Des bouteilles en plastique recyclé attachées aux filets de pêche, les dauphins les repèrent et 88 % des captures accidentelles s’annulent

Une bouteille en plastique recyclé fixée sur un filet, et voilà 88 % de dauphins sauvés au Brésil. Une astuce sonore si simple qu’elle interroge : pourquoi ne fonctionne-t-elle pas partout ?

Publié le
Lecture : 3 min
Des bouteilles en plastique recyclé attachées aux filets de pêche, les dauphins les repèrent et 88 % des captures accidentelles s'annulent
Des bouteilles en plastique recyclé attachées aux filets de pêche, les dauphins les repèrent et 88 % des captures accidentelles s’annulent © L'EnerGeek

Fixer de simples bouteilles en plastique recyclé sur des filets de pêche a permis de réduire de 88 % les captures accidentelles de dauphins au Brésil, selon une étude publiée dans la revue Marine Mammal Science. L’évaluation a porté sur 318 sorties de pêche menées entre 2020 et 2025, comparant des filets classiques à des filets équipés de ces bouteilles vides.

Autre donnée qui pèse dans le bilan : les captures commerciales de poissons sont restées quasiment stables durant cette période. La mesure n’a donc pas nui à la rentabilité des pêcheurs. Premier bénéficiaire de ce dispositif, la franciscana, un petit dauphin côtier classé Vulnérable par l’Union internationale pour la conservation de la nature, voit sa population décliner depuis des décennies à cause de ces filets.

Un premier essai brésilien, mené entre 2020 et 2022, avait déjà donné le ton : zéro dauphin capturé dans les filets modifiés, contre quatre dans les filets classiques. L’écart n’était pas jugé statistiquement significatif faute d’un nombre suffisant de cas, mais la tendance était nette, et le poids des poissons commerciaux était même plus élevé dans les filets équipés de bouteilles.

Une bouteille d’air qui trahit le filet

Le principe repose sur l’acoustique. Un filet en nylon réfléchit très peu le son et reste quasiment invisible pour un dauphin qui navigue par écholocalisation, c’est-à-dire en émettant des clics et en écoutant leur écho. L’air enfermé dans une bouteille fermée renvoie au contraire un écho bien plus intense.

En laboratoire, une seule bouteille suffit à rendre un filet 100 à 1 000 fois plus détectable par ce moyen. Les bouteilles en verre utilisées dans certains essais contiennent des vis à l’intérieur, qui produisent un son supplémentaire en bougeant.

L’idée revient à Per Berggren, professeur émérite de conservation de la mégafaune marine à la School of Natural & Environmental Sciences de l’université de Newcastle. Il l’a eue en observant l’accumulation de bouteilles en plastique et en verre sur les plages fréquentées par des communautés de pêcheurs. « Ceci, c’est vraiment du recyclage qui sauve des dauphins », résume-t-il.

Face aux pingers, ces dispositifs électroniques déjà utilisés pour avertir les cétacés par signaux acoustiques, l’argument du chercheur est celui du coût. Les pingers restent inaccessibles à des milliers de pêcheurs à petite échelle, tandis que les bouteilles recyclées ne nécessitent ni pile ni entretien coûteux.

Un système qui ne fonctionne pas partout

Reste que la méthode n’a pas produit les mêmes effets ailleurs. Au Pérou et à Zanzibar, en Tanzanie, les bouteilles n’ont réduit ni la capture de dauphins, ni celle des marsouins, ni celle des tortues marines. À Zanzibar, la capture de thons a même augmenté avec les bouteilles plastiques.

L’explication tient à l’environnement sonore. Près de la surface, les vagues, le vent et l’activité humaine créent un bruit ambiant qui empêche l’écho de la bouteille de se distinguer suffisamment. En eaux plus profondes et plus calmes, comme au Brésil, les dauphins dépendent davantage de l’écholocalisation, ce qui rend le système nettement plus efficace.

Les chercheurs en tirent une conclusion sans détour : il n’existe pas de solution universelle, chaque milieu marin imposant ses propres conditions.

L’équipe étend désormais ses essais au Cambodge et en République du Congo, pour vérifier si la technique s’adapte à d’autres filets, d’autres espèces et d’autres conditions océanographiques. Ces nouveaux terrains ont été retenus directement à la suite des résultats obtenus au Brésil.

La FAO promeut depuis des années l’amélioration des engins de pêche pour limiter l’impact sur les espèces protégées, un cadre dans lequel ce type de dispositif à bas coût pourrait trouver sa place auprès des communautés qui n’avaient jusqu’ici pas accès à des technologies plus onéreuses. Per Berggren la qualifie lui-même de solution simple.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.