Énergie : l’Académie des sciences fustige la stratégie gouvernementale

L’Académie des sciences fustige les choix gouvernementaux concernant la programmation pluriannuelle de l’énergie. Elle l’estime déconnectée de la réalité.

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Énergie : l’Académie des sciences fustige la stratégie gouvernementale © L'EnerGeek

La programmation pluriannuelle de l’énergie fait grincer des dents et plus seulement du côté des députés. Désormais, l’Académie des sciences s’en mêle. Dans un avis détaillé, elle déplore les choix faits par le gouvernement pour les prochaines années.


L’Académie des sciences dénonce la programmation pluriannuelle de l’énergie


L’Académie des sciences vient de publier un avis sévère sur la version révisée de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Ce document, censé dessiner les contours du système énergétique français à l’horizon 2035, est jugé par l’institution non seulement peu rigoureux, mais surtout déconnecté des réalités du terrain. Une mise en garde cinglante, à contre-courant du discours gouvernemental sur la transition énergétique.


Dans son analyse, l’Académie des sciences ne mâche pas ses mots. Elle déplore d’abord que les remarques formulées lors de la consultation publique de fin 2024 aient été largement ignorées dans la nouvelle version de la PPE. « Le texte actuel n’est pas à la hauteur des enjeux de l’énergie […] Il n’a pas non plus le niveau de rigueur attendu d’une production des services de l’État » (Avis de l’Académie des sciences, 8 avril 2025).


L’exemple le plus édifiant ? Des incohérences statistiques majeures. Le texte présente plusieurs projections divergentes pour une même donnée : la consommation finale d’énergie pour 2035 varie entre 1 100 TWh et 1 302 TWh selon les pages. Même flou pour la consommation électrique, estimée tantôt à 429 TWh, tantôt à 600 TWh. Une gymnastique comptable qui, selon l’Académie, mine la crédibilité de la stratégie gouvernementale.

Le nucléaire comme pilier structurel : un soutien affirmé


Dans ce brouillard programmatique, une certitude émerge : la place centrale du nucléaire. L’Académie réaffirme son appui à une production électronucléaire puissante, stable et bas-carbone, validée par le Conseil de politique nucléaire en mars 2025. Mais elle ne cache pas son incompréhension face à l’absence de scénarios cohérents intégrant les tendances récentes de la consommation. La demande d’électricité a reculé en 2024, une baisse généralisée en Europe, due à la flambée des prix et à une désindustrialisation rampante.


L’un des passages les plus cinglants du document concerne le rôle jugé démesuré accordé aux énergies intermittentes (solaire, éolien). Le projet de PPE prévoit une envolée de la production intermittente à 254-274 TWh en 2035, contre 73 TWh en 2023. Pour l’Académie, le compte n’y est pas : ce volume excéderait la demande réelle et provoquerait un taux de production non pilotable supérieur à 40 %, rendant la stabilité du réseau incertaine.


Pire encore : les capacités de stockage restent insuffisantes et ne devraient pas l’être davantage dans les dix ans à venir. Bref, un avis au vitriol sur un sujet de plus en plus inflammable sur le plan politique pour le gouvernement.

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