Dix ans après l’Accord de Paris, les dirigeants mondiaux se retrouvent à Belém pour la COP30, dans un contexte de tensions climatiques croissantes et d’urgences énergétiques multiples. Alors que le mot-clé « COP30 » s’impose dans les agendas politiques, la question de la transition énergétique revient au centre du débat : les engagements pris depuis 2015 ont-ils réellement ouvert la voie à une substitution des énergies fossiles par les renouvelables ?
L’essor des renouvelables ne signifie pas encore la fin des fossiles
La dynamique des énergies renouvelables semble incontestable. En 2024, la demande mondiale d’énergie a progressé de 2,2 %, portée par une hausse de 4,3 % de la consommation électrique, selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Dans ce contexte, 38 % de l’augmentation de l’offre énergétique mondiale a été assurée par des sources renouvelables. L’accélération est également technologique. « Nous avons presque toutes les technologies nécessaires pour sortir des énergies fossiles », affirme Cédric Philibert, chercheur spécialiste du climat dans Le Nouvel Obs. L’innovation et les investissements ont permis de rendre l’éolien terrestre et le photovoltaïque compétitifs, voire dominants, dans certains marchés régionaux.
Pourtant, cette dynamique ne s’est pas traduite par une réduction significative de la part des énergies fossiles dans le mix énergétique global. En 2015, ces dernières représentaient 83 % de l’approvisionnement mondial. En 2024, elles atteignent encore 80 %. Cette légère baisse masque une stagnation structurelle, dénoncée par de nombreux observateurs. Selon Transitions & Énergies, le système énergétique mondial reste « massivement dominé par les énergies fossiles ». Les renouvelables progressent, mais ne remplacent pas les fossiles : elles s’y ajoutent. Un constat résumé dans les colonnes du Monde : « Il n’y a pas encore de substitution des fossiles vers les renouvelables, mais nous sommes à un point de bascule ».
Une transition freinée par les inerties économiques et géopolitiques
Les freins à la transition sont multiples. D’abord, la croissance énergétique mondiale est tirée par les économies émergentes, qui absorbent plus de 80 % de l’augmentation de la demande. Ainsi, même si la part relative des renouvelables augmente, le volume absolu de consommation fossile reste élevé, voire en hausse. Ensuite, les chiffres confirment une réalité difficile à transformer : selon l’Energy Institute, les énergies fossiles représentaient encore 86 % de la consommation mondiale d’énergie primaire en 2024. Ce niveau, quasi stable depuis une décennie, illustre la lenteur des changements structurels.
Autre obstacle majeur, les financements. L’aide promise par les pays développés pour accompagner la transition énergétique du Sud global, à hauteur de 100 milliards de dollars par an, n’a jamais été pleinement atteinte. Selon l’African Energy Chamber, ce retard compromet les stratégies de développement sobres en carbone dans de nombreux États africains. Enfin, les politiques publiques manquent souvent de cohérence. Plusieurs rapports, dont celui de l’Associated Press, notent que certains gouvernements prévoient une augmentation de leur production fossile malgré leurs engagements climatiques. Ce double discours freine la crédibilité des feuilles de route de transition.
COP30 : test grandeur nature pour une volonté politique mondiale
Dans ce contexte, la COP30 représente un tournant potentiel. Réunie à Belém, une ville symbolique au cœur de l’Amazonie, la conférence devra démontrer que la communauté internationale est prête à s’engager vers une véritable sortie des énergies fossiles. Des attentes fortes pèsent sur les États-parties : intégrer pour la première fois des objectifs chiffrés de réduction de l’usage des combustibles fossiles dans les Contributions déterminées au niveau national (NDC), et débloquer des financements massifs pour soutenir les infrastructures renouvelables. Pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris (+1,5 °C), une réduction de 42 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2030 est nécessaire, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement.
Ce chiffre implique non seulement un pic rapide des émissions, mais aussi un basculement net vers un mix énergétique décarboné. Pourtant, nombre d’observateurs restent sceptiques. Comme le souligne un article de Transitions & Énergies : « Nous ne faisons qu’ajouter des sources d’énergie à celles existantes… ». Tant que cette logique d’addition, et non de substitution, prédomine, la transition restera partielle. Belém ne sera donc pas seulement un sommet climatique : ce sera une épreuve de vérité. La transition énergétique est en marche, mais son horizon dépend désormais moins de la technologie que de la volonté politique.






