Selon la vingtième édition du baromètre Ipsos pour le Secours populaire français, publiée le jeudi 10 septembre 2026, la pauvreté progresse plus rapidement en France que dans le reste de l’Europe, sous l’effet des factures d’énergie. Plus d’un quart des Français (26 %) ont dû renoncer à des dépenses essentielles au cours des douze derniers mois pour régler leurs factures d’électricité, de gaz ou de chauffage, révélant une précarité énergétique croissante.
Les tensions géopolitiques, notamment au Proche-Orient et en Afrique de l’Est, continuent d’influencer les prix de l’énergie et du transport maritime, impactant le quotidien des Européens, et particulièrement celui des Français. Deux décennies après le premier baromètre du Secours populaire, la situation reste aussi préoccupante qu’en 2022-2024, période marquée par la crise énergétique post-invasion de l’Ukraine.
Des revenus qui ne suivent plus la hausse du coût de la vie
L’enquête révèle que 40 % des actifs français estiment que leur emploi ne suffit pas à couvrir l’ensemble de leurs dépenses, soit une augmentation de dix points en un an. « Ce chiffre est particulièrement significatif », commente Houria Tareb, secrétaire nationale du Secours populaire, en charge de la solidarité en France. Les bénévoles constatent quotidiennement que les personnes accueillies peinent à vivre dignement malgré leurs efforts pour gérer leur budget.
Cette pression financière se traduit par une augmentation des découverts bancaires : 18 % des Français vivent désormais à découvert, soit trois points de plus qu’en 2025. Les fins de mois sont critiques, surtout après le 20, lorsque de nombreux ménages n’ont plus assez pour mettre de l’essence dans leur véhicule pour aller travailler. La pauvreté laborieuse est devenue une réalité pour de nombreux travailleurs.
Quand se chauffer devient un luxe inaccessible
La précarité énergétique prend de multiples formes préoccupantes. Durant l’année écoulée, 53 % des Français ont volontairement réduit la température de leur logement à moins de 18 degrés. Plus alarmant, 25 % des Européens peinent à se chauffer correctement, la situation étant plus tendue en France en raison de la pression budgétaire.
Le coût du carburant aggrave la crise énergétique domestique. Vingt-huit pour cent des Français ont dû sacrifier des dépenses essentielles pour payer leur carburant, tandis que 63 % des Européens craignent de ne pas pouvoir faire face à l’augmentation des prix à la pompe. Près d’un Français sur deux (46 %) ne peut plus couvrir les frais d’essence ou les abonnements aux transports en commun, une hausse de douze points en un an.
Fabienne Laurent, secrétaire générale du Secours populaire du Gard, souligne que « le mois de septembre est particulièrement difficile pour les familles ». Après la rentrée scolaire, les dépenses pour les fournitures, les vêtements et les activités s’accumulent alors que les budgets sont déjà épuisés.
Un décrochage français inquiétant par rapport au reste de l’Europe
Les privations en France sont plus sévères que dans d’autres pays européens. « Plus de la moitié des personnes interrogées en France ont récemment connu une situation de privation financière, un chiffre supérieur à celui des autres pays d’Europe de l’Ouest », indique Pierre Latrille, directeur d’études chez Ipsos. L’écart avec l’Italie ou l’Allemagne atteint près de dix points.
Les comparaisons par secteur confirment ce décrochage. Le renoncement aux loisirs touche 73 % des Français, comparé à 59 % des Italiens et Britanniques, et 48 % des Allemands. L’incapacité à répondre aux besoins essentiels des enfants concerne 23 % des Français, contre 13 % des Italiens, 12 % des Allemands et 11 % des Britanniques. Plus d’un Français sur deux (55 %) éprouve des difficultés à partir en vacances au moins une fois par an, une hausse de six points en un an.
L’alimentation, premier marqueur de la dégradation sociale
La pression budgétaire se traduit par des difficultés croissantes d’accès à une alimentation suffisante et de qualité. Trente-sept pour cent des Français ne peuvent pas s’assurer une alimentation saine et équilibrée, une hausse de quatre points en un an. Pour les ménages touchant jusqu’au SMIC, cette proportion atteint 58 %, menaçant leur santé et bien-être.
La quantité de nourriture elle-même devient problématique : 29 % des Français ont déjà sauté un repas alors qu’ils avaient faim, dont 11 % au cours des six derniers mois. Même si la situation est légèrement meilleure pour le reste des Européens (respectivement 26 % et 10 %), elle reste préoccupante.
Le logement, gouffre financier des ménages fragiles
Trente-trois pour cent des Français rencontrent des difficultés pour payer leur loyer, leur emprunt immobilier ou les charges du logement, soit une augmentation de cinq points. Pour les ménages gagnant moins de 1 400 euros par mois, la situation est critique, avec des taux de difficulté supérieurs de 17 à 20 points selon les dépenses.
Le logement absorbe une part croissante des ressources, créant un effet domino sur les autres postes budgétaires. Lorsque l’essentiel des revenus est consacré au loyer et aux charges énergétiques, les choix deviennent impossibles, obligeant les familles à choisir entre se chauffer, se nourrir correctement ou se déplacer pour travailler. Vingt-six pour cent de la population française se déclarent en situation de fragilité économique, soit une hausse de six points en un an.
L’énergie, marqueur principal du déclassement générationnel
Symbolisant le déclassement social, la question énergétique inquiète depuis le mouvement des Gilets jaunes de 2018-2019. Sept Européens sur dix, dont 73 % des Français, estiment avoir moins facilement accès à une énergie abordable que leurs parents. De plus, 80 % des Français anticipent une dégradation continue pour les générations futures.
Ce sentiment de décrochage intergénérationnel ne se limite pas à l’énergie. Il englobe l’accès à un emploi stable, aux soins ou à un logement décent, rendant la comparaison avec la génération précédente de plus en plus négative au fil des ans.
Près d’un Européen sur trois au bord du basculement
Les indicateurs de précarité montrent une fragilisation croissante des personnes et des familles. Près d’un Européen sur trois (29 %, en hausse d’un point) pense qu’une « dépense imprévue peut le faire basculer », transformant chaque imprévu en potentielle catastrophe budgétaire.
Face à ces difficultés, 57 % des Européens se disent prêts à s’engager bénévolement dans une association. « Les besoins restent élevés dans plusieurs pays et augmentent même en France, soulignant l’importance des dispositifs européens d’aide alimentaire », explique Sébastien Thollot, secrétaire national du Secours populaire chargé des questions européennes.
Les bénévoles du Secours populaire et de ses partenaires européens offrent un soutien global, allant de l’accès à une alimentation équilibrée à l’aide vestimentaire, en passant par le soutien à la mobilité. Leur démarche inclut aussi les vacances, les accueils autour d’un café, les clubs de lecture, les ateliers cuisine, l’accès aux sports, aux loisirs et à la culture. Autant d’initiatives pour préserver le lien social menacé par la pauvreté.






