Pétrole : Goldman Sachs le voit déjà à 120 dollars le baril

Goldman Sachs anticipe un Brent à 120 dollars le baril au quatrième trimestre 2026 si les perturbations du détroit d’Ormuz persistent jusqu’à fin 2027. La banque recommande de couvrir ce risque via les spreads diesel européens décembre 2026-mars 2027, alors que les inventaires mondiaux affichent une vulnérabilité critique avec un tirage de 3 millions de barils par jour.

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Pétrole : Goldman Sachs le voit déjà à 120 dollars le baril © L'EnerGeek

Goldman Sachs vient de publier un scénario de risque qui place le Brent à 120 dollars le baril au quatrième trimestre 2026, à condition que les perturbations actuelles du détroit d’Ormuz se prolongent jusqu’à fin 2027. Actuellement stabilisé autour de 87,68 dollars après un pic à 126 dollars en début d’année, le brut pourrait connaître une nouvelle envolée si les flux du Golfe, déjà tombés à moins de 45% de leurs niveaux normaux, ne se rétablissent pas rapidement. Cette analyse intervient alors que les tensions au Moyen-Orient s’intensifient, avec des frappes de drones sur le terminal pétrolier de Bassora en Irak suspendant les chargements.

Le scénario de risque de Goldman Sachs décrypté

La banque d’investissement ne fait pas de prédiction ferme, mais construit un scénario conditionnel : si le détroit d’Ormuz, qui gère environ 20% du pétrole mondial et des expéditions de gaz naturel liquéfié, reste partiellement bloqué, les prix atteindront des sommets inédits depuis 2022. Les analystes de Goldman Sachs estiment que « les dernières escalades au Moyen-Orient et la chute des flux estimés du Golfe à moins de 45% des niveaux d’avant-guerre impliquent des risques à la hausse nets » par rapport à leurs prévisions de base de 80 dollars pour le quatrième trimestre et 75 dollars pour 2027.

Conditions d’activation : perturbations prolongées et inventaires épuisés

Deux facteurs déclenchent ce scénario catastrophe. D’abord, la persistance des blocages navals : tant que les Houthis yéménites menacent l’Arabie Saoudite et que les tensions irano-américaines maintiennent la pression sur le détroit, les flux ne peuvent se normaliser. Ensuite, l’épuisement des stocks mondiaux : le tirage estimé des inventaires au deuxième trimestre dépasse 3 millions de barils par jour, laissant le marché dans une vulnérabilité structurelle. Les réserves stratégiques des pays de l’OCDE, notamment en diesel, affichent des niveaux historiquement bas qui limitent la capacité d’absorption des chocs.

Trajectoire des prix : de 87 dollars à 120 dollars en 18 mois

Le calendrier esquissé par Goldman Sachs révèle une montée progressive. Si la production du Golfe ne retrouve ses niveaux normaux qu’à la fin 2027, le Brent franchira la barre des 120 dollars au quatrième trimestre 2026, puis se maintiendra autour de 100 dollars en moyenne sur 2027. Cette trajectoire contraste avec le scénario de base, qui table sur un retour à la normale fin juillet 2026 et des prix contenus entre 75 et 80 dollars. L’écart entre ces deux projections mesure l’ampleur du risque géopolitique pesant sur les marchés énergétiques.

L’asymétrie des inventaires : un amplificateur de volatilité

Le marché pétrolier fonctionne selon une logique de stocks tampons : quand l’offre se contracte, les réserves commerciales et stratégiques absorbent le choc. Mais aujourd’hui, ce mécanisme d’amortissement s’est grippé. Les inventaires mondiaux, après avoir été sollicités intensément durant les crises précédentes, ne peuvent plus jouer leur rôle de régulateur.

Tirage de 3 millions de barils par jour : le seuil critique

Le rythme auquel les stocks diminuent constitue un indicateur clé. Trois millions de barils quotidiens représentent environ 3% de la consommation mondiale, un niveau insoutenable sur plusieurs trimestres. Cette cadence de prélèvement accélère la transition vers un marché en déficit structurel, où chaque baril manquant se traduit par une tension supplémentaire sur les prix. Les raffineurs européens et asiatiques, privés de leurs approvisionnements habituels du Golfe, puisent dans leurs réserves commerciales à un rythme alarmant.

Réserves stratégiques des pays de l’OCDE : essoufflées

Les gouvernements des pays développés ont déjà mobilisé leurs stocks d’urgence lors des crises antérieures. Les réserves stratégiques américaines, par exemple, ont été largement entamées en 2022 pour contenir l’inflation. Aujourd’hui, la marge de manœuvre s’est réduite : toute nouvelle libération massive risquerait d’épuiser définitivement ces tampons de sécurité. Le diesel, produit raffiné stratégique pour l’économie, affiche des niveaux particulièrement préoccupants en Europe, avec des répercussions directes sur les secteurs du transport aérien et routier.

Scénarios de base versus risque : calendrier et implications

Goldman Sachs propose deux futurs possibles, chacun avec sa propre logique et ses conséquences. Le scénario de base, optimiste, suppose une résolution diplomatique rapide. Le scénario de risque, pessimiste mais plausible, anticipe une dégradation prolongée. Entre ces deux extrêmes, les acteurs du marché doivent naviguer dans l’incertitude.

Normalisation fin juillet 2026 versus prolongation jusqu’à fin 2027

Dans l’hypothèse favorable, les tensions s’apaisent d’ici la fin du mois en cours, les flux du détroit d’Ormuz reprennent progressivement, et le Brent redescend vers 75-80 dollars d’ici 2027. Ce scénario repose sur l’hypothèse d’un accord entre l’Iran et les États-Unis, ou d’un désengagement des Houthis yéménites. À l’inverse, si les blocages persistent jusqu’à fin 2027, les prix grimperont à 120 dollars au quatrième trimestre 2026, puis se stabiliseront autour de 100 dollars en moyenne l’année suivante. Cette bifurcation dépend de facteurs géopolitiques largement imprévisibles, d’où l’importance des stratégies de couverture recommandées par la banque d’investissement. Les industriels, les compagnies aériennes et les distributeurs de carburant doivent dès maintenant arbitrer entre sécuriser leurs approvisionnements à prix élevé ou parier sur une détente rapide.

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