Le 8 septembre 2026, Bolloré a annoncé la cessation de la production de bus électriques par sa filiale bretonne Bluebus, basée à Ergué-Gabéric depuis 2011. Cette décision met en péril 115 emplois : 74 chez Bluebus et 41 chez Blue Solutions, la division batteries. Ce choix stratégique redirige les ressources du groupe vers le développement des batteries solides Gen4, une technologie prometteuse pour la transition énergétique du transport en Europe. Bolloré réoriente ainsi ses investissements vers cette nouvelle filière, reléguant l’électromobilité traditionnelle en arrière-plan.
Bluebus : quinze ans d’activité en Bretagne
Fondée en 2011 dans le Finistère, Bluebus ambitionnait de réduire les émissions du transport urbain. L’entreprise a conçu des bus électriques de 6 et 12 mètres équipés de batteries lithium métal polymère (LMP), une technologie appartenant à Bolloré. En quinze ans, Bluebus s’est imposée auprès des opérateurs français et européens, profitant de l’électrification croissante des flottes publiques. La RATP, principal client français, a intégré plusieurs dizaines de ces véhicules dans son parc à Paris.
Depuis sa création, près de 700 bus électriques ont été déployés par Bluebus. Un chiffre respectable mais faible comparé aux grands acteurs européens comme Iveco Bus, Solaris, ou les fabricants chinois. Bolloré admet : « Quinze ans après son lancement, l’activité n’a jamais atteint la taille nécessaire pour amortir ses coûts industriels. » D’après Nhu.bzh, l’échec est dû à un marché français moins dynamique que prévu, une concurrence intense sur les appels d’offres publics et une pression sur les prix. Bluebus n’a jamais atteint la rentabilité malgré sa qualité technique reconnue.
Réorientation vers les batteries solides
Face à une compétition industrielle difficile, Bolloré se tourne vers les batteries solides Gen4. Contrairement aux batteries lithium-ion liquides, cette nouvelle technologie promet une meilleure densité énergétique, une recharge rapide et une sécurité accrue. Blue Solutions, filiale du groupe, travaille sur cette technologie depuis plusieurs années et a obtenu des résultats prometteurs.
En mai 2024, Blue Solutions a annoncé un investissement de 2,2 milliards d’euros dans le programme Gen4. Ce plan inclut la construction d’une usine géante en Alsace capable de produire 25 GWh par an dès 2030, créant 1 500 emplois d’ici 2032. L’objectif : approvisionner l’industrie automobile européenne avec cette nouvelle génération de cellules et faire de Bolloré un acteur clé de la souveraineté énergétique européenne. Ce montant est plus de dix fois supérieur aux investissements cumulés pour Bluebus. Le groupe fait le choix de la technologie énergétique plutôt que l’assemblage de véhicules.
Conséquences pour le transport collectif et l’emploi
L’arrêt de Bluebus ne signifie pas l’abandon de l’électromobilité par Bolloré, mais un recentrage stratégique. Le groupe préfère fournir sa technologie à d’autres constructeurs plutôt que de rivaliser avec les grands industriels. En France, la fermeture de Bluebus réduit l’offre nationale, augmentant la dépendance aux fabricants étrangers. Les autorités de transport devront se tourner vers Iveco, Solaris ou les constructeurs chinois pour électrifier leurs flottes.
Sur les 115 suppressions d’emplois annoncées, 74 concernent Bluebus et 41 Blue Solutions. Près de 400 salariés pourraient subir des reclassements ou des départs négociés. Un industriel européen, non identifié, envisage de reprendre certains actifs et activités de R&D de Bluebus, préservant ainsi 17 emplois. La Bretagne perd un acteur clé de la mobilité décarbonée, soulignant la difficulté pour les régions de conserver des décisions stratégiques lorsque les groupes changent de cap.
Bolloré maintiendra un service après-vente pour les 700 bus déjà en circulation, garantissant maintenance et assistance technique. Cependant, sans nouveaux modèles en développement, les clients devront se tourner vers d’autres fournisseurs à moyen terme. La stratégie française de souveraineté sur les batteries, soutenue par l’Alliance européenne des batteries, souligne l’importance de maîtriser la technologie de stockage pour les constructeurs de véhicules.
Enjeux technologiques de cette transition
La fermeture de Bluebus reflète un déplacement de la valeur ajoutée de l’assemblage vers la production d’énergie stockée. Les batteries, représentant 40 % du coût d’un véhicule électrique, concentrent l’innovation. Bolloré a saisi que maîtriser cette technologie offre un avantage stratégique supérieur à celui de fabriquer des bus. Les batteries solides Gen4 pourraient transformer le transport routier et le stockage d’énergie renouvelable, un marché en forte croissance. Avec un investissement de 2,2 milliards d’euros, Bolloré espère dominer la chaîne de valeur énergétique européenne. Reste à voir si cette technologie respectera ses délais de commercialisation et si elle séduira le marché. Les prochaines années détermineront si le choix de Bolloré était visionnaire ou prématuré. Dans un contexte de volatilité des prix énergétiques, maîtriser les technologies de stockage devient un enjeu de souveraineté nationale.






