouvellement de son parc nucléaire pour assurer ses besoins énergétiques futurs, et projette de construire environ 16 GW de capacités nucléaires, soit l’équivalent d’une dizaine de réacteurs. Plusieurs centrales ont déjà vu leur durée de vie prolongée de cinq ans dont les sites EDF de Heysham (1 et 2), de Hartlepool et de Torness, et de nouvelles installations devraient voir le jour dans la prochaine décennie. Le projet Hinkley Point C tout d’abord, porté par les entreprises publiques française EDF et chinoise CGN, vise à mettre en service deux réacteurs de type EPR dans le sud-ouest de l’Angleterre pour 18 milliards de livres (25,5 milliards d’euros). Ces deux réacteurs nouvelle génération, actuellement en cours de construction, permettront dès 2025, de répondre à 7% des besoins en électricité de la Grande-Bretagne sur une période de 60 ans, et de créer 25.000 emplois. EDF envisage en outre une petite sœur pour Hinkley, à Sizewell, dans le Suffolk (est), tandis que CGN voudrait faire homologuer sa technologie pour une centrale supplémentaire dans l’Essex (est).

En parallèle, le projet Moorside prévoit la construction de 3,8 gigawatts de capacités de production à Sellafield, dans le comté de Cumbrie, dans le nord-ouest de l’Angleterre, avec trois réacteurs AP-1000 conçus par l’américain Westinghouse. Toshiba, seul actionnaire de NuGen (filiale en charge du projet) depuis qu’il a été contraint de racheter au français Engie sa participation de 40% en juillet dernier, est toutefois en grande difficulté et compte sur un éventuel investissement du chinois CGN pour boucler ce projet. « CGN a accepté l’invitation de faire une offre pour prendre une participation dans la société NuGen« , a indiqué le groupe japonais à l’AFP. Le groupe Horizon enfin, soutenu majoritairement par Hitachi, un autre industriel japonais, serait proche d’obtenir l’homologation de son réacteur et prévoit un démarrage de sa centrale galloise de Wylfa entre 2020 et 2025.

Lire aussi : Toshiba confirme son projet de centrale nucléaire britannique

En fin de compte, si tous projets venaient à se concrétiser, le nucléaire maintiendrait sa part de 21% dans la production d’électricité du pays, contre 42% pour le gaz, 9% pour le charbon et 24% pour les énergies renouvelables.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • A noter :

    Prix officiel de production des projets britanniques d’éolien offshore 2021-2022 : 74,75 £/MWh

    et en 2022-2023 : 57,50 £/MWh

    Prix attribué à EDF pour le nucléaire d’Hinkley Point C en 2012 (1ère centrale nucléaire en Grande-Bretagne depuis plus de deux décennies) et relevé depuis : 92,50 £/MWh

    Les nouveaux prix éolien offshore sont en moyenne inférieurs de 47 % à ce qu’ils étaient il y a un peu plus de deux ans et demi.

    Avis de Peter Kiernan, analyste principal de l’énergie à l’Economist Intelligence Unit : « la trajectoire des technologies renouvelables moins coûteuses est irréversible »

    et de Michael Grubb, professeur de politique internationale sur l’énergie et le changement climatique à l’University College de Londres : « les résultats de la vente aux enchères confirment une nouvelle ère dans l’énergie au Royaume-Uni »

    « L’énergie éolienne pourrait devenir un produit d’exportation, car la baisse des coûts de construction se conjugue à une livre plus faible après la finalisation de Brexit ».

    Conclusion : çà va devenir difficile de justifier auprès du public un prix du nucléaire actuellement déjà 2 fois plus cher et rapidement selon les projections sans doute 4 fois plus cher voire plus et ce alors que les prix du stockage sont sur une même tendance de baisse des prix, voire supérieure selon les technologies et que les prix du nucléaire sont bruts de frais notamment de démantèlement, stockage et risques.

    http://oilprice.com/Alternative-Energy/Wind-Power/The-Two-Nations-Leading-The-Wind-Power-Race.html

    Répondre
  • Le nucléaire pour « lutter contre le changement climatique »… mais énergies renouvelables et économies d’énergie sont bien plus intéressants, étant moins coûteux, sans dangers et ne générant pas de déchets radioactifs. CO2 ou déchets radioactifs : c’est le choix entre la peste ou le choléra.
    Le prix de l’éolien britannique comme vous le détaillez Energie+, est inférieur à celui du nucléaire, avec un écart qui ne cesse de s’agrandir. Le Royaume-Uni détenant le plus fort potentiel éolien d’Europe, pourquoi ne privilégie-t-il pas cette source d’énergie au détriment du ruineux nucléaire !?

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