Rosneft : 114 attaques, 20% de pertes, un tiers du raffinage russe à l’arrêt

Rosneft, qui contrôle un tiers du raffinage russe, fait face à une crise sans précédent. Les 114 attaques de drones ukrainiens menées entre janvier et octobre 2026 ont paralysé ses trois principales raffineries, tandis que les sanctions internationales privent l’entreprise des pièces de rechange occidentales, la forçant à recourir à des équivalents chinois avec des délais de plusieurs mois. Résultat : un bénéfice net en chute de 20% et une dette au plus haut depuis cinq ans.

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Rosneft : 114 attaques, 20% de pertes, un tiers du raffinage russe à l’arrêt © L'EnerGeek

Rosneft, qui assure un tiers du raffinage russe, fait face à un double étranglement : les frappes de drones ukrainiens immobilisent ses installations depuis mai 2026, tandis que les sanctions internationales la privent des pièces de rechange occidentales autrefois essentielles. Résultat : ses raffineries tournent bien en dessous de leur capacité, et l’entreprise doit recourir à des équivalents russes et chinois avec des délais de livraison de plusieurs mois. Selon Bloomberg, révélé le 22 octobre 2026, des représentants du géant pétrolier ont confié que « même la poursuite de la guerre contre l’Ukraine pendant quelques mois supplémentaires pourrait causer des dommages durables à l’ensemble de l’entreprise ».

État des lieux : le raffinage russe à l’arrêt

Les 12 raffineries de Rosneft représentent environ un tiers de la capacité totale de raffinage russe. Pourtant, entre janvier et octobre 2026, l’Ukraine a mené 114 attaques confirmées contre les installations pétrolières russes, soit plus du double par rapport à 2025. Les conséquences opérationnelles sont massives. La raffinerie de Syzran, d’une capacité annuelle de 9 millions de tonnes de pétrole brut, approvisionne l’armée de l’air russe et d’autres unités militaires. Elle a fonctionné à moins d’un tiers de sa capacité pendant la plupart des six derniers mois. En septembre 2026, 15 attaques de drones ont visé les raffineries russes, dont 5 ont ciblé les installations de Rosneft alimentant la Russie occidentale.

La raffinerie de Tuapse, hub d’exportation stratégique de la mer Noire, est arrêtée depuis avril 2026 suite à une série soutenue d’attaques ukrainiennes. Celle de Ryazan a été mise hors ligne plus de la moitié du temps depuis le raid de mai 2026, et fonctionne bien en dessous de sa capacité nominale lorsqu’elle redémarre. Contrairement à la communication officielle de Rosneft affirmant qu’« aucune station-service n’a été fermée » et que « les consommateurs reçoivent du carburant en totalité à des prix stables », les données opérationnelles révèlent une réalité bien différente. L’entreprise étire délibérément les réparations sur plusieurs semaines, transformant des travaux de quelques jours en mois, car les installations redémarrées sont à nouveau frappées.

Le casse-tête des sanctions : pièces chinoises et délais

Les sanctions internationales limitent drastiquement l’accès de Rosneft aux pièces de rechange critiques autrefois sourçées en Occident. Les équipements de raffinage complexes nécessitent des composants de haute précision (turbines, compresseurs, systèmes de contrôle automatisés) que les fabricants européens et américains ne peuvent plus livrer. L’analyse de Bloomberg conclut que « Rosneft a conclu que reconstruire des raffineries pour les voir à nouveau frappées est un jeu perdant ». Le groupe pétrolier doit désormais se tourner vers des équivalents russes et chinois, avec des délais de livraison de plusieurs mois. Or, dans un contexte où l’Ukraine frappe les raffineries et paralyse l’export pétrolier, chaque semaine d’arrêt supplémentaire creuse les pertes.

Substituts russes et chinois : une solution aux délais prohibitifs

Le basculement vers des fournisseurs chinois et russes ne résout qu’en partie le problème. Les équipements de substitution présentent souvent des performances inférieures et nécessitent des adaptations techniques coûteuses. Les délais de livraison de plusieurs mois s’ajoutent aux temps d’arrêt causés par les frappes, créant une spirale paralysante. À titre d’exemple, une turbine occidentale pouvait être livrée en trois à six semaines avant les sanctions. Aujourd’hui, l’équivalent chinois exige quatre à six mois de délai, auxquels s’ajoutent les phases d’installation et de mise en service.

Implications énergétiques : production, prix et marchés

Le bénéfice net de Rosneft a chuté de 20% au premier semestre 2026, tombant à 200 milliards de roubles (2,4 milliards de dollars). Plus inquiétant encore, le ratio de la dette nette aux bénéfices a augmenté de 1,8 fois, atteignant le plus haut niveau en plus de cinq ans. Pour un groupe dont l’Autorité d’investissement du Qatar détient 18,4% du capital, la dégradation financière soulève des questions sur la viabilité à moyen terme. Igor Sechin, PDG de Rosneft, fait face à une crise sans précédent : maintenir la production malgré les frappes ou accepter des arrêts prolongés qui aggravent l’endettement.

La réduction de la capacité de raffinage russe impacte directement les marchés mondiaux du diesel. La Russie exporte traditionnellement du diesel vers l’Europe et l’Asie. L’arrêt de Tuapse, hub clé de la mer Noire, et la production réduite de Ryazan et Syzran créent des tensions d’approvisionnement. Le 15 octobre 2026, l’Ukraine a repris ses attaques contre les raffineries, trois jours seulement après avoir brièvement respecté un cessez-le-feu énergétique proposé par Donald Trump. Le président américain avait annoncé un accord pour acheter du diesel russe, mais l’incapacité de Rosneft à honorer les livraisons promises rend ce deal incertain. Les prix du diesel sur les marchés européens et asiatiques restent volatils, avec des primes importantes pour les livraisons à court terme.

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