L’entreprise d’intelligence artificielle d’Elon Musk, xAI, démarche les propriétaires du quartier de Colonial Hills, à Southaven, dans le Mississippi, pour leur racheter leur maison. Mais l’offre a un prix : ceux qui acceptent doivent renoncer à rejoindre l’action en justice en cours contre les nuisances sonores provoquées par le complexe de data centers voisin, explique Les Numériques.
Le dispositif passe par MZX Tech, filiale locale de xAI qui exploite la centrale électrique à l’origine du conflit. Des agents immobiliers font du porte-à-porte depuis octobre 2026 pour proposer ce rachat. Selon l’un d’eux, l’objectif serait d’acquérir 418 maisons, un chiffre que xAI n’a pas confirmé.
Dix-huit propriétaires auraient déjà donné leur accord, et cinq ventes figurent dans les registres du comté. Pour les locataires concernés, le délai est serré : une fois la vente actée, ils disposent de 60 jours pour quitter les lieux.
Dans sa lettre adressée aux habitants, MZX explique avoir besoin de ces propriétés à des fins professionnelles. Le maire de Southaven, Darren Musselwhite, précise que les logements rachetés serviront aussi à loger des salariés de xAI. Il s’en défend, expliquant que le rachat n’a pas vocation à transformer le quartier en ville d’entreprise, mais qu’il a plusieurs objectifs : proposer des maisons à certains employés, et constituer un geste de bonne volonté, de la part d’une entreprise socialement responsable, envers ceux qui considèrent le développement industriel près de chez eux comme quelque chose de négatif.
Un bruit permanent qui a fini devant la justice
Le quartier est exposé au vacarme de dizaines de turbines à gaz installées pour alimenter les data centers de xAI, dont Colossus 2, qui fait tourner l’IA Grok. Jusqu’à 69 turbines fonctionnaient durant l’été 2026, onze ont été arrêtées fin août.
Selon l’EPA, l’agence fédérale de protection de l’environnement, la plupart n’avaient même pas les permis requis par la législation sur la pollution de l’air. xAI conteste ces accusations et promet de remplacer ces installations temporaires par une centrale permanente de 1,2 gigawatt, présentée comme bien plus silencieuse.
En attendant, les riverains décrivent un quotidien éprouvant. Jason Haley, qui vit dans le quartier depuis vingt ans, raconte que le bruit l’empêche de dormir. Elizabeth Rose, professeure de piano, compare ce qu’elle entend à un moteur d’avion qui ne s’arrête jamais.
Un habitant anonyme a résumé la situation au Guardian : « Il y a un bourdonnement aigu, puis un autre bruit comme un avion au-dessus de votre maison […] Il n’y a pas d’échappatoire. » Des capteurs installés par la ville n’ont pourtant signalé aucun niveau sonore dépassant la limite de 70 décibels, alors qu’une étude citée par les plaignants évoque des risques cardiovasculaires dès 50 décibels d’exposition continue.
C’est dans ce climat que trois riverains ont lancé, en juin 2026, une action collective contre xAI et MZX Tech, dénonçant le bruit, les vibrations, les troubles du sommeil et la chute de la valeur de leurs maisons. L’entreprise fait par ailleurs face à une seconde procédure, engagée par la NAACP et des associations environnementales au titre du Clean Air Act, la loi fédérale sur la qualité de l’air.
C’est précisément cette action collective que l’offre de rachat de xAI contourne : les propriétaires qui vendent renoncent de fait à toute demande de dommages et intérêts. Certains habitants n’y voient qu’une manière d’acheter le silence des mécontents. Une voisine redoute, elle, de voir tout le quartier basculer, estimant qu’ils veulent racheter le quartier tout entier, que ça va devenir le bac à sable d’Elon Musk, tout simplement, Elonville.
Trois centres de données ont été construits entre Southaven et Memphis. Selon des témoignages recueillis sur place, Elon Musk passerait plusieurs nuits par semaine dans une caravane Airstream près du site.






