Les États-Unis considèrent l’hélium comme un matériau critique alors que l’Europe subit une pénurie d’approvisionnement

Un tiers de l’approvisionnement mondial bloqué dans le golfe Persique, des puces électroniques menacées, des réserves américaines à bout de souffle. Washington dégaine une arme inattendue pour sécuriser son industrie. Laquelle ?

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Les États-Unis considèrent l'hélium comme un matériau critique alors que l'Europe subit une pénurie d'approvisionnement
Les États-Unis considèrent l’hélium comme un matériau critique alors que l’Europe subit une pénurie d’approvisionnement © L'EnerGeek

Le Département de l’Énergie des États-Unis (DOE) a désigné l’hélium comme matériau critique, vendredi 23 octobre 2026. L’annonce, portée par le secrétaire à l’Énergie Chris Wright, place ce gaz sous surveillance gouvernementale renforcée et ouvre l’accès à des financements fédéraux supplémentaires pour ses producteurs, explique Euronews.

Le vingtième matériau sur la liste du DOE

Le DOE justifie sa décision par le rôle de l’hélium dans la fabrication des semi-conducteurs et dans la production d’énergie, deux secteurs jugés vulnérables à une rupture des approvisionnements mondiaux. Pour recevoir ce label, un matériau doit présenter un risque élevé de perturbation de sa chaîne d’approvisionnement et jouer un rôle indispensable dans au moins une technologie énergétique.

L’hélium devient ainsi le 20e matériau classé critique par le DOE, après le charbon métallurgique, ajouté en 2025 et utilisé pour fabriquer le coke nécessaire à la sidérurgie. Il est aussi le second gaz de la liste, aux côtés du fluor.

Dans un communiqué, Chris Wright a déclaré que le président Trump redonnait vie à l’industrie manufacturière américaine, ce qui signifiait s’assurer que les États-Unis disposaient des matériaux nécessaires pour fabriquer à nouveau des produits sur le territoire américain. Lors de l’annonce de la désignation, il a ajouté que l’hélium était indispensable à la production des semi-conducteurs et des technologies avancées qui font tourner l’économie américaine, et que ce classement marquait une nouvelle étape vers la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et la création d’emplois aux États-Unis.

Le détroit d’Ormuz, point de rupture de l’approvisionnement

La guerre au Moyen-Orient et les restrictions imposées par la Russie et la Chine pèsent depuis des mois sur l’offre mondiale d’hélium, un gaz indispensable à la fabrication des puces électroniques. Après la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, dans le cadre de son conflit avec Israël et les États-Unis, un tiers de l’approvisionnement mondial s’est retrouvé bloqué dans le golfe Persique en février.

En mars, des tirs iraniens ont touché l’installation gazière de Ras Laffan, au Qatar, l’un des premiers producteurs mondiaux avec les États-Unis et la Russie. La Russie, de son côté, a instauré en avril des restrictions temporaires à l’exportation pour protéger son marché intérieur.

L’Europe peine de plus en plus à sécuriser ses propres approvisionnements. La Chine, qui n’est pourtant pas un producteur majeur d’hélium, sert de plaque tournante de transit pour les livraisons russes destinées au continent, selon un rapport du Financial Times publié en juillet.

L’Union européenne a interdit les importations directes d’hélium russe en 2024. Mais certains volumes auraient continué à atteindre le marché européen via la Chine, qui a elle-même instauré en juillet une interdiction temporaire d’exportation du gaz.

Les États-Unis restent le premier producteur mondial de gaz naturel et d’hélium, ce dernier étant extrait comme sous-produit du traitement du premier. Le pays a produit 81 millions de mètres cubes d’hélium en 2025, soit 43 % de l’offre mondiale, dont 38 millions exportés. Le niveau de production stagne autour de 80 millions de mètres cubes par an depuis 2021.

Le Wyoming, le Kansas, le Texas, l’Oklahoma, le Colorado et l’Utah concentrent l’essentiel des réserves, mais les usines d’extraction tournent déjà à leurs limites et il faut des années pour obtenir un permis et construire une nouvelle installation, selon le DOE.

Le pays a pourtant disposé autrefois d’une réserve stratégique nationale d’hélium au Texas, pensée sur le modèle de la réserve stratégique de pétrole. Le Congrès en a ordonné la privatisation en 2013, et le Bureau of Land Management a finalisé en 2024 la vente du système fédéral d’hélium à l’entreprise de gaz industriel Messer.

L’hélium sert à produire de l’énergie éolienne, solaire et nucléaire, mais aussi à l’exploration spatiale, à l’imagerie médicale et à la recherche. La secrétaire adjointe à l’Énergie Audrey Robertson, qui dirige l’Office of Critical Minerals and Energy Innovation, a expliqué lors d’un entretien que l’hélium pouvait constituer un point de défaillance unique, ce qui était inacceptable, ajoutant que l’enjeu dépassait les ballons d’anniversaire pour toucher à la compétitivité et à la sécurité énergétique du pays.

David Isaacs, vice-président de la Semiconductor Industry Association, a dit espérer continuer à travailler avec les dirigeants gouvernementaux et industriels pour renforcer la résilience de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs. Certains acteurs de l’industrie avaient demandé au gouvernement américain de procéder à cette désignation.

Chris Bakker, PDG de l’entreprise nord-américaine Avanti Helium Corp, a salué une mesure qui apporterait un soutien important aux investissements dans l’exploration de nouvelles réserves, un investissement nécessaire selon lui pour préserver l’autosuffisance américaine.

Greeshma Gadikota, directrice du Lenfast Center for Sustainable Energy à l’université Columbia, tempère cet enthousiasme. Brûler le gaz naturel génère beaucoup d’émissions de CO2, note-t-elle, mais extraire seulement l’hélium n’y contribue pas nécessairement. Elle préférerait voir le gaz naturel utilisé pour produire directement de l’hydrogène et du carbone solide, ce dernier pouvant servir à la fabrication de caoutchouc ou de pigments.

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