Le chauffage au bois, grand gagnant de la flambée des prix de l'énergie ?

Le chauffage au bois, grand gagnant de la flambée des prix de l’énergie ?

bois prix énergie

Avec la hausse sans précédent des prix du gaz et de l’électricité, le bois de chauffage séduit de plus en plus de ménages français. D’autant que l’argument financier n’est pas la seule raison de préférer le bois aux autres sources de chaleur…

Alors que les grandes économies mondiales se sont remises en état de marche, les prix de l’énergie connaissent, eux aussi, un rebond historique avec le recul de la pandémie de Covid-19. Après les hausses d’1,6 % en février et de 0,48 % en août en France, les tarifs réglementés de l’électricité devraient à nouveau augmenter de 12 % d’ici février 2022, selon les prévisions de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Quant au gaz, dont le prix a déjà décollé de 10 % en juillet, 5 % en août et 8,7 % en septembre, il devait encore prendre 12,6 % en octobre, soit une flambée de plus de 57 % depuis le début de l’année. Si le gouvernement vient de mettre en place son bouclier tarifaire pour geler le prix du gaz jusqu’en avril 2022 et limiter la prochaine hausse des tarifs de l’électricité à 4 %, les fortes perspectives haussières n’ont pas manqué, dans le même temps, d’accélérer la ruée des Français sur le bois de chauffage. Dans la Nièvre, en bordure de la forêt du Morvan, le chauffagiste Cassier combustibles a, par exemple, enregistré une hausse de 30 % des ventes de chaudières à bois. Et face aux caméras du 20 Heures de France 2, il affiche un carnet de commandes déjà complet jusqu’à fin mars 2022… 

Le choix du bois se révèlerait particulièrement économique par rapport aux autres solutions de chauffage, selon une enquête réalisée par le comparateur d’énergies Effy auprès de plus de 50 000 personnes. En 2019, la facture annuelle moyenne de chauffage s’élevait à 759 euros pour le bois, contre près du double pour le gaz (1 446 euros), l’électricité (1 802 euros) et le fioul (1 913 euros). Ramené au mètre carré, le chauffage au bois (5,8 euros/m² par an) reste deux fois moins cher que celui au gaz (11,7 euros/m²) et au fioul (12,9 euros/m²), et même trois moins coûteux que l’électricité (15,9 euros/m²), d’après l’enquête d’Effy. Avec la récente flambée des cours de l’énergie, la tendance ne s’est pas estompée, bien au contraire… Mais à l’heure de l’urgence climatique, le recours au bois comme source d’énergie ne présente pas d’avantages que pour le porte-monnaie. Ressource biodégradable et disponible à l’infini s’il est produit dans le cadre d’une gestion durable, le bois se révèlerait particulièrement intéressant pour remplacer les énergies fossiles et favoriser l’indépendance énergétique de la France. Comme d’autres sources renouvelables, « ces énergies ne sont pas seulement décarbonées, critère “minimum” pour prétendre à une place dans notre futur mix [énergétique], avertit David Marchal, directeur adjoint de l’ADEME (agence de la transition écologique). Renouvelables, elles sont, pour notre pays largement dépourvu d’autres ressources énergétiques, facteurs d’indépendance. Diversifiées, elles sont aussi facteurs de résilience, dans un contact climatique et géopolitique incertain. Mâtures, elles affichent enfin des coûts compétitifs, qui continuent de diminuer. Durables, elles s’intègrent au concept d’économie circulaire. Le bois-énergie et l’éolien ont [donc] une place de premier plan dans nos objectifs 2028. »

« Chaque année, nous récoltons moins de 70 % du bois ayant poussé dans l’année »

Dans une tribune publiée dans Le Monde, les chercheurs français Meriem Fournier (laboratoire Silva/Inrae, AgroParisTech, université de Lorraine) et Bruno Clair (LMGC, CNRS, université de Montpellier) soulignent les nombreuses « vertus » du bois dans la lutte contre le réchauffement climatique, notamment pour stocker du carbone et limiter les extractions minières extrêmement polluantes. « L’extraction et la combustion des produits pétroliers ont mis dans l’atmosphère une grande quantité de carbone sous forme gazeuse, qui contribue aux gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. Pour contrer ce déséquilibre, seules les plantes permettent de restocker ce carbone sous forme solide », affirment-ils. Et les scientifiques de mettre en avant la proximité entre les lieux de production et d’utilisation, source de réduction des coûts de transport et de création d’emploi local, mais aussi sa biodégradabilité et son renouvellement rapide. « L’utilisation du bois ne puise pas dans un stock fini, mais participe à un cycle infini. Pourvu que la forêt soit gérée durablement, c’est-à-dire en réinvestissant à chaque récolte pour renouveler les arbres coupés et pour maintenir et restaurer tous les services perturbés – stock de carbone et de bois, biodiversité, qualité du sol, valeur paysagère, expliquent-ils. […] La forêt française, et plus largement européenne, est en croissance depuis des décennies et chaque année, nous récoltons moins de 70 % du bois ayant poussé dans l’année. »

