Au Pakistan, l'énergie nucléaire pour résoudre la crise énergétique Au Pakistan, l'énergie nucléaire pour résoudre la crise énergétique

Au Pakistan, l’énergie nucléaire pour résoudre la crise énergétique

Centrale nucléaire Pakistan

Confronté à une crise énergétique sans précédent, le Pakistan entend diversifier ses sources d’approvisionnement électrique et compte notamment sur le développement de l’énergie nucléaire pour réduire à la fois son déficit énergétique et sa dépendance aux combustibles fossiles. Islamabad a inauguré dans ce cadre, le 28 décembre dernier, sa quatrième centrale nucléaire d’une puissance de 340 mégawatts réalisée en collaboration avec la Chine.

Un déficit d’électricité chronique

Avec plus de 185 millions d’habitants en 2014, le Pakistan est le sixième pays le plus peuplé au monde et consomme pourtant près de trois fois moins d’énergie que la France. Selon les dernières données disponibles de l’Agence internationale de l’énergie, plus de 30% des Pakistanais n’avaient pas accès à l’électricité en 2012 (soit 56 millions d’habitants), et près de 62% de la population utilisent encore la biomasse traditionnelle pour cuisiner en raison du manque d’accès à l’électricité et au gaz.

Karachi
Karachi

Le coût élevé de l’énergie et les problèmes d’infrastructures de distribution ont contribué à enfoncer le pays dans la crise énergétique et économique. Frappé par de fortes chaleurs lors des périodes estivales (+50°), le pays ne parvient plus à garantir l’approvisionnement énergétique de la région de Karachi, et le déficit électrique du réseau local s’élève désormais à plus de 4.000 mégawatts, provoquant logiquement d’incessantes coupures d’électricité imposées par les autorités. Le Pakistan affiche dans son ensemble un déficit chronique d’électricité, qui peut atteindre 7.000 MW en été, soit environ un tiers de la demande totale.

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Le Premier ministre Nawaz Sharif s’est engagé à résoudre cette crise d’ici 2018 et doit composer pour cela avec un mix électrique national en matière de production électrique dominé à hauteur de 68% par les hydrocarbures (gaz et fioul), alors même que le pays est un importateur net de pétrole et que ses ressources en gaz, autrefois abondantes, sont en voie de raréfaction. Le fort potentiel hydroélectrique semble impuissant compte tenu de la vétusté des installations et les énergies renouvelables intermittentes (solaire en tête) apparaissent prometteuses mais insuffisantes pour garantir la stabilité du réseau à moyen terme.

Des ambitions affirmées dans la production nucléaire

Outre le charbon, devenu une alternative très économique depuis la découverte récente de vastes gisements dans le sud du Pakistan (le pays a inauguré sa première centrale à charbon en 2014), le gouvernement de M. Sharif mise donc aujourd’hui sur l’énergie nucléaire pour réduire ce gigantesque déficit d’électricité et atténuer sa dépendance aux hydrocarbures. Il vient de mettre en service officiellement la semaine dernière son quatrième réacteur nucléaire baptisé Chashma-III, et entend bien poursuivre sur cette voie. Le Pakistan, dont la première centrale nucléaire a été fournie par le Canada en 1972, espère en effet produire près de 9.000 mégawatts d’énergie atomique d’ici 2030.

Le réacteur Chashma-III, situé à environ 250 km au sud-ouest de la capitale Islamabad, est le troisième du genre à naître de la collaboration entre la Pakistan Atomic Energy Commission (PAEC) et la China National Nuclear Corporation (CNNC). « Aujourd’hui, nous avons franchi une étape importante dans notre voyage vers une nation libérée des coupures de courant », a déclaré le Premier ministre Nawaz Sharif lors de la cérémonie d’inauguration. Le Pakistan prévoit par ailleurs de doubler dans le même temps la production de la centrale de Chashma (actuellement de 600 mégawatts).

Lire aussi : Début de la construction de deux réacteurs nucléaires au Pakistan

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Réacteur Chashma C4 en construction

« Un réacteur supplémentaire, Chashma-IV, devrait à son tour démarrer d’ici avril 2017, ainsi que deux autres à une date encore inconnue dans le centre du Pakistan », a-t-il ajouté. Ces deux nouvelles centrales nucléaires K2 et K3 seront édifiées près de celle de Kanupp, la centrale de Karachi construite il y a 43 ans, et ajouteront 1100 mégawatts au réseau électrique national. Financées en grande partie à l’aide d’un prêt de la Chine, elles seront administrées par le Pakistan et participeront au renforcement de l’approvisionnement de la ville de Karachi et de ses 20 millions d’habitants.

Une nouvelle interconnexion avec l’Asie centrale

En parallèle, les chefs d’Etat et de gouvernement de quatre pays asiatiques ont lancé en mai dernier le coup d’envoi de la construction d’une ligne électrique traversant l’Asie centrale. Baptisée CASA-1000, impliquant un financement d’un milliard de dollars pris en partie en charge par les Etats-Unis et la Banque mondiale, cette ligne de 1.200 kilomètres aura une capacité de 1.300 mégawatts.

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Elle reliera d’ici 2018 le Pakistan au Kirghizistan, au Tadjikistan, à l’Afghanistan, et permettra à ces républiques post-soviétiques d’Asie centrale d’envoyer leurs excédents d’électricité vers le Pakistan. Pays montagneux, le Tadjikistan dispose d’importantes capacités de production d’hydroélectricité et fournira plus de 75% du courant exporté.

Crédits photo : AIEA – PAEC

Rédigé par : La Rédaction

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