Le 23 septembre 2026, Lockheed Martin, géant américain de l’aéronautique et de la défense, lance son Quantum Innovation Center qui travaillera sur la mise au point de capteurs quantiques dédiés notamment à la navigation. L’objectif est clair : intégrer les prototypes dans des systèmes militaires.
En avril 2025, au salon industriel de Hanovre, SAXON Q a présenté un ordinateur mobile réalisant une démonstration simple de reconnaissance d’image et un calcul de chimie quantique. Un an plus tard, au même salon, l’entreprise allemande a montré un nouvel appareil doté de deux processeurs de cinq qubits chacun. Puis, le 21 juillet 2026, elle a annoncé accepter les commandes d’un modèle de 128 qubits et prévoir les premières livraisons d’un modèle de 512 qubits à partir du deuxième trimestre 2027.
Dans le domaine des capteurs quantiques, Honeywell Aerospace, l’entreprise Quantum Brilliance et l’université Jagellonne de Cracovie développent pour l’Agence spatiale européenne un magnétomètre compact. Quantum Brilliance apporte la technologie du capteur à diamant ; Honeywell dirige le projet et travaille à son intégration dans un instrument adapté aux contraintes spatiales. La livraison de cet instrument est prévue d’ici 2027.
Ces étapes sont concrètes : des démonstrations publiques, des produits proposés à la commande développés pour des usages et des clients identifiés.
Ces technologies utilisent notamment les centres NV. Dans le diamant, un atome d’azote prend la place d’un atome de carbone, à côté d’une place vide. Cette structure peut réagir à un champ magnétique : c’est ce qui permet de l’utiliser dans un capteur. Elle peut aussi servir de qubit, l’unité qui porte l’information dans un ordinateur quantique. Le même matériau ouvre ainsi deux voies distinctes, la mesure et le calcul, dont les performances devront être évaluées séparément.
Les capteurs à l’épreuve du réel
Le premier marché pourrait être celui de la mesure. SBQuantum, entreprise canadienne spécialisée dans les magnétomètres à diamant, développe des instruments pour la cartographie magnétique et la navigation. Elle indique avoir déjà testé ses capteurs dans le froid arctique, sur des drones et dans l’espace. Son séminaire du 24 septembre 2026, consacré notamment aux applications dans la sécurité et la défense, témoigne de sa recherche d’utilisateurs. Les essais constituent toutefois le signal le plus intéressant : ils permettent de commencer à juger l’instrument hors du laboratoire.
Quantum Brilliance, société australienne qui développe des dispositifs quantiques à diamant pour la mesure et le calcul, avance sur un autre terrain. En juillet 2026, elle a annoncé sa participation à un consortium dirigé par Honeywell Aerospace, industriel des équipements aéronautiques et spatiaux, et l’université Jagellonne de Cracovie. Financée par l’Agence spatiale européenne, l’ESA, cette équipe doit développer, tester et livrer d’ici 2027 un magnétomètre quantique compact destiné à mesurer le champ magnétique terrestre depuis l’espace.
L’échéance est précise, tout comme les contraintes de l’application. Un instrument embarqué doit tenir dans un volume et une consommation électrique limités, tout en fournissant des mesures exploitables.
Le calcul face à la question de la performance
L’ordinateur quantique à diamant présente un potentiel plus ambitieux. SAXON Q a ouvert les commandes de son SXQ128, présenté comme un système de 128 qubits fonctionnant à température ambiante. L’entreprise annonce une livraison dans les trois mois suivant la commande. Elle propose également le SXQ512, dont les premières livraisons sont prévues au deuxième trimestre 2027.
Quantum Brilliance développe, elle aussi, des accélérateurs quantiques à diamant. Elle a ouvert une filiale au Japon avec le soutien d’un programme du gouvernement métropolitain de Tokyo, afin d’y nouer des partenariats. Le pays accueillera, du 8 au 11 décembre, le symposium Quantum Innovation 2026 à Nagoya. Ce rendez-vous concerne toutes les technologies quantiques : il ne constitue pas une preuve de progrès pour le diamant, mais offre un cadre où confronter les annonces aux attentes des chercheurs et des industriels.
Le contexte industriel s’élargit également au-delà de cette technologie. Le 10 septembre, IBM, groupe informatique américain, et Lockheed Martin, industriel américain de la défense et de l’aéronautique, ont annoncé la création d’un pôle d’innovation quantique en Suisse, autour d’un IBM Quantum System Two. Cette machine ne repose pas sur le diamant. L’annonce montre néanmoins que l’accès aux ordinateurs quantiques et la recherche de leurs usages commencent à s’organiser entre industriels, chercheurs et pouvoirs publics.
Le matériau devient un enjeu industriel bien maîtrisé par la filière française
Derrière les instruments se trouve une condition moins visible : disposer de diamants aux caractéristiques adaptées à chaque usage. La pureté du cristal, la position et la concentration des défauts, ses dimensions et la régularité de sa fabrication comptent autant que les performances annoncées pour un prototype.
En France, HiQuTe Diamond fabrique des plaques de diamant synthétique destinées notamment aux capteurs et au calcul quantiques. L’entreprise a annoncé en 2025 une levée de 7,5 millions d’euros pour développer sa production. Elle a également conclu un partenariat avec KWAN-TEK, société française spécialisée dans les capteurs quantiques à diamant, afin de développer des solutions de mesure pour le contrôle industriel et la navigation. Ce partenariat concerne les capteurs.
D’autres fournisseurs occupent ce segment. Nova Crystal, entreprise établie à Hong Kong, propose des diamants pour la recherche sur les centres NV. Flawless Technical Diamonds, société américaine spécialisée dans les substrats de diamant, présente des matériaux destinés notamment aux capteurs et au calcul quantiques. L’existence de cette offre montre qu’une chaîne de fournisseurs se constitue. Elle ne permet pas encore de conclure que tous les matériaux requis pourront être produits en quantité, avec des propriétés constantes et à un coût compatible avec chaque application.
Ce point pourrait devenir décisif. Un capteur convaincant lors d’un essai doit pouvoir être fabriqué à nouveau avec les mêmes résultats. Un ordinateur qui multiplie ses qubits doit conserver une qualité suffisante de ses opérations. Dans les deux cas, la maîtrise du diamant et celle du dispositif devront progresser ensemble.
2027 sera à l’évidence une année charnière pour le développement du diamant quantique, en espérant que la filière française saura tirer parti de l’intérêt croissant des industriels pour cette nouvelle technologie.Les investisseurs de la tech pourraient y trouver des opportunités de développement significatives, notamment en France, qui possède dans ce domaine quelques pépites.






