Le dôme de béton qui recouvre des déchets nucléaires sur l’îlot de Runit monte et descend au rythme des marées. Selon une enquête du Los Angeles Times publiée le 10 novembre 2019, la structure aspire puis rejette de l’eau radioactive dans les récifs coralliens voisins, contaminant la vie marine.
Cette masse grise, fissurée par endroits, repose au milieu du lagon turquoise de l’atoll d’Enewetak, dans les îles Marshall. Sous son couvercle dorment près de 85 000 mètres cubes de déchets radioactifs, que les habitants de l’archipel surnomment la tombe.
Tout part de l’essai nucléaire Cactus, mené en 1958 sur l’îlot de Runit avec une puissance de 18 kilotonnes. L’explosion a creusé un cratère béant dans le corail. Entre 1977 et 1980, les autorités américaines l’ont transformé en décharge, y déversant des tonnes de terre contaminée et de débris issus des essais réalisés sur l’ensemble de l’archipel.
Il a fallu trois ans à 4 000 militaires américains pour y stocker l’équivalent de 33 piscines olympiques de terre irradiée et deux piscines olympiques de débris contaminés, précise le Los Angeles Times.
En 1979, les déchets ont été figés sous un coulis de béton, puis recouverts d’un dôme de 115 mètres de diamètre et de seulement 45 centimètres d’épaisseur, un couvercle posé sur une marmite plutôt qu’une véritable enceinte de confinement. Parmi les substances enfermées, du plutonium-239, dont la dangerosité radioactive s’étend sur plus de 24 000 ans.
Pour des raisons de coût, le fond du cratère n’a jamais reçu de couche de béton imperméable : les déchets restent en contact direct avec le sol poreux de l’atoll, et donc avec le lagon.
Un rapport du Congrès confirme les infiltrations
Dès 2018, des relevés effectués sur place ont révélé des fissures visibles sur le dôme et des niveaux de radiation anormalement élevés dans les sols prélevés à l’extérieur de la structure. Un rapport commandé par le Congrès américain, publié en 2024 par le Pacific Northwest National Laboratory, a confirmé que l’eau de mer s’infiltre dans le site et entre directement en contact avec les déchets enfouis.
L’ancien secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait qualifié la structure de « cercueil », un terme resté associé au site depuis. Une étude publiée en juillet 2019 par une équipe de l’université Columbia avait déjà relevé, dans certaines régions des îles Marshall, des taux de radiation plus élevés que dans des zones touchées par les catastrophes de Tchernobyl ou de Fukushima.
La quasi-totalité de l’île de Runit ne culmine qu’à environ deux mètres au-dessus du niveau de la mer. Les projections climatiques actuelles évoquent une élévation d’environ un mètre autour des îles Marshall d’ici la fin du siècle, ce qui effacerait la moitié de la marge de sécurité de l’îlot.
Dans cette région du Pacifique, le niveau de l’océan est monté d’environ 7 millimètres par an depuis 1993. L’atoll se trouve en outre dans une zone exposée aux tsunamis et aux séismes, des risques qui pourraient fragiliser davantage une structure déjà lézardée. En 1979, personne n’imaginait sérieusement que la mer puisse un jour menacer l’ouvrage.
Washington renvoie la responsabilité aux Marshall
Le gouvernement des îles Marshall a demandé à plusieurs reprises l’aide des États-Unis pour sécuriser le site. Les autorités américaines répondent que la responsabilité incombe désormais au territoire marshallais, en vertu de l’accord d’indépendance signé en 1986.
Pour les habitants de l’archipel, l’enjeu touche à leur lagon nourricier et au risque de voir rouverte une pollution que l’on croyait refermée depuis 1979. Le dôme, lui, continue de monter et descendre à chaque marée.





