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Sûreté nucléaire : les Diesels d’Ultime Secours au coeur du dispositif post-Fukushima

Édictées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) après la catastrophe de Fukushima au Japon en 2011, les nouvelles normes de sûreté et de sécurité nucléaire applicables au parc d’exploitation français tirent les enseignements des dysfonctionnements rencontrés en France comme à l’étranger. Elles tentent notamment de prendre en compte de manière optimale le risque d’événements naturels extrêmes, et imposent au groupe EDF toute une série de modifications dont la mise en place, à l’horizon 2018, d’un diesel d’ultime secours (DUS) pour chaque réacteur en activité.

Mesures post-Fukushima et sûreté nucléaire renforcée

Si la France dispose déjà d’un cadre réglementaire très stricte en matière de sûreté nucléaire et jouit d’une très bonne réputation à l’internationale, le tsunami qui a frappé le Japon en 2011 et l’accident de la centrale de Fukushima qui en a résulté, ont rappelé les risques encourus, et imposé à l’ensemble des pays exploitant l’atome la prise de nouvelles précautions. Une évaluation complète du parc nucléaire français a été réalisée à cette occasion, à la demande de l’ASN, avec pour objectif d’adapter le niveau de sûreté des installations françaises à ce type d’événements extrêmes.
« Fin 2011, l’Europe nous a demandé de réaliser des “stress-tests” dans nos centrales. Il fallait regarder comment les installations se comportaient face à des situations extrêmes. Nous avons effectué ces tests non seulement sur les réacteurs, mais aussi sur les autres installations« , explique au Journal L’Humanité Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN.

Lire aussi : Sûreté nucléaire : la FARN en action à la centrale de Gravelines

A la suite de ce passage en revue, l’ASN a préconisé la mise en place de « noyaux durs » regroupant un nombre limité de dispositifs matériels et organisationnels destinés à assurer les fonctions vitales pour la sûreté des installations, y compris en cas d’événements extrêmes, au-delà des marges de sûreté actuelles. Ces équipements complémentaires sont en cours d’installation depuis le début de l’année 2015 et comprennent, pour chaque centrale, un générateur diesel d’ultime secours de grande capacité, un appoint en eau ultime et un centre de crise local capable de résister à des agressions externes. De son côté, le groupe EDF s’est également imposé un volet de mesures supplémentaires comme la mise en place d’un dispositif autonome de renforcement des sources de refroidissement du réacteur, ou la création d’une force d’action rapide nucléaire (FARN), capable d’intervenir en moins de 24h partout en France pour pérenniser le refroidissement des réacteurs en cas de crise. La FARN regroupe à ce jour 300 experts, ingénieurs et techniciens répartis sur les quatre sites de Civaux (Vienne), de Paluel (Normandie), de Dampierre (Loiret) et du Bugey (Ain).

Garantir une alimentation de secours en eau et en électricité

Si les agressions naturelles extérieures pouvant s’abattre sur un centre de production nucléaire sont de différents types, l’objectif principal de ce programme de renforcement est d’envisager tous les scénarios possibles et de garantir, quelle que soit la situation rencontrée, l’alimentation du site en eau et en électricité. Cet approvisionnement continu en énergie est en effet essentiel dans la gestion d’une installation nucléaire et permettrait, le cas échéant, d’éviter la fusion des cœurs de réacteurs ou les rejets radioactifs dans l’atmosphère.

Pour cela, chaque unité de production nucléaire est équipée dès sa mise en service de deux groupes électrogènes de secours, qui en cas de coupure du réseau électrique, sont capables de fournir en quelques minutes l’électricité nécessaire au refroidissement du réacteur. Les diesels d’ultime secours (DUS) viennent s’ajouter à ces équipements afin de renforcer le niveau de réactivité des installations et de résister ainsi aux situations les plus extrêmes. Ils sont équipés d’un groupe diesel (moteur + alternateur) d’une puissance électrique d’environ 3.5 MW, de deux réservoirs de fuel de 60m3, d’un système de commande automatisé et d’un certain nombre d’équipements électriques associés, qui permettront d’assurer un fonctionnement autonome du site pour une durée de 15 jours maximum. Un délai largement suffisant à une reprise en main des équipements défaillants ou au retour à la normal en cas d’événements naturels.

Des équipements « bunkérisés » conçus pour résister aux événements extrêmes

Pensés pour supporter un niveau d’agression supérieur à celui des diesels de secours déjà en place, les diesels d’ultime secours sont abrités dans des bâtiments réalisés en béton-armé capables de résister, selon les sites et les caractéristiques géologiques et météorologiques de chaque région, à des catastrophes naturelles de grande ampleur comme les séismes, les tornades ou les inondations. Ces « bunkers » de 25m de long, pour 12m de large et 15m de hauteur peuvent en effet résister à des séismes de magnitude très élevée grâce à leurs épaisses parois (50 cm d’épaisseur pour les parois externes et 20 cm pour les parois internes).

Un référentiel de sûreté, établi pour chaque site et réexaminé tous les dix ans, permet d’évaluer avec précision le niveau de risques naturels, et d’adapter le dimensionnement des équipements de secours du noyau dur à ces particularités. Une marge de précaution est prévue dans ce cadre et consiste à anticiper un niveau d’agression supérieur au référentiel de l’ordre de 50% dans tous les domaines (séismes, grands vents, tornades, inondations, foudre, projectile, etc.)

Lire aussi : La sûreté du parc nucléaire français a progressé en 2016

Prévus dans le cadre du Grand Carénage en concertation avec l’ASN, ces DUS sont toujours en cours d’installation actuellement. Ils devraient équiper d’ici 2018 l’ensemble des unités de production nucléaire en activité.

Crédits photo : EDF

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Mwouais… L’analyse post fukushima a surtout montré l’importance de pouvoir garder le controle des vannes, des capteurs… Si les japonais n’avaient pu ne serais ce que ouvrir les vannes des dispositifs de refroidissement, et voir ce qui se passait, la situation aurait été autre.
    La difficiluté de touts ces trucs, c’est qu’on ne peut prévoir l’imprevisible.

    La mise en place de ces groupes va dans le bon sens, reste a savoir quelle sera la nature de la prochaine catastrophe…

    On peut toujours réduire le risque, l’annuler est … impossible!

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