« On a ridiculisé Lamarck trop vite » : ce que la science découvre aujourd’hui aurait changé l’histoire de la biologie

Des vers aux plants de riz, la science redécouvre que Lamarck avait vu juste. L’épigénétique bouscule Darwin et remet en cause des décennies de manuels scolaires. Et si tout était à réécrire ?

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« On a ridiculisé Lamarck trop vite » : ce que la science découvre aujourd'hui aurait changé l'histoire de la biologie
« On a ridiculisé Lamarck trop vite » : ce que la science découvre aujourd’hui aurait changé l’histoire de la biologie © L'EnerGeek

L’idée que Jean-Baptiste Lamarck avait raison sur certains aspects de l’évolution commence à être prise au sérieux par la communauté scientifique. C’est ce que rapporte le Telegraph dans deux articles signés par Albert Tait, rédacteur en chef Éducation, publiés le 28 juillet et le 1er août 2026.

Lamarck, naturaliste français mort en 1829, soutenait que les formes de vie pouvaient transmettre à leur descendance des caractéristiques acquises au cours de leur existence. Il a été tourné en ridicule depuis lors et s’est éteint dans la pauvreté, malgré la statue qui lui est dédiée à Paris. L’encyclopédie Britannica le décrit même comme totalement discrédité.

La théorie rivale, celle de Charles Darwin, postule que de légères différences entre formes de vie entraînent des taux différents de survie et de reproduction, ce qui, sur une durée suffisante, explique l’évolution. Pendant longtemps, la sélection naturelle est restée la seule théorie acceptée en la matière.

Mais Britannica reconnaît désormais que l’épigénétique a offert une explication à la manière dont certains traits développés au cours de la vie d’un organisme peuvent se transmettre à sa descendance. Des preuves existent que Lamarck avait raison, au moins pour certaines formes de vie.

Pim Edelaar, biologiste évolutionniste à l’université Pablo de Olavide en Espagne, détaille le cas du ver C. elegans dans un article publié sur The Conversation. Exposé à des stimuli externes tels que des infections virales ou bactériennes, la famine ou des températures stressantes, un ver adulte s’adapte pour mieux faire face au fil du temps. Sa descendance en profite aussi, dès la naissance, tout comme les générations suivantes.

Le mécanisme passe par l’héritage de petits ARN, des molécules proches de l’ADN. Quand les vers adultes subissent un stress, ils produisent ces ARN pour ajuster l’activité de leurs gènes et monter une réponse efficace. Au moment de la reproduction, des protéines spécifiques transfèrent ces ARN aux œufs, de sorte que la descendance naît directement avec ces bénéfices.

Edelaar recense des dizaines, voire des centaines d’études montrant des effets similaires chez des bactéries, des plantes et des animaux. Les plants de riz exposés au froid développent ainsi une résistance apparemment permanente en ajoutant des marqueurs chimiques à leurs gènes, ce qui leur a permis de s’étendre vers le nord depuis leurs origines tropicales.

Une acceptation croissante chez les biologistes

Richard Buggs, professeur de génomique évolutive à Queen Mary University of London, constate une acceptation croissante au sein de la communauté de biologie évolutive des preuves soutenant le lamarckisme.

Il reconnaît que le constat peut surprendre, car les manuels scolaires de biologie présentent souvent le lamarckisme comme une théorie évolutionniste ayant échoué. Selon lui, de nombreuses publications scientifiques récentes montrent pourtant ce phénomène, et plusieurs conférences majeures en ont déjà discuté.

Le Telegraph relève que l’histoire reste en développement. Elle se comprend mieux, selon le journal, si l’on garde à l’esprit à quel point la culture laïque moderne a dépendu du darwinisme comme récit des origines, au point de chercher à éliminer tous ses rivaux.

Buggs estime qu’il serait juste de dire que de nombreux manuels scolaires sont dépassés sur cette question.

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