Depuis sept mois, le conflit au Moyen-Orient perturbe le transit pétrolier via le détroit d’Ormuz, entraînant des prix record des carburants en France : 2,41 € le litre de gazole le 20 septembre, et 2,17 € pour le SP95-E10. En réponse à cette hausse, le Premier ministre Sébastien Lecornu organise deux réunions d’urgence à Matignon ce lundi 21 septembre 2026 pour évaluer les approvisionnements et élaborer des mesures d’aide. Comprendre ces dynamiques énergétiques est essentiel pour identifier les leviers techniques afin de contenir les prix.
Disruption de la chaîne d’approvisionnement pétrolier
Le détroit d’Ormuz, passage clé entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, assure environ 21 % du transport pétrolier mondial. Depuis février 2026, les opérations militaires dans la région ont perturbé ce passage : mines flottantes, inspections forcées de tankers et fermetures temporaires. Le débit quotidien, habituellement de 21 millions de barils, est tombé à 15 millions, d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Les primes des assureurs ont triplé, augmentant le coût du transport maritime.
Malgré les assurances du ministre de l’Économie, Roland Lescure, sur France Inter concernant la sécurité des stocks, les armateurs évitent la zone, préférant des routes alternatives par le cap de Bonne-Espérance, ce qui rallonge les délais de livraison de 10 à 15 jours et augmente les coûts de 20 à 30 %.
Le prix du baril de Brent, référence européenne, est passé de 78 dollars en février 2026 à 112 dollars mi-septembre, soit une hausse de 43 %. Le Figaro indique que les marchés anticipent une prolongation du conflit au moins jusqu’à fin 2026, maintenant ainsi la pression sur les prix. Les raffineries européennes, comme celles de TotalEnergies et Eni, subissent un double choc : hausse du coût du brut et saturation des capacités de raffinage.
La France, qui importe 99 % de son pétrole, principalement d’Arabie saoudite, d’Irak et du Kazakhstan, doit diversifier ses sources vers la Norvège et les États-Unis, à des tarifs plus élevés. Maud Bregeon, ministre chargée de l’Énergie, a souligné sur LCI que la situation mondiale actuelle explique directement la hausse des prix des carburants.
Gestion des stocks stratégiques français
La France possède environ 117 jours de réserves stratégiques, soit 20 millions de tonnes, légèrement au-dessus du minimum légal de 90 jours exigé par l’AIE. Roland Lescure a affirmé que ces stocks sont actuellement pleins, écartant tout risque immédiat de pénurie. Cependant, maintenir ces réserves à leur niveau optimal nécessite des rotations régulières et des achats sur un marché tendu. Le gouvernement interdit tout prélèvement massif pour éviter une baisse visible des stocks et des achats paniques. Le taux de pénurie dans les stations-service est de 17 %, un niveau jugé normal après un week-end, mais sous surveillance.
Matignon adopte une stratégie préventive avec des achats anticipés de brut sur les marchés spot, des négociations bilatérales pour sécuriser des contrats à long terme, et l’activation partielle des accords de solidarité énergétique au sein de l’UE. Franceinfo précise que la première réunion du lundi concerne l’état des approvisionnements en pétrole et gaz, avec la participation de responsables de TotalEnergies.
Le gouvernement vise à éviter toute rupture physique d’approvisionnement, même si les prix restent élevés, refusant de puiser dans les stocks stratégiques pour faire baisser artificiellement les prix à la pompe.
Formation des prix à la pompe
Le prix des carburants à la pompe découle d’une chaîne complexe. Pour un litre de gazole à 2,41 €, le coût se répartit approximativement comme suit : 0,95 € pour le brut, 0,30 € pour le raffinage et la distribution, et 1,16 € de taxes. Les taxes représentent 48 % du prix final et sont stables depuis 2022.
Les marges de raffinage sont comprimées, avec des raffineries européennes tournant à 85 % de capacité en raison de maintenances différées et de contraintes environnementales. TotalEnergies a temporairement fermé sa raffinerie de Donges en août pour mise aux normes, réduisant l’offre nationale de 10 %.
Les stations TotalEnergies, moins chères grâce à l’intégration verticale du groupe, font face à des ruptures partielles de stock en raison d’un afflux de clients. Roland Lescure a confirmé que ces stations, étant moins chères, subissent des ruptures de stock partielles.
Solutions énergétiques pour maîtriser la hausse
Le gouvernement envisage un plafonnement des prix, inspiré du Luxembourg et de la Belgique, pour début 2027. Ces pays limitent les marges de distribution ou imposent un prix maximum hebdomadaire. Sud Ouest mentionne que le gouvernement préfère étendre les aides ciblées plutôt que de baisser les taxes, jugées budgétairement insoutenables.
Le plafonnement présente des risques techniques : pénuries potentielles si le prix est inférieur au coût d’approvisionnement, distorsions de concurrence et contrôle administratif lourd. L’Allemagne a opté pour un rabais fiscal temporaire de 0,30 € par litre, financé par un prélèvement exceptionnel sur les superprofits des énergéticiens.
La crise actuelle stimule la réflexion sur la transition énergétique. La France consomme 40 millions de tonnes de produits pétroliers par an, dont 75 % pour les transports. Développer les véhicules électriques, les biocarburants avancés et le covoiturage pourrait réduire cette dépendance de 20 % d’ici 2030, selon l’ADEME.
Le gouvernement a prolongé les aides aux grands rouleurs jusqu’au 31 décembre, mais la moitié des bénéficiaires potentiels n’ont pas encore fait leur demande. L’objectif est de cibler efficacement les ménages vulnérables sans subventionner massivement la consommation pétrolière.
À moyen terme, la sécurisation énergétique nécessite une diversification des sources et une réduction structurelle de la demande. Bien que douloureuse, la situation actuelle pourrait accélérer une transformation énergétique longtemps retardée. Le record historique du gazole souligne la fragilité d’une dépendance excessive à une seule ressource et à des routes d’approvisionnement vulnérables.






