Charles Bühler, cofondateur d’Exodus Propulsion Technologies, a décrit sa trouvaille dans un entretien accordé à The Debrief, expliquant que cette découverte d’une nouvelle force est fondamentale dans la mesure où les champs électriques seuls peuvent générer une force soutenue sur un objet et permettre la translation du centre de masse de cet objet sans éjecter de matière.
Selon lui, en novembre 2023, les dispositifs sans propulseur conçus par son équipe ont produit assez de poussée pour contrer la gravité terrestre.
Du Téflon, du ruban de cuivre et de la mousse
L’affirmation est simple à énoncer, vertigineuse dans ses implications. Un objet se déplacerait sous l’effet d’un champ électrique, sans rien éjecter en sens inverse, ce qui romprait avec le fonctionnement de toute fusée connue. Interrogé par Tim Ventura, cofondateur de la communauté APEC, Bühler a résumé la fabrication de ses appareils avec une déconcertante économie de moyens, expliquant que l’on charge simplement du Téflon, du ruban de cuivre et de la mousse, et que l’on obtient cette poussée.
Le chemin a été long. Entre 2016 et 2020, les meilleurs prototypes de l’équipe atteignaient à peine un cent-millième de g. Une chambre à vide a été achevée fin 2020. Entre janvier et septembre 2021, 146 dispositifs y ont été testés, avec des résultats grimpant successivement à un millième, un centième puis un dixième de g, avant d’atteindre 1 g.
Bühler a aussi évoqué des dispositifs continuant à pousser plusieurs jours après la coupure de leur alimentation électrique. En mars 2026, il a fait état d’environ 2 000 expériences menées en chambre à vide.
Une demande de brevet international déposée en 2019 par Bühler et un autre cofondateur d’Exodus détaille un dispositif à neuf pales d’environ 10 centimètres chacune, recouvertes de peinture conductrice et scellées dans une résine époxy haute tension. Relié à une alimentation capable de délivrer jusqu’à 40 000 volts et suspendu à un dynamomètre, l’appareil aurait produit une poussée moyenne de 237 millinewtons, soit à peu près le poids de 24 grammes.
Pour écarter l’hypothèse d’un simple vent ionique, l’équipe a enfermé le dispositif dans un sac plastique ; pour exclure une attraction vers les parois, elle l’a placé dans une boîte mise à la terre et retourné à 180 degrés. Le document affirme que la force mesurée ne provenait ni du vent ionique, ni d’une attraction des parois, ni du champ magnétique terrestre.
Une entreprise de Floride, sans lien avec la NASA
Exodus Propulsion Technologies est une entreprise privée installée à Titusville, en Floride. Elle n’a aucune affiliation avec l’agence spatiale américaine, un point sur lequel Bühler insiste lui-même. Avant de fonder la société, il a contribué à la création de l’Electrostatics and Surface Physics Laboratory au Kennedy Space Center, chargé notamment de prévenir les décharges électrostatiques susceptibles de faire exploser des fusées, et il a géré ce type de risque pour la navette spatiale, la Station spatiale internationale et le télescope Hubble.
Selon lui, son équipe compte des personnes venues de la NASA, de Blue Origin et de l’US Air Force, qui travaillent depuis environ vingt-cinq ans sur des idées de propulsion sans propulseur avant de s’être tournées vers l’électrostatique. Lui-même reconnaît la difficulté de faire admettre ses résultats, estimant que c’est très difficile à concilier d’un point de vue scientifique, car cela semble violer un grand nombre de lois de l’énergie que nous connaissons.
Le précédent de l’EmDrive, douché par la science
L’histoire des moteurs sans propulseur est jalonnée de résultats prometteurs qui s’effondrent ensuite. En 2001, l’ingénieur britannique Roger Shawyer avait présenté l’EmDrive, un cône en cuivre surnommé le moteur impossible parce qu’il semblait défier le principe de conservation de la quantité de mouvement.
En 2016, l’équipe Eagleworks de la NASA avait rapporté une légère poussée mesurée dans une chambre à vide. Mais une équipe de l’université technique de Dresde, dirigée par Martin Tajmar, a reconstruit le dispositif pour traquer les artefacts expérimentaux. Un test où la cavité était boulonnée fermement à son support avait produit une fausse poussée convaincante, d’environ 20 micronewtons, due en réalité à la dilatation thermique du métal.
Avec un EmDrive de 9 kilogrammes suspendu par un seul boulon et alimenté par sa propre batterie, l’étude publiée en 2021 n’a détecté aucune poussée au-dessus du bruit de fond, situé entre 10 et 30 nanonewtons. La même équipe avait déjà testé, en 2020 dans le Journal of Electrostatics, des condensateurs chargés à 10 000 volts, matériel de base de nombreuses revendications de propulsion électrostatique, sans détecter la moindre force.
La réplication indépendante reste absente
Exodus a franchi une étape commerciale le 4 avril 2026, lors du Deep Tech Week à New York, où un « Meet and Greet » a réuni physiciens et investisseurs autour de Bühler, présenté comme fondateur et PDG de l’entreprise.
Mais en mai 2026, aucun laboratoire extérieur n’avait publié de réplication indépendante utilisant son propre appareillage, ses propres instruments et son propre calcul d’incertitude. La fiche de profil consacrée à Bühler par la communauté APEC, qui l’a pourtant interviewé, identifie précisément ce point comme le principal problème non résolu : un brevet documente une revendication, il ne la valide pas.
Le standard attendu suppose un protocole documenté, un budget d’incertitude et une force reproduite par des équipes distinctes, et non une vidéo convaincante ou une présentation de conférence séduisante.
Il n’est pas impossible que Bühler et son équipe aient mis le doigt sur une particularité inconnue de la physique. C’est, pour l’heure, jugé extrêmement improbable.






