Le gouvernement a autorisé, par un décret publié le dimanche 3 mai 2026 au Journal officiel, le démantèlement complet par EDF de l’ancienne centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin. L’autorisation porte notamment sur les parties les plus sensibles du site, à commencer par les réacteurs, et le texte détaille les modalités ainsi que le calendrier complet de l’opération.
Daté du 1er mai 2026, le décret a été signé par le Premier ministre, le ministre de l’Économie et la ministre déléguée chargée de l’Énergie. Il fait suite à un avis favorable de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, rendu le 29 janvier 2026. Son objectif est de prescrire à EDF les opérations de démantèlement, d’en définir les étapes et d’autoriser la création des équipements nécessaires.
Un calendrier qui court jusqu’en 2048
Le texte a été signé six ans après l’arrêt définitif de la centrale. Le chantier, précise le décret, ne sera pas achevé avant 2041, et les opérations devront être terminées au plus tard le 30 juin 2048.
Le périmètre couvre l’ensemble de l’installation. L’îlot nucléaire comprend les bâtiments réacteur des tranches 1 et 2 ; l’îlot conventionnel regroupe la station de pompage, les bâtiments d’entreposage des générateurs de vapeur usés et des boues, ainsi que les réservoirs de stockage des effluents.
Le démantèlement se déroulera en quatre étapes :
- le démantèlement proprement dit,
- l’assainissement des structures et des sols,
- la démolition des bâtiments jusqu’à une profondeur d’au moins un mètre,
- puis la réhabilitation du site.
Les rejets d’effluents gazeux, liquides et radioactifs seront contrôlés, en particulier lors des vidanges des piscines des bâtiments réacteur et combustible.
Six ans de préparatifs après l’arrêt des réacteurs
Un décret du 18 février 2020 avait d’abord abrogé l’autorisation d’exploiter détenue par EDF. Le réacteur 1 s’était arrêté le 22 février 2020, le réacteur 2 le 30 juin 2020, après 43 années d’exploitation. La fermeture anticipée avait été actée par un protocole signé entre l’État et EDF le 27 septembre 2019 : l’État s’était engagé à verser à l’entreprise près de 400 millions d’euros sur les quatre années suivantes, pour couvrir les dépenses de post-exploitation, le démantèlement et la reconversion du personnel.
Le dossier de démantèlement avait ensuite été transmis à l’Autorité de sûreté nucléaire dès décembre 2020. L’évacuation de l’intégralité du combustible usé, achevée à l’été 2022, avait permis de retirer 99,9 % de la radioactivité présente sur le site.
Sur le plan humain, l’effectif de 740 agents devait fondre à moins de 10 % lors du démantèlement : fin 2021, il avait déjà été divisé par deux, avec 370 personnes redéployées vers d’autres sites, tandis que 90 personnes restaient encore à accompagner dans leur projet professionnel.
Selon Johann Maisonneuve, chef du projet de déconstruction, les deux réacteurs alsaciens sont les premiers réacteurs modernes démantelés en France, contrairement aux précédentes opérations menées sur d’anciens prototypes comme Chooz A, cite Sciencepost.
En 2022, le regain des inquiétudes sur l’approvisionnement énergétique avait ravivé l’hypothèse d’un redémarrage de la centrale, vite freinée par des obstacles juridiques, l’autorisation d’exploiter ayant été abrogée, et techniques. Le maire de Fessenheim, Claude Brender, tranchait alors : « quitte à faire huit ans d’études et de travaux pour une installation qui fonctionnerait encore 10-15 ans, je préfère qu’on fasse huit ans d’études pour construire des SMR qui fonctionneront 60 ans ».
Le chantier générera au total 405 000 tonnes de matériaux. 95 % d’entre eux ne sont pas radioactifs : ce sont pour la majorité des bétons, réutilisés sur site comme remblais. Les 5 % restants, environ 20 000 tonnes, devront suivre un traitement spécialisé selon leur niveau de radioactivité.
Ces déchets seront d’abord triés et stockés dans l’ancienne salle des machines, débarrassée de ses turbines, avant d’être expédiés vers les sites de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, dans l’Aube.
Le projet mobilisera 300 à 400 personnes par an, pour un coût d’environ 700 millions d’euros par réacteur. Une partie des équipements a déjà trouvé une seconde vie : 30 millions d’euros de matériel ont été réemployés ailleurs dans le parc nucléaire français, dont des turbines qui produisent de l’électricité à Dampierre, dans le Loiret, et à Gravelines, dans le Nord.
EDF étudie par ailleurs la création d’un technocentre destiné au recyclage des métaux très faiblement radioactifs, sur une parcelle jouxtant le site de Fessenheim, une installation désormais autorisée par dérogation depuis un décret du 15 février 2022. Un débat public était prévu d’ici 2025, avant une ouverture envisagée pour 2031. Le technocentre emploierait 180 personnes.
Selon EDF, l’objectif est de ramener la durée de ce type d’opérations à 15 ans et leur coût à 500 millions d’euros par réacteur, l’entreprise visant les marchés internationaux du démantèlement alors que plusieurs dizaines de réacteurs devront être démantelés dans les prochaines décennies en Europe et aux États-Unis. Le projet de technocentre ravive déjà des tensions et des inquiétudes dans la région.






