Avec 1,7 million de places de stationnement résidentiel à équiper d’ici 2030, Logivolt a obtenu un prêt vert de 300 millions d’euros via le groupe BPCE. Toutefois, derrière l’annonce du 10 septembre 2026 se cache un défi complexe : comment le réseau électrique français, déjà sous tension lors des pics de consommation hivernaux, supportera-t-il cette charge supplémentaire ? Les voitures électriques représentent maintenant 35 % des nouvelles immatriculations selon la Plateforme automobile, soulevant la question de la capacité des installations à suivre.
L’infrastructure française actuelle : un système fragmenté sous pression
Fin 2025, Enedis recensait 185 000 points de recharge publics, 1,1 million sur les parkings d’entreprises et 1,6 million chez les particuliers. Cette dispersion complique la gestion de la demande énergétique. Les bornes publiques, concentrées dans les zones urbaines, sollicitent le réseau en journée, tandis que les installations résidentielles provoquent des pics de consommation entre 19h et 23h, lorsque les véhicules sont branchés simultanément.
Cette fragmentation empêche une coordination efficace. Contrairement aux stations de recharge rapide autoroutières, les bornes domestiques fonctionnent de manière désordonnée, créant des tensions locales sur les transformateurs, surtout dans les zones pavillonnaires où plusieurs véhicules se rechargent en même temps.
Déploiement de 1,7 million de places : calcul de la charge additionnelle
Avec 1,7 million de places équipées et un taux d’utilisation estimé à 40 %, cela représente 680 000 véhicules en recharge simultanée aux heures de pointe. À 7 kW par borne, la demande instantanée atteint 4,76 GW, équivalant à trois réacteurs nucléaires EPR. Même si tous les véhicules ne se rechargeront pas en même temps, sans pilotage intelligent, le risque de saturation locale subsiste. Enedis estime à plusieurs milliards d’euros le coût d’adaptation du réseau, non inclus dans les 500 millions d’euros mobilisés par Logivolt.
Implications pour le consommateur : facture énergétique et tarification
Recharger un véhicule électrique de 50 kWh coûte environ 8,50 € en heures pleines et 5,50 € en heures creuses. Pour un conducteur parcourant 15 000 km par an, cela représente une facture annuelle de 275 € en heures creuses, bien inférieure au coût du carburant d’un véhicule thermique équivalent. Cependant, les résidents en copropriété sans borne individuelle devront utiliser les bornes publiques, plus coûteuses, et le modèle de Logivolt, qui transfère le coût d’installation sur l’opérateur, dépendra de la compétitivité des tarifs pour rester attractif.
Obstacles réglementaires et techniques : les défis de Logivolt
Équiper 26 000 immeubles d’ici 2030 nécessite le respect de normes strictes, comme la norme NF C 15-100. Chaque copropriété présente des configurations différentes, ce qui impose à Logivolt de standardiser ses solutions tout en s’adaptant à cette diversité. La coordination avec Enedis et les Entreprises locales de distribution (ELD) est cruciale, chaque installation nécessitant une étude du réseau local et des travaux de renforcement. Avec 8 500 assemblées générales votées favorablement, Logivolt a un pipeline conséquent, mais les installations prendront du temps à se concrétiser.
Enfin, la maintenance à long terme est une question ouverte. Les bornes doivent fonctionner 10 à 15 ans sans défaillance, et le modèle économique de Logivolt doit générer des revenus suffisants pour couvrir les coûts d’exploitation. Sans cela, les copropriétés pourraient se retrouver avec des infrastructures abandonnées, comme cela a été observé dans d’autres secteurs.






