Dans un climat politique surchauffé, l’Assemblée nationale a adopté à la veille du 19 juin un amendement inattendu proposé par le Rassemblement national. Son but ? Activer le redémarrage de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), pourtant arrêtée depuis 2020. L’amendement est venu souffler sur les braises d’un dossier que beaucoup croyaient définitivement éteint.
Mais le lendemain, le couperet est tombé. Lors d’une conférence de presse tenue à Strasbourg le jeudi 19 juin 2025, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a opposé une fin de non-recevoir catégorique à toute velléité de remise en marche. « Il n’existe pas de procédure pour remettre en service une installation définitivement arrêtée, de sorte que le projet serait considéré comme une nouvelle installation à part entière », a tranché un représentant de l’ASNR, cité dans France 3 Régions, le 19 juin 2025. Pour relancer Fessenheim, il faudrait… reconstruire Fessenheim.
Fessenheim : une centrale nucléaire techniquement condamnée
Au-delà du volet réglementaire, les obstacles purement techniques sont tout aussi rédhibitoires. Car la centrale de Fessenheim, en cours de démantèlement depuis 2020, a subi des transformations irréversibles. L’ASNR l’a confirmé sans détour, dans des propos partagés par France 3 Régions : « Plusieurs opérations irréversibles ont été réalisées, pour lesquelles il n’existe pas à ce jour de solution technique pour revenir en arrière. C’est notamment le cas de la décontamination des circuits ».
À cela s’ajoute le démontage de composants stratégiques en cœur de cuve et des prélèvements de matériaux réalisés pour la caractérisation radiochimique. Fessenheim n’est plus une centrale nucléaire. C’est un chantier de recyclage partiel à ciel ouvert, amputé de ses organes vitaux.
Le fantasme économique d’un redémarrage ruiné par EDF et l’ASNR
Et l’argument économique, longtemps mis en avant par ses partisans, n’a pas résisté à la rigueur des faits. EDF, maître d’œuvre du site, n’a jamais envisagé une remise en service. « Il n’est pas du tout avéré que le projet serait opportun. D’ailleurs EDF ne l’a jamais envisagé », note l’ASNR dans sa déclaration à France 3 Régions. Pas un euro n’a été budgété, pas un projet formel lancé. L’avenir du site s’écrit désormais autour d’un « technocentre », initiative industrielle portée par EDF.
Ce projet, qui pourrait coûter 450 millions d’euros, prévoit la refonte de métaux faiblement radioactifs issus d’autres sites nucléaires en lingots de fonte ou d’acier, dans une logique d’économie circulaire. La proximité avec le cœur de la centrale désaffectée ne relève pas du hasard, l’infrastructure existante est réutilisée, mais à des fins totalement étrangères à la production d’électricité. En plus d’écarter tout redémarrage, l’ASNR a rappelé la nécessité de penser le nucléaire sur des échelles temporelles longues, de 10 à 15 ans minimum.






