Présidentielle au Kazakhstan : énergie et développement économique, enjeux numéro 1 - L'EnerGeek

Présidentielle au Kazakhstan : énergie et développement économique, enjeux numéro 1

Alors que l’énergie est au cœur des préoccupations des chefs d’État européens, le Kazakhstan -premier fournisseur d’uranium de la France et gros exportateur d’hydrocarbures à destination de l’Europe- appelle ses citoyens aux urnes pour une présidentielle où le Président sortant fait figure de grand favori. L’enjeu principal de ce scrutin : obtenir la plus large adhésion au programme disruptif de développement économique du pays porté par le président sortant. Et un objectif : sortir de la dépendance de la manne financière tirée des énergies fossiles.

Lundi 21 novembre, la commission centrale des élections de la République du Kazakhstan devrait annoncer les résultats préliminaires de la présidentielle anticipée. Personne n’attend autre chose qu’une réélection de Kassym-Jomart Tokaïev, et ce, dès le premier tour. Mais ce n’est pas l’objectif poursuivi par le président sortant en déclenchant cette élection présidentielle anticipée. Après le référendum du mois de juin dernier, révisant en profondeur la Constitution et réduisant notamment drastiquement les pouvoirs du président, l’enjeu de ce scrutin est aussi de valider la nouvelle stratégie économique du pays.

Une stratégie qui doit trouver sa voie, semée d’embuches dans un contexte géopolitique, économique et énergétique sans commune mesure avec ce qu’il était au lendemain des émeutes de janvier, au moment de l’annonce des premiers projets de réformes. À l’époque, l’Ukraine n’avait pas été agressée par la Russie et l’Europe ne se trouvait pas plongée dans une crise énergétique d’une violence inouïe.

Diversifier à tout prix l’économie, mais continuer de miser sur l’atome

Pour le Kazakhstan, les recettes tirées de la vente d’hydrocarbures pesaient encore 40 % du budget de fonctionnement de l’État en 2021. La flambée du cours du pétrole et du gaz en 2022 devrait faire exploser un peu plus encore la manne pétrolière et gazière.

Pourtant, loin de tomber dans le piège du gaz algérien ou du pétrole gabonais (liste longue et non exhaustive) le Kazakhstan cherche activement à diversifier son économie, et ses sources de revenus. Sa position stratégique en Asie Centrale lui permet de revendiquer un rôle de hub logistique dans la région. Les routes de la Soie, au pluriel, le traversent. Par ailleurs, Astana vante les mérites de sa population, plus anglophone que partout ailleurs dans la région, plus éduquée aussi, tout en étant désormais meilleure marché, notamment grâce aux notamment aux avantages fiscaux et allégements de charges offerts aux investisseurs étrangers dans plusieurs oblasts.

Mieux encore : dans les universités kazakhstanaises, ingénieurs et chercheurs travaillent sur les énergies de demain, alors même que les sous-sols du pays contiennent des siècles de réserve, au rythme actuel de son exploitation. On réfléchit même à doter le pays d’une ou de plusieurs centrales nucléaires pour produire son électricité, aujourd’hui fabriquée en grande partie avec du gaz et des barrages hydroélectriques. Ce n’est pas l’uranium qui manque !

Aux dernières nouvelles, les Russes, les Japonais et les Français étaient toujours dans la course pour signer le premier contrat de construction d’un réacteur nucléaire kazakhstanais.

Réconcilier le Kazakhstan des villes et le Kazakhstan des champs

C’est donc dans ce contexte d’ensemble que la question de l’avenir du pays  est posée aux 11 millions d’électeurs kazakhstanais, dans un pays quasiment aussi grand que l’Europe. Il sera notamment instructif, et politiquement utile, d’analyser le résultat des élections dans ce que l’on pourrait appeler le « Kazakhstan périphérique », pour paraphraser le titre de l’ouvrage de référence de Christophe Guilluy, qui dénonce la fracture désormais béante entre une France des villes, et une France des champs. Le Parti Agricole présente un candidat, tout comme l’ancien Parti communiste, devenu Populaire.

Au Kazakhstan, les Toyota Land Cruiser arrêtés à tous les feux rouges d’Almaty comme d’Astana matérialisent le fossé qui oppose le Kazakhstan des villes et des élites au Kazakhstan rural, où les Lada Nivaet  autres fourgonnettes Bukhanka à bout de souffle sont encore reines.

Il y a encore un monde d’écart entre les gratte-ciels et bâtiments officiels audacieux de d’Astana aux villages standardisés soviétiques des années 50. C’est pourtant dans les écoles de ces villages où l’on s’attend aux meilleurs taux de participation ce dimanche 20 novembre. Car ce sont précisément dans ces régions que la réalisation des promesses de démocratisation, d’investissements massifs dans l’éducation et de diversification de l’économie sont attendues avec le plus d’impatience.

