Un immense dépôt de plus de 3 300 fûts de déchets nucléaires a été repéré dans l’Atlantique Nord, au large des Sables-d’Olonne. Cette trouvaille se situe à une profondeur impressionnante de 4 700 mètres dans une zone placée à 1 000 km au sud-ouest de Brest et à 650 km au nord-ouest de La Corogne en Espagne. La surface étudiée couvre 163 km², dévoilant pour la première fois l’ampleur de cette immersion chargée d’histoire.
Une expédition scientifique pas comme les autres
La mission Nodssum, pilotée par le navire océanographique français L’Atalante, avait pour objectif de cartographier ces fûts recroquevillés au fond des plaines abyssales. Pendant un mois, les chercheurs ont sillonné la région pour mieux cerner l’état et la répartition des déchets radioactifs sous-marins. Les résultats préliminaires ont été présentés lors d’une conférence un vendredi récent, marquant une étape importante dans la compréhension des conséquences environnementales de ces dépôts, tout comme l’idée controversée d’utiliser une bombe nucléaire pour des raisons environnementales.
L’équipe s’est servie du robot sous-marin autonome Ulyx, un engin high-tech développé par l’Ifremer. Ce dernier a effectué 17 plongées, photographié 50 fûts et cartographié au total 3 350 fûts grâce à un sonar à très haute résolution. Parallèlement, des carottiers ont été utilisés pour prélever des sédiments tandis que des rosettes ont recueilli des échantillons d’eau. Pour compléter le tableau, des pièges à poissons et crustacés ont aussi été installés, ce qui permet d’observer la faune locale.
L’héritage des dépôts nucléaires dans l’océan
Entre 1946 et 1993, plusieurs pays européens ont largué plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs dans l’Atlantique Nord-Est. Parmi ces nations figurent l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse. La France elle-même a participé avec plus de 14 000 tonnes entre 1967 et 1969. Ces opérations ont été stoppées en 1993 par la convention de Londres, mais leurs séquelles se font encore sentir aujourd’hui.
Sur les milliers de fûts recensés lors de cette expédition, certains sont restés « quasiment intacts », tandis que d’autres présentent des signes « extrêmement dégradés ». On remarque de la corrosion à leur surface, qui est d’ailleurs colonisée par des anémones. Bien qu’aucune anomalie majeure de radioactivité n’ait été détectée jusqu’à présent — ce qui est « plutôt rassurant » selon Patrick Chardon — quelques fuites observées pourraient renfermer du bitume.
Pour mieux décrypter la situation environnementale
Les instruments employés ont relevé des niveaux similaires au bruit de fond habituel. Plus de 300 échantillons de sédiments ont été prélevés, ainsi que 17 poissons grenadiers et 5 000 litres d’eau pour des analyses à venir en laboratoire. Ces mesures permettront d’examiner avec précision la présence d’éventuelles contaminations.
Une seconde expédition est déjà programmée dans un ou deux ans pour regarder de plus près les fûts et leurs effets sur les organismes marins locaux. Pour le moment, remonter ces fûts n’est pas envisagé en raison des coûts très élevés que cela représenterait.
Quand les chercheurs se serrent les coudes
Cette mission a réuni 21 scientifiques provenant notamment du CNRS en France, mais aussi d’institutions reconnues comme l’Institut de recherche pour le développement (IRD), l’Université de Bergen en Norvège, le Thunen Institute en Allemagne et l’Université Mémorial de Terre-Neuve au Canada.






