Tetsuji Yoshida, président de CSP Japan, groupe de conseil spatial de la Shimizu Corporation, a expliqué dans un entretien accordé à ABC News que si toute l’énergie des panneaux lunaires atteignait la Terre, il n’y aurait plus jamais besoin de brûler du charbon, du pétrole ou de la biomasse. Elle donne la mesure d’un projet baptisé Luna Ring, une ceinture de panneaux solaires courant tout autour de l’équateur lunaire.
Dévoilé il y a plus d’une décennie par cette entreprise de construction japonaise, le concept prévoit une infrastructure de 10 944 km de long, avec une largeur variant de quelques kilomètres à 400 km à son point le plus large.
Sur l’équateur lunaire, il n’y a ni atmosphère pour bloquer la lumière, ni nuages, ni nuit du côté éclairé : un côté ou l’autre reste en permanence baigné de soleil. Selon Shimizu, les panneaux terrestres ne génèrent qu’un vingtième de l’énergie que produirait un dispositif équivalent installé dans l’espace.
Le fonctionnement tient en quatre étapes. Des cellules solaires installées sur l’équateur convertissent la lumière en électricité. Des câbles enterrés acheminent ce courant vers la face proche de la Lune, celle qui fait toujours face à la Terre. Des installations transforment ensuite l’électricité en faisceaux de micro-ondes et en lasers de haute puissance, captés au sol par des antennes spécialisées appelées rectennas, qui reconvertissent le signal en électricité pour le réseau.
Les documents de Shimizu évoquent aussi une production d’hydrogène combustible, dans l’optique d’un basculement complet vers une société débarrassée des énergies fossiles.
La construction reposerait presque entièrement sur des robots télé-opérés depuis la Terre, chargés de niveler le sol et d’excaver la croûte lunaire. Le sol lunaire, un composé oxydé, pourrait fournir eau et oxygène si de l’hydrogène est importé, et servir à fabriquer béton, céramiques et cellules solaires. Shimizu imagine même des usines autopropulsées avançant le long de l’équateur pour produire et installer les panneaux au fil de leur progression.
Un coût que personne ne chiffre encore
Le projet a longtemps végété dans l’indifférence avant de resurgir après la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi, en mars 2011. Le Japon comptait alors 54 réacteurs nucléaires assurant 30 % de son approvisionnement énergétique ; plus de la moitié ont été mis à l’arrêt après l’accident, et le pays s’est montré nettement plus réceptif aux énergies alternatives.
Reste que le financement demeure le principal obstacle. Masanori Komori, économiste à l’Institute of Energy Economics au Japon, a jugé dans un entretien à ABC News que l’énergie solaire lunaire semble bonne en théorie mais coûte trop cher, plaidant pour des alternatives déjà disponibles comme la géothermie.
Yoshida lui-même a admis n’avoir aucune estimation concrète du coût du projet. La technologie nécessaire, capable de transmettre des gigawatts de puissance sur environ 384 400 km avec une précision millimétrique, en est encore au stade de la recherche, un exploit jamais tenté à cette échelle.
Yoshida reste malgré tout confiant, estimant que si la recherche peut continuer, il y a une grande chance que cela devienne réalité. La proposition de Shimizu insiste sur le fait que les ingrédients de base existent déjà : la lumière du soleil est gratuite, les panneaux solaires sont une technologie mature, et les micro-ondes comme les lasers sont bien maîtrisés.
En 2011, le Luna Ring restait un projet purement conceptuel, présenté sur le site officiel de Shimizu. L’entreprise n’avait obtenu aucun financement, aucun soutien officiel d’agences spatiales comme la JAXA ou la NASA, et ne disposait d’aucun calendrier de développement actif.