Rédigé par : Jean-Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud
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COMMENTAIRES

  • Les études et modélisations indépendantes trouvent chaque fois le nucléaire trop cher

    De plus il est chaque fois ciblé lors des conflits (menaces de l’Iran envers Israël, invasion de l’Ukraine etc)

    Exemple parmi beaucoup d’autres d’Oxford à Stanford en passant par Rynstad, Lut, Caltech etc, et pourtant les Etats-Unis ne sont pas les champions en efficacité énergétique

    Etude et modélisation du NREL (E-U) : les quatre voies menant à un secteur de l’énergie 100 % décarbonée d’ici 2035, même avec une demande 66 % plus élevée pour l’électrification des transports et des bâtiments, peuvent conduire à une économie à émissions nettes nulles d’ici 2050.

    “Le rapport coût-efficacité des investissements dans l’éolien, le solaire, le stockage et la transmission est clairement meilleur que celui du nouveau nucléaire”

    “Dans le scénario avec le coût le plus élevé, la quantité de vent qui peut être fournie aux centres de population est limitée et davantage de stockage et de production nucléaire sont déployés”

    Les incertitudes concernant la combinaison des ressources et les coûts augmentent après 2030 avec la nécessité de répondre aux pics de demande diurnes et saisonniers croissants à partir d’une pénétration de la production renouvelable supérieure à 90 %

    Le LDES, que le NREL appelle le stockage “saisonnier”, est représenté dans l’étude par l’hydrogène renouvelable, mais pourrait provenir de diverses technologies. Il s’agit notamment de syngaz ou des carburants à base d’ammoniac, des nouvelles batteries chimiques (de flux etc), du stockage thermique, de l’air comprimé adiabatique, du stockage par pompage enterré ou pas, des technologies gravitaires etc

    Le stockage de l’énergie renouvelable LDES peut permettre de résoudre le problème du décalage saisonnier lié à l’augmentation des pics de demande en été et en hiver, à mesure que les énergies renouvelables approchent les 100 % et que l’électrification se développe. Le stockage épuisé par l’utilisation de périodes prolongées de forte demande et de faibles énergies renouvelables en été ou en hiver peut être reconstitué par les surplus d’énergies renouvelables du printemps et de l’automne afin d’éviter les restrictions et les pertes économiques

    Des solutions multiples seront nécessaires pour atteindre les objectifs de 2035, ont convenu Jacob Susman, PDG et cofondateur d’Ambient Fuels, qui fournit de l’hydrogène vert à partir de sources d’énergie renouvelables et d’eau, et Nidhi Thakar, vice-présidente chargée des politiques et de la réglementation chez Form Energy, qui a mis au point une batterie fer-air révolutionnaire d’une durée de 100 heures et de plusieurs jours.

    L’énergie solaire peut être planifiée en toute sécurité, loin des corridors de la faune et de la flore, et l’énergie éolienne peut être construite en mer

    L’approche de planification de TNC peuvent accélérer le développement de l’énergie solaire dans le Sud-Ouest, de l’énergie éolienne terrestre dans le Midwest, de l’énergie éolienne offshore sur la côte Est et de la transmission interrégionale au niveau national, a convenu Nathanael Greene, analyste principal des politiques d’énergie renouvelable au Natural Resources Defense Council.

    La conclusion la plus importante de l’étude du DOE “est qu’à l’heure actuelle, la démonstration est clairement favorable au “oui” à la construction de tout projet solaire, éolien, de stockage et de transmission aussi rapidement que possible pour atteindre les objectifs nationaux au meilleur coût.

    https://www.energy.gov/eere/articles/nrel-study-identifies-opportunities-and-challenges-achieving-us-transformational-goal

    .

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  • Accord NREL et Lituanie pour passer aux 100% énergies renouvelables dans ce pays (LT100) sur le modèle de l’étude très approfondie sur les énergies renouvelables à 100 % à Los Angeles (LA100)

    “Afin d’évoluer vers une énergie 100% renouvelable et de décarboner notre industrie, nous devrons plus que tripler la quantité de production d’énergie renouvelable en Lituanie”, a déclaré le ministre lituanien de l’Énergie, Dainius Kreivys.

    C’est un défi de taille pour un pays qui importe encore aujourd’hui les 2/3 de son électricité.

    La coopération avec le NREL, qui possède la meilleure expérience dans le domaine de la recherche sur les énergies renouvelables, s’articulera autour de quatre axes techniques :

    – 100% Pathways pour le système électrique lituanien
    – Planification et analyse du réseau de distribution
    – Opportunités de production et d’utilisation de l’hydrogène
    – Émissions de gaz à effet de serre, qualité de l’air et bienfaits pour la santé.

    Les résultats permettront à la Lituanie d’exploiter efficacement les ressources énergétiques nationales du pays et d’accélérer son cheminement vers l’indépendance énergétique.

    Alors que l’accord s’étend sur quatre ans au total, la majeure partie de l’étude sera achevée et publiée à la fin de la deuxième année. Les deux dernières années comprendront un soutien direct du NREL pour le renforcement des capacités, la formation et la mise en œuvre.

    https://www.nrel.gov/news/program/2022/nrel-lithuanian-energy-agency-partner-to-launch-100-renewable-energy-study.html

    .

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