Des conteneurs rongés par la corrosion, certains complètement éventrés, laissant échapper leur contenu directement sur les sédiments : voilà ce qu’a mis au jour la mission NODSSUM du CNRS en inspectant de près les fûts de déchets radioactifs reposant dans l’Atlantique Nord-Est, par 4 700 mètres de fond. Beaucoup de barils présentent une corrosion sévère, et de la matière contaminée s’est déjà répandue sur le fond marin, alerte le magazine Science et Vie.
Ces observations proviennent d’une campagne menée du 27 mai au 28 juin 2026 à bord du navire Pourquoi Pas, avec trente personnes embarquées. Le submersible Nautile a réalisé vingt plongées et photographié de près une cinquantaine de fûts. Les mesures effectuées sur place indiquent des niveaux de radioactivité supérieurs aux prévisions, sans constituer pour autant un événement majeur, selon les chercheurs. La radioactivité reste faible, mais dépasse les seuils attendus.
Un stock oublié depuis les années 1950
Plus de 200 000 fûts reposent dans ces abysses. Entre 1950 et 1990, une quarantaine de pays, dont la France et les États-Unis, ont largué dans l’océan Atlantique des déchets de leur industrie nucléaire, coulés dans du béton ou du bitume. Le Royaume-Uni a mené la majorité de ces opérations. La pratique était alors parfaitement légale.
Les cylindres métalliques n’étaient censés assurer qu’un confinement d’une vingtaine d’années : la stratégie misait sur la décroissance naturelle des isotopes et sur la dilution océanique des résidus, selon la Flotte océanographique française. Interdite par la Convention de Londres en 1990, la pratique a définitivement cessé en 1993.
Personne n’a jamais prévu de remonter les barils, et aucun programme de suivi n’a accompagné ces largages en eaux profondes. Trente-cinq ans après les dernières immersions, personne ne savait encore quel impact ce stock pouvait avoir sur les écosystèmes des grands fonds, ni s’il représentait toujours un risque radiologique.
Une première campagne, en juin 2025, a envoyé le robot autonome UlyX scanner le fond marin pour la première fois. L’engin a localisé 3 355 barils, répartis sur 163 km², à peine 2 % de la surface totale de largage. Cette cartographie a servi à préparer l’inspection de plus près menée par le Nautile.
Vie abyssale et prochaines analyses
Sur les conteneurs corrodés, parfois totalement éventrés, une faune s’est installée : anémones, éponges et crabes colonisent ces structures sans connaître la nature de leur habitat. Les chercheurs ont prélevé de l’eau, des sédiments et des organismes vivants pour traquer la présence de radionucléides dans la chaîne alimentaire abyssale et vérifier s’il existe un phénomène de bioaccumulation.
L’organisation OSPAR, chargée de la protection de l’Atlantique Nord-Est, utilise déjà les données issues de NODSSUM pour renforcer la surveillance de ces sites. La prochaine étape consistera à mesurer précisément la dispersion des radionucléides dans les tissus des organismes prélevés au plus près des barils. Les analyses en laboratoire prendront plusieurs mois. Les premiers résultats complets de cette étude sont attendus début 2027.






