Le 15 juillet 2025, Google, filiale du groupe Alphabet, a annoncé la signature d’un contrat d’achat d’électricité (PPA) de grande ampleur avec Brookfield Renewable Partners, visant à garantir l’approvisionnement de ses futurs centres de données par de l’énergie hydroélectrique décarbonée. L’accord porte sur une capacité installée pouvant atteindre 3 gigawatts (GW), pour un montant contractuel estimé à 3 milliards de dollars sur une période de 20 ans selon The Guardian. Il s’agit du plus important contrat de ce type jamais conclu pour de l’hydroélectricité entre un acteur technologique et un producteur d’énergie.
Deux centrales hydroélectriques historiques mises à contribution : Hollywood et Safe Harbor
Le contrat initial mobilisera deux unités hydroélectriques situées en Pennsylvanie :
- Safe Harbor Hydroelectric Plant, construite en 1931 sur le fleuve Susquehanna, dispose d’une puissance installée d’environ 421 mégawatts (MW). Elle est dotée de 14 turbines Kaplan et produit une énergie de base stable, injectée dans le réseau PJM.
- Hollywood Hydroelectric Plant, plus récente, développe une capacité de 249 MW. Elle fonctionne avec des turbines Francis et bénéficie d’une modernisation récente de son système de régulation et de sa centrale de contrôle.
Ensemble, ces deux installations fourniront dès 2025 670 MW de capacité contractuelle à Google via des Power Purchase Agreements (PPAs) d’une durée de 20 ans, indexés sur l’inflation, selon The Motley Fool.
Ces infrastructures seront progressivement relicenciées et réhabilitées pour intégrer de nouveaux standards environnementaux imposés par la Federal Energy Regulatory Commission (FERC). Selon Brookfield, ces travaux sont compatibles avec le maintien des volumes de production et permettront d’augmenter l’efficacité hydraulique moyenne annuelle des unités de production.
Google achète de l’électricité en masse : jusqu’à 3 GW à terme
Au-delà des deux centrales initiales, l’accord-cadre prévoit une extension progressive de la fourniture électrique à d’autres installations du portefeuille nord-américain de Brookfield. Ce potentiel repose principalement sur :
- l’expiration programmée de plusieurs PPAs historiques à tarifs fixes dans les cinq prochaines années,
- la possibilité pour Brookfield d’upgrader ses équipements électromécaniques,
- la mobilisation de nouvelles concessions ou la prolongation de licences existantes.
D’après les données présentées par Brookfield lors de son dernier Investor Day, environ 3 GW de capacité hydraulique seront disponibles à la revente d’ici 2030, ce qui positionne Google comme acheteur prioritaire sur ces volumes dans le cadre de l’accord-cadre signé.
Objectifs énergétiques de Google : zéro carbone en 2030
Cet accord s’inscrit dans la stratégie de décarbonation du groupe Alphabet. L’objectif fixé est une alimentation électrique zéro carbone 24 h/24 d’ici à 2030 pour l’ensemble de ses activités numériques. Ce défi implique une restructuration profonde des contrats d’achat électrique, passant d’une logique de compensation annuelle (basée sur des certificats verts) à une logique temps réel – régionale de correspondance entre consommation et production sans carbone.
L’intégration du réseau PJM (Pennsylvania–New Jersey–Maryland Interconnection), qui gère plus de 185 GW de capacité installée sur 13 États américains, est essentielle. Google collabore activement avec l’opérateur pour développer des solutions d’optimisation du dispatching via intelligence artificielle, permettant de maximiser l’insertion des énergies propres dans les créneaux de forte demande.
L’intérêt de Google pour l’hydroélectricité repose sur plusieurs arguments techniques :
- Fiabilité en base : l’hydroélectrique fournit une puissance stable 24/24, contrairement au solaire ou à l’éolien.
- Faible empreinte carbone : les barrages existants évitent les émissions liées à la construction de nouvelles infrastructures.
- Réactivité réseau : les groupes hydroélectriques offrent une modulation rapide, compatible avec les besoins de flexibilité pour les centres de données.
Par ailleurs, l’approche par PPA long terme permet d’éviter l’exposition aux prix spot de l’électricité, fortement volatils dans les régions concernées. Ce type de contrat pourrait préfigurer une nouvelle norme dans l’approvisionnement énergétique des opérateurs cloud, avec une logique de sécurisation capacitaire similaire à celle des marchés de capacité européens.