En France métropolitaine, contrairement à d’autres régions de la planète, le bois est en effet une véritable ressource renouvelable, car produit dans le cadre d’une gestion forestière durable. Les forêts hexagonales publiques comme privées sont soumises à des normes parmi les plus strictes au monde. D’après les chiffres de l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière), elles sont en constante croissance tant par leur surface (+ 20 % depuis 1985) que par la diversité de leurs essences. « En France, la forêt est en croissance continue et le bois est pour l’essentiel un coproduit du bois d’œuvre, rappelle David Marchal de l’ADEME. L’action publique a pour but de faire reculer les foyers ouverts, au profit des équipements individuels au bois récents et des chaufferies collectives équipées de filtres efficaces et présentant des rendements énergétiques très supérieurs. L’ADEME, d’ailleurs, accompagne ces changements et la diffusion des bonnes pratiques. Faire peser la production de chaleur décarbonée sur les seules pompes à chaleur reviendrait à augmenter la pression sur les autres énergies renouvelables. »

Conscient du levier prometteur qu’est le bois-énergie, l’État propose déjà d’importantes aides à l’installation d’équipement de chauffage au bois – jusqu’à 90 % du coût total. La loi Climat et résilience prévoit même d’aller plus loin en finançant le renouvellement de 600 000 anciennes chaudières à bois d’ici 2025. Pour les producteurs de bois-énergie, le marché a le potentiel de se développer. “En France, nous avons la ressource. La forêt occupe 17 millions d’hectares et grandit chaque année.” fait savoir Tammouz Eñaut Helou, secrétaire général de l’Union des coopératives forestières, premiers producteurs en France de plaquettes forestières. Ce dernier souligne que le bois-énergie est un débouché complémentaire au bois d’oeuvre : “Pour produire du bois d’oeuvre de qualité, il est nécessaire de trouver des débouchés pour les petits bois comme le bois énergie” explique-t-il. “Ce sont les travaux issus de la sylviculture, d’éclaircie ou d’élagage qui génèrent des petits morceaux de bois uniquement valorisables pour le marché de l’énergie et de la chaleur. Et ces travaux sont indispensables pour valoriser les beaux arbres qui pousseront et produiront du bois d’oeuvre, destiné aux marchés de la construction, l’ameublement, la tonnellerie, l’emballage, le transport, etc.”. Le bois-énergie offre par ailleurs un débouché intéressant pour les bois en fin de vie qui, après avoir été recyclés et triés, peuvent redevenir matière première ou être utilisés comme combustible. Rien ne se perd, tout se transforme. 

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Bruler du bois, c’est émettre du CO2.
    On peut essayer de nous faire croire par un raisonnement hypocrite que le CO2 émis sera hypothétiquement réabsorbé par d’autre arbres en essayant de distinguer le bon CO2 émis par la biomasse du mauvais CO2 émis par la combustion de ressources fossiles.
    Mais il n’a pas de bon ou de mauvais CO2, c’est le même CO2 qui a le même effet, à savoir, un effet de forcage radiatif qui contribue à une élévation durable des températures.

    Si l’objectif est d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, alors on ne peut plus se permettre d’en émettre et il faut au contraire mettre fin à ces projets stupides de déforestation dans le but de planter des champs de betteraves ou de poser champs de PPV.

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  • Non, le bois dans certains appareils tel les poêles de masse n’emettent quasiment aucun polluant si le bois est à moins de 20 % d’humidité.

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  • Je parlais du CO2 qui est un gaz à effet de serre et non un polluant et la combustion de bois en émets quelque soit sont taux d’humidité.
    Le bois brulent très mal et un très mauvais rendement si son humidité et trop élevé.
    D’ailleurs, c’est pour cela que la biomasse est une vaste escroquerie car très souvent, le bois n’est pas brulé seul mais avec du gaz !!!!

    Je ne sais pas si ils vont taxer le bois, à mon avis, pas si près des élections et pas dans le contexte actuel.
    Mais ce serait peut être une bonne idée pour éviter une déforestation massive dans les années à venir, car avec l’augmentation du gaz et de l’électricité, il est probable que beaucoup de gens vont se tourner vers des poéles à bois.

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  • Je vous invite à lire le Science et Vie No 1226 de Novembre 2019 : Arbres, ils peuvent nous sauver. La conclusion? Il ne faut plus brûler du bois sous aucune forme , mais l’utiliser comme matériau ou le stocker (au sec). Le CO2 stocké dans le bois est fixé une bonne fois pour toutes tant qu’il reste au sec. Il faut replanter (intelligemment) un maximum . Mais lisez cet article de S et V, il est très bien fait. . ..

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