En 2025, l’Amazonie brésilienne a enregistré 3,1 millions d’hectares brûlés, son plus bas niveau depuis le début des relevés en 1985. Une chute de 80 % par rapport aux 15,8 millions d’hectares ravagés en 2024, année marquée par une sécheresse historique. Au-delà du bilan environnemental, la réduction drastique des incendies représente un gain climatique majeur : des millions de tonnes de CO2 préservées dans la biomasse forestière, modifiant les équations énergétiques et climatiques à l’échelle mondiale.
Record historique : 3,1 millions d’hectares brûlés, le plus bas depuis 1985
Comparaison 2024-2025 : une chute de 80 % des surfaces incendiées
Les données publiées ce 21 juillet 2026 par MapBiomas, réseau de surveillance environnementale brésilien, révèlent une rupture inédite. L’Amazonie brésilienne, qui représente 60 % de la forêt tropicale mondiale, a vu ses surfaces brûlées passer de 15,8 millions d’hectares en 2024 à 3,1 millions en 2025. À l’échelle du Brésil entier, la surface incendiée atteint 12,7 millions d’hectares, son plus bas niveau depuis 2018. Ane Alencar, géographe et coordinatrice du rapport MapBiomas, qualifie la chute du nombre d’incendies en Amazonie de « hors norme ».
Impact climatique immédiat : quantification du CO2 non émis
Chaque hectare de forêt amazonienne stocke en moyenne 150 tonnes de carbone par hectare. La préservation de 12,7 millions d’hectares par rapport à 2024 équivaut à éviter l’émission d’environ 700 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles de la France. L’Amazonie, souvent qualifiée de « poumon vert », absorbe 2 milliards de tonnes de CO2 par an lorsqu’elle fonctionne de manière optimale. La réduction des incendies renforce directement sa capacité de séquestration, un enjeu crucial pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C selon les objectifs de l’Accord de Paris de 2015.
Les trois facteurs techniques expliquant la baisse
Décalage de la saison des pluies : interruption de la « fenêtre idéale » pour les incendies
Le décalage de la saison des pluies entre 2024 et 2025 a joué un rôle déterminant. Traditionnellement, la saison sèche crée une fenêtre où le feu est utilisé pour nettoyer les terres agricoles après le défrichage. En 2025, les précipitations se sont prolongées, réduisant la période propice aux brûlis. Ane Alencar souligne que ce décalage climatique a empêché la création de conditions optimales pour les incendies, limitant mécaniquement la propagation du feu.
Réduction continue de la déforestation depuis 2023 : moins de biomasse à brûler
Depuis le retour au pouvoir de Luiz Inacio Lula da Silva en 2023, la déforestation en Amazonie brésilienne recule de manière continue. Au premier semestre 2026, elle a atteint son plus bas niveau en une décennie. Moins de forêt abattue signifie moins de biomasse sèche disponible pour alimenter les incendies. La réduction de la déforestation agit comme un frein structurel : sans nouvelles zones défrichées, les surfaces vulnérables au feu diminuent mécaniquement.
Effet psychologique des communautés : mobilisation locale post-2024
Les communautés locales, traumatisées par la crise de 2024, ont adopté un comportement plus prudent en 2025. La crainte de revivre une situation similaire a conduit à une mobilisation accrue pour contrôler les feux agricoles et limiter les pratiques à risque. MapBiomas identifie ce « facteur psychologique » comme un élément complémentaire, bien que difficile à quantifier. La mémoire collective des catastrophes récentes influence les pratiques agricoles et la vigilance des populations.
Risques énergétiques et climatiques à court terme
Menace d’un « super El Niño » : prolongation de la saison sèche et inversement de tendance
Ane Alencar prévient : « Il faut s’inquiéter de la possible arrivée d’un ‘super El Niño’ cette année, phénomène climatique naturel pouvant entraîner une prolongation de la saison sèche et une plus grande probabilité d’incendies de forêt. » El Niño perturbe déjà les réseaux électriques mondiaux, avec des sécheresses affectant la production hydroélectrique. En Amazonie, un épisode intense pourrait inverser brutalement la tendance positive de 2025, réactivant le cycle incendies-déforestation-émissions.






