La Russie a repris les exportations de fonte brute depuis le port arctique de Mourmansk, une opération inédite depuis 1996. Cette réorientation vise à contourner les frappes ukrainiennes qui perturbent les routes commerciales russes en mer Noire, rapporte le Financial Times.
Plus de 180 wagons ont acheminé ce métal depuis l’Oural pour constituer un premier chargement de 65 000 tonnes. La Turquie est présentée comme la destination la plus probable de cette cargaison d’essai. Pour accueillir ces volumes, inhabituels sur ses quais, le port de Mourmansk a dû s’équiper de godets spéciaux et d’électroaimants.
Le choix de l’Arctique n’a rien d’anodin. Le Financial Times établit un lien direct avec l’interdiction par l’Union européenne des importations de fonte russe, en vigueur depuis le 1er janvier 2026. La dernière expédition depuis le port de Novorossiïsk, en mer Noire, remonte au 31 juillet 2026.
Un détour qui coûte cher
La facture est salée. Le trajet maritime vers la Méditerranée via l’Arctique rallonge le voyage d’environ dix jours par rapport à un départ depuis la mer Noire. Selon Austin Barnes, analyste à l’agence de cotation des prix Argus, les coûts de fret sur ce nouvel itinéraire sont presque deux fois plus élevés.
Certaines producteurs russes paieraient ainsi un supplément de 100 dollars par tonne pour transporter leurs matières premières par rail puis par mer, d’après ses estimations.
Ce réacheminement massif crée aussi de nouveaux goulots d’étranglement sur le réseau ferroviaire russe, déjà sollicité par le transfert d’une partie du trafic vers les ports baltes, désormais saturés.
La mer Noire est devenue un terrain d’affrontement pour les navires commerciaux. Depuis l’été 2026, Russes et Ukrainiens multiplient les frappes pour désorganiser les routes de l’adversaire. Près de 700 attaques ont été recensées dans la zone depuis le début de l’année, selon la société de sécurité maritime Ambrey.
Son analyste Tomas Alexa a qualifié le rythme des opérations menées durant l’été de « sans précédent », dans les colonnes du Financial Times. Il résume la situation en expliquant que cela en dit long sur les pressions que subissent les Russes en mer Noire, qui se détournent vers Mourmansk et les pays baltes.
Traditionnellement spécialisé dans le pétrole, Mourmansk développe désormais le transbordement de métaux et de céréales. En octobre 2026, le port a enregistré son quatrième meilleur mois d’exportations en deux ans, selon la plateforme Kpler.
Cette bascule vers l’Arctique dépasse le seul cas de la fonte. Selon le Center for Strategic and International Studies, la Russie a expédié environ 20 millions de barils de pétrole vers l’Asie via la route maritime du Nord entre juillet et octobre 2026, soit près de 50 % de plus que sur l’ensemble de l’année 2025.
Les exportations de combustibles fossiles restent une source de revenus majeure pour Moscou, estimée à environ 193 milliards d’euros par an, et l’une des principales ressources du Kremlin en temps de guerre.






