Le Royaume-Uni entend changer la façon dont il sélectionne ses futurs parcs éoliens en mer. Dans une prise de position publiée le 30 octobre 2026 par le quotidien The Times, le chancelier de l’Échiquier John Healey annonce que le prochain appel d’offres pour les énergies renouvelables privilégiera les projets capables de réduire les factures tout en renforçant la sécurité d’approvisionnement. L’état du réseau électrique devient ainsi un critère central de l’arbitrage.
Selon les précisions rapportées le 31 octobre par The Guardian, les ministres pourront refuser leur soutien à de nouveaux projets offshore si l’électricité qu’ils produisent risque de provoquer des coûts supplémentaires faute de capacité suffisante pour l’acheminer. Il s’agit d’une orientation annoncée pour la prochaine procédure de sélection, dont les décisions individuelles restent à venir.
Pourquoi le réseau électrique peut renchérir l’éolien
La difficulté est géographique autant que technique. Une partie importante de l’électricité éolienne britannique est produite loin des principaux bassins de consommation. Lorsque les lignes de transport sont saturées, le gestionnaire du système doit réduire la production de certaines installations et solliciter d’autres centrales situées au bon endroit pour maintenir l’équilibre du réseau.
Ces interventions ont un coût. Dans son rapport consacré aux investissements dans le transport d’électricité, le National Audit Office (NAO), organisme public de contrôle des comptes britanniques, chiffre les dépenses de gestion des congestions à 1,9 milliard de livres pour l’exercice 2025-2026. Il estime qu’elles pourraient atteindre 7,8 milliards de livres par an d’ici 2030 si les mesures nécessaires ne sont pas prises. Ce dernier montant est une projection de risque, et non une dépense déjà engagée.
Le National Energy System Operator explique que les contraintes de transport représentent une part majeure des coûts d’équilibrage. La situation peut conduire à rémunérer l’arrêt temporaire d’éoliennes tout en mobilisant ailleurs des moyens de production plus coûteux.
Un nouveau filtre pour les projets, avant même leur construction
La ligne défendue par John Healey consiste à rapprocher les décisions de soutien aux nouvelles capacités de production du calendrier réel des renforcements de réseau. Pour les développeurs, l’enjeu ne sera donc plus seulement de proposer un prix compétitif pour l’électricité produite : il faudra également démontrer que celle-ci pourra être livrée aux consommateurs dans des conditions économiquement acceptables.
Le gouvernement n’a pas, à ce stade, publié dans cette annonce la liste des projets qui seraient écartés ni détaillé une nouvelle grille de notation. La portée concrète de ce changement dépendra des règles du prochain appel d’offres et de leur application aux dossiers candidats.
Cette orientation intervient alors que la modernisation des infrastructures britanniques représente un chantier considérable. Le NAO rappelle que le régulateur Ofgem estime à environ 70 milliards de livres les investissements nécessaires dans le réseau de transport entre 2025 et 2031. Le rapport souligne aussi les risques de retard de plusieurs projets essentiels.
Le dilemme britannique : construire des éoliennes et les lignes qui vont avec
Le Royaume-Uni cherche simultanément à développer une électricité moins dépendante du gaz importé et à maîtriser les dépenses supportées par les ménages et les entreprises. L’annonce du chancelier fait de la coordination entre centrales, câbles et raccordements une condition plus explicite de la politique de soutien aux renouvelables.
Pour les industriels de l’éolien, la question sera de savoir si ce filtre accélérera les projets les mieux raccordés ou s’il ralentira des investissements dans les zones où les travaux de réseau prennent du retard. Pour les consommateurs, l’effet sur les factures dépendra à la fois des coûts de construction, des économies de combustible et des dépenses évitées pour gérer les congestions.
Le choix britannique intéresse plus largement les pays européens qui développent l’éolien en mer : la compétitivité d’un parc ne se juge plus seulement à la sortie de ses turbines, mais aussi à sa capacité à fournir effectivement de l’électricité au système.






