Marc Nering, ingénieur retraité, a conçu et construit dans son garage une microcentrale hydroélectrique domestique fondée sur une roue à aubes. Installée sur la rivière Cheakamus, en Colombie-Britannique, qui traverse sa propriété, elle produit en continu environ 36 kilowattheures par jour, un volume qui couvre et dépasse la consommation moyenne d’un foyer familial.
Le principe tient en une phrase : capter l’énergie cinétique du courant sans retenir l’eau, sans brûler de combustible et sans batteries coûteuses. La roue, en aluminium pour rester légère, repose de façon flottante sur une base en béton fixée à la rive.
Elle entraîne un générateur moderne à aimants permanents qui tourne à basse vitesse, autour de 50 tours par minute, et produit un flux stable de 800 à 900 watts, avec des pics proches de 3 kilowatts lors des moments de courant maximal. Un convertisseur synchronisé au réseau permet à Nering d’alimenter sa maison et de revendre l’excédent au réseau commercial, explique le média Clarin.
L’idée lui est venue de la lecture d’un ancien manuel de meuniers du début du XIXe siècle, qui exploitaient déjà la vitesse de l’eau pour moudre la farine. Nering, qui a travaillé depuis les années 1980 comme soudeur et mécanicien de maintenance dans l’industrie lourde avant de gérer plusieurs centrales hydroélectriques de la région, a modernisé ce vieux principe avec un logiciel de conception assistée par ordinateur.
Des roulements en bois pour remplacer l’acier
Le système impose une contrainte stricte : il lui faut un courant d’au moins 3 mètres par seconde, ce qui exclut les eaux stagnantes ou lentes. La hauteur de la roue se règle manuellement, via un système hydraulique, selon les crues provoquées par les pluies ou la fonte des neiges.
Les premiers essais ont buté sur deux pannes. L’eau pulvérisée faisait patiner les courroies de transmission sous l’effet du couple. Pire, la filtration d’eau détruisait les roulements métalliques scellés, même de bonne qualité, en moins d’un an. Nering a fini par les remplacer par des composants en bois de gaïac, fabriqués par une entreprise américaine et autolubrifiants.
Installés dans la zone d’éclaboussures, ils fonctionnent depuis plus de deux ans sans aucune panne. « Ces composants ont fonctionné de manière excellente pendant plus de deux ans », a assuré Nering.
Deux ans de permis pour une installation sans barrage
L’obtention des autorisations a pris environ deux ans. Les autorités locales, provinciales et fédérales ont examiné le dossier avec la même rigueur que pour un barrage commercial de grande envergure, obligeant Nering à démontrer que sa roue s’appuie simplement sur le bord de la rivière, sans retenir l’eau ni inonder de terrains.
Le point le plus délicat des évaluations environnementales portait sur la sécurité des saumons migrateurs, qui descendent la rivière la nuit, pour écarter tout risque de choc avec les pales.
Nering a dû consulter des groupes de kayakistes et des communautés autochtones locales. Le gouvernement canadien a fini par accorder l’autorisation, à condition qu’il verse une caution financière couvrant les coûts d’un éventuel démantèlement complet de l’installation.
Nering reconnaît que cette technologie domestique restera difficilement moins chère que l’électricité du réseau urbain. Il consacre son temps à son nouvel emploi de gérant d’une entreprise de capture de carbone plutôt qu’à commercialiser sa roue à grande échelle. Mais ses vidéos, vues des millions de fois sur YouTube, ont attiré des entreprises étrangères qui ont acheté les plans auprès de sa société de conseil, Nering Industries : une entreprise italienne a repris certains de ses concepts mécaniques, tandis qu’une entreprise chilienne s’en sert comme moteur pour un système automatisé de collecte de plastiques flottants.
Des agences de défense de plusieurs pays étudient également cette microgénération hydraulique constante, une option envisagée pour des microréseaux militaires isolés et des communautés éloignées qui cherchent à se passer des générateurs diesel.






