Par Jean-Baptiste Giraud
La guerre en Iran fait exploser les prix de l’azote. Les taux d’intérêt grimpent et étranglent les budgets d’investissement. Pendant ce temps, la France reste accro aux importations. Un réveil brutal qui devrait nous convaincre, une bonne fois pour toutes, que la souveraineté énergétique n’est pas une option.
70 %
La part des besoins français en azote de synthèse couverte par des importations, un talon d’Achille stratégique révélé par la guerre en Iran.
Le piège de la dépendance, acte n°1 : l’azote
Force est de constater que nous n’avons pas tiré toutes les leçons de la crise du gaz russe. En 2022, quand Moscou a coupé les robinets, l’Europe a découvert, médusée, à quel point son industrie et son agriculture reposaient sur un seul fournisseur. En 2026, la guerre en Iran rejoue le même film, avec un autre acteur. La France importe 70 % de ses besoins en azote de synthèse – ce composant essentiel aux engrais qui font tourner notre modèle céréalier. Or la fabrication d’azote est une opération extrêmement énergivore, directement indexée sur le prix du gaz naturel. Résultat : quand le Moyen-Orient s’embrase, nos agriculteurs trinquent, et avec eux toute la filière agroalimentaire.
Paris réunit un G7 ministériel pour gérer l’urgence. Très bien. Mais la vraie question n’est pas de savoir comment on gère la crise du moment – c’est de comprendre pourquoi on se retrouve systématiquement en position de faiblesse. La réponse est simple, et elle est industrielle : la France a laissé mourir sa capacité de production locale de fertilisants azotés, faute d’énergie compétitive à long terme. Voilà ce que coûte, concrètement, l’absence de stratégie énergétique cohérente.
Le piège de la dépendance, acte n°2 : les taux
Pendant ce temps, un autre étau se resserre sur les finances publiques mondiales. Les taux d’intérêt remontent partout, sous la double pression du retour de l’inflation et de déficits qui refusent de se résorber. La France, qui emprunte déjà à des niveaux de charges d’intérêt historiquement élevés, va devoir financer à coût croissant ses ambitions de transition énergétique. La relance du nucléaire, les réseaux électriques, les infrastructures de recharge, les électrolyseurs d’hydrogène… Tout cela coûte des dizaines de milliards. Et chaque point de taux supplémentaire renchérit la facture finale supportée par le contribuable.
Je pense que c’est précisément ici que le débat politique perd pied. On parle de transition énergétique comme si l’argent public était une ressource inépuisable. Or dans un environnement de taux élevés, chaque euro mal investi – dans une subvention inefficace, dans un dispositif bureaucratique, dans une filière sans avenir compétitif – est un euro de moins pour les investissements qui comptent vraiment. Les Pays-Bas et l’Allemagne l’ont compris : ils arbitrent, ils priorisent, ils supprimaient les dépenses non essentielles pour préserver les marges d’investissement stratégique.
La vraie réponse : produire de l’énergie abondante et bon marchée
Il existe pourtant une sortie par le haut. Elle passe par une production d’énergie nationale, abondante, décarbonée et compétitive. Le nucléaire, que la France a la chance de maîtriser comme peu d’autres pays au monde, est la réponse la plus évidente. Des réacteurs qui tournent 24 heures sur 24, une électricité à coût maîtrisé, une base industrielle qui permet justement de relocaliser les productions énergivores – comme la fabrication d’engrais azotés.
Mistral AI, cité cette semaine dans la presse, appelle à une vraie stratégie industrielle européenne pour l’intelligence artificielle. Je signe des deux mains – et j’ajoute qu’elle doit s’appuyer sur une colonne vertébrale énergétique solide. Les data centers de demain, les électrolyseurs d’après-demain, les usines relocalisées d’aujourd’hui ont tous un point commun : ils ont besoin d’électrons, en quantité, à prix raisonnable.
L’énergie n’est pas un sujet technique réservé aux ingénieurs. C’est le fondement de toute politique économique sérieuse. À onze mois de la présidentielle, j’attends encore le candidat qui l’a vraiment compris.
Jean-Baptiste Giraud
Éditorialiste






