Les prix de gros de l’électricité ont augmenté de 144,2 % en France au troisième trimestre 2026, selon un bilan du marché européen publié le 21 octobre par la plateforme officielle allemande SMARD, gérée par l’autorité fédérale des réseaux. Leur moyenne sur le marché journalier est passée de 49,23 €/MWh entre juillet et septembre 2025 à 120,20 €/MWh sur la même période en 2026. Cette progression est la plus forte parmi les pays et zones de marché voisins de l’Allemagne étudiés dans ce rapport.
Le phénomène dépasse les frontières françaises. En Allemagne, le prix moyen est passé de 82,76 à 125,51 €/MWh, soit une hausse de 51,7 %. En Belgique, il a atteint 131,39 €/MWh, en augmentation de 82,5 %. Ces chiffres décrivent les prix de gros « day-ahead », auxquels s’échange l’électricité pour livraison le lendemain, et non les tarifs directement facturés aux ménages.
Une hausse française particulièrement marquée dans un marché interconnecté
Le rapport allemand met en évidence une évolution des échanges avec l’Hexagone. Au troisième trimestre, l’Allemagne a exporté 1,3 TWh d’électricité vers la France, soit 209,2 % de plus qu’un an auparavant. Dans l’autre sens, elle a importé 2,4 TWh d’électricité française, un recul de 37,4 %. Sur ce trimestre, les flux commerciaux de la France vers l’Allemagne sont donc restés supérieurs à ceux effectués dans le sens inverse, mais l’écart s’est réduit.
Pour l’autorité allemande, la forte augmentation du prix français a rendu plus souvent intéressant l’achat d’électricité produite outre-Rhin. Le constat illustre le fonctionnement du marché européen couplé : les échanges entre pays rapprochent les prix lorsque les interconnexions permettent de répondre à la demande. La hausse des combustibles utilisés par certaines centrales peut ainsi se répercuter bien au-delà des frontières où elles sont implantées.
Le solaire allemand bat un record, mais le gaz continue de peser sur les prix
Le bilan publié par SMARD montre une autre évolution marquante : la production photovoltaïque injectée sur le réseau allemand a atteint 31,5 TWh au troisième trimestre, un record pour cette période de l’année. Les renouvelables ont représenté 66,5 % de l’électricité injectée dans le réseau public, contre 65 % un an auparavant. La production totale injectée a progressé de 11 % à 111,1 TWh.
Malgré cette production supplémentaire, les prix de gros allemands ont nettement augmenté. Le rapport relève que le prix moyen du gaz sur le marché de gros a progressé d’environ 91 % sur un an, à 64,10 €/MWh, dans le contexte du conflit avec l’Iran. La production d’électricité à partir de gaz a diminué de 8,1 %, tandis que celle issue de la houille a augmenté de 39,3 %. Les centrales au gaz, devenues plus coûteuses, ont plus souvent été devancées par les centrales à charbon dans l’ordre économique d’appel des moyens de production.
Le marché a également connu des contrastes marqués selon les heures. En Allemagne, 675 quarts d’heure ont affiché des prix négatifs sur le trimestre, contre 544 un an plus tôt. À l’inverse, 79 quarts d’heure ont dépassé 300 €/MWh, contre 48 au troisième trimestre 2025. Ces variations montrent l’importance croissante de la disponibilité du solaire et de l’éolien, des capacités pilotables et de la flexibilité de la consommation.
Ce que ces données changent pour la lecture du marché français
Le rapprochement entre les prix français et allemands apporte un éclairage concret sur la crise énergétique européenne. Avec une moyenne de 120,20 €/MWh en France et de 125,51 €/MWh en Allemagne au troisième trimestre, les deux marchés ont connu des niveaux voisins malgré des parcs de production différents. Le rapport souligne que les hausses du coût des combustibles se diffusent dans l’ensemble du marché intérieur, sous l’effet des échanges transfrontaliers.
Pour les consommateurs français, l’évolution des prix de gros constitue un indicateur à surveiller, notamment pour les contrats indexés sur les marchés et les futurs renouvellements d’offres. La facture finale dépend aussi des modalités du contrat, de l’approvisionnement des fournisseurs, des tarifs de réseau et des taxes : la hausse trimestrielle de 144,2 % ne se transpose donc pas telle quelle sur une facture domestique.
Les données ont été reprises le 23 octobre par la presse énergétique allemande, notamment Energie & Management. La Bundesnetzagentur a également présenté les principaux résultats du trimestre. La combinaison d’une forte production renouvelable, de prix du gaz élevés et d’échanges européens en mutation sera un point de vigilance pour les marchés de l’électricité à l’approche de l’hiver.






