Construction : le bas carbone, nouvel étalon du bâtiment

Construction : le bas carbone, nouvel étalon du bâtiment

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Encouragé par les nouvelles réglementations environnementales, le secteur de la construction opère une transition progressive vers des procédés plus durables, et donc moins dépendants des énergies fossiles. En France comme en Europe, l’heure est désormais au bâtiment bas carbone.

Comme la plupart des secteurs d’activités, celui du bâtiment apprend, de force ou de gré, à se décarboner. Dans ce pilier de l’économie aux pratiques très ancrées, qui compte pour 45 % de l’énergie consommée et 30 % des émissions de CO2 dans le pays, il faut donc apprendre, là aussi, à se passer d’énergies fossiles. Ce sevrage de ressources carbonées pourtant très répandues pour fabriquer les matériaux de construction ou chauffer les intérieurs (ex. : gaz, charbon, fioul) est désormais une réalité dans plusieurs pays européens. En Suède, les hydrocarbures ont déjà été quasiment bannis depuis quelques années. Au Danemark et en Irlande, le gaz est interdit dans les bâtiments neufs. Il le sera aussi aux Pays-Bas et au Royaume-Uni d’ici 2025. En France aussi, la dépendance aux combustibles fossiles est amenée à diminuer fortement. Si cette mutation prendra du temps, elle semble toutefois bien engagée. Avec son mix énergétique largement décarboné, l’Hexagone se trouve en effet en position idéale pour déployer rapidement des solutions efficaces à même de réduire l’empreinte carbone du bâtiment : pompes à chaleur, chauffe-eau thermodynamiques ou encore appareils intelligents, soulignent dans une tribune commune Jean-Bernard Levy, PDG d’EDF, et Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement. En plus de « lutter contre le dérèglement climatique », l’électrification accrue du secteur permettrait également « d’améliorer la qualité de l’air de nos villes », « de relocaliser en France des chaînes industrielles » et « d’aider les ménages et entreprises à maîtriser leur consommation et leur facture d’énergie », illustrent-ils.

Pour décarboner le bâtiment et réduire sa dépendance aux énergies fossiles, il serait illusoire de ne compter que sur les initiatives spontanées. Alors, l’espoir repose sur la future réglementation environnementale 2020 (RE2020), qui doit entrer en vigueur courant 2021. Si son contenu a fait l’objet d’une âpre résistance de certains acteurs de la construction, les concertations sont désormais terminées. Et contrairement aux précédentes réglementations, le facteur thermique ne sera pas le seul pris en compte. Pour être au rendez-vous des exigences climatiques, notamment en matière de chauffage mais aussi de climatisation, la RE2020 vise en effet à donner naissance à une filière la moins émissive possible en CO2. Les modalités de calcul sont donc plus favorables aux équipements alimentés à l’électricité, d’origine nucléaire et renouvelable, au détriment de ceux fonctionnant au gaz et au fioul. La réglementation encourage aussi l’emploi de matériaux biosourcés, le recours au bois, aux réseaux de chaleur, et à des systèmes de récupération et de stockage d’énergie.

Résidences à énergie positive et bas carbone, École de formation sur le bas carbone, matériaux de construction durable…

Dans le sillage de plusieurs pays européens dont la France, des voix plaident pour que l’Union européenne s’engage aussi plus clairement en faveur de la diminution des énergies fossiles dans le bâtiment. « La France s’est engagée dans cette voie et a retenu un premier objectif de réduction des consommations d’énergies fossiles de 40 % en 2030. L’Europe doit prendre le relais et extrapoler cet effort à l’horizon 2050 », appelle Jean-Pierre Hauet, président du comité scientifique de l’association Equilibre des énergies. À en croire Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, ce vœu ne relève pas de l’utopie puisque l’UE aspire, à travers son Pacte vert, à devenir le premier continent neutre pour le climat d’ici 2050. Cette ambition prévoit notamment de « promouvoir l’utilisation efficace des ressources en passant à une économie propre et circulaire ». Et parmi les actions listées pour y parvenir figurent celles consistant à « décarboner le secteur de l’énergie » et « améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments ».

Preuve que tout cela est possible, plusieurs projets de construction bas carbone sont déjà sortis de terre en France, avant même l’application de la RE2020. À La Rochelle, l’entreprise EDEN Promotion a ainsi bâti deux résidences à énergie positive et faibles en émissions carbone (E3C2). Elles abritent plusieurs solutions performantes telles que des ballons thermodynamiques individuels, des toitures photovoltaïques ou encore des matériaux biosourcés. Encore marginale il y a quelques années, la filière du bâtiment bas carbone (BBC) commence véritablement à se structurer à mesure qu’approche l’entrée en vigueur de la future réglementation environnementale. Anticipant les nombreux changements à venir, les différents acteurs créent ainsi de nouvelles formations, comme par exemple l’École bas carbone. Lancée par l’USH (Union sociale de l’habitat), l’IFPEB (Institut français pour la performance du bâtiment) et le cabinet d’études Carbone 4, elle vise à former à la maîtrise d’ouvrage durable pour les organismes d’HLM. D’autres initiatives voient également le jour pour étoffer les techniques de construction bas carbone, comme celle de LafargeHolcim pour fabriquer du béton durable. Depuis 2017, le géant mondial de la construction expérimente trois méthodes distinctes pour produire un béton à base de ciment recyclé. Attendues d’ici la fin de l’année, les conclusions des tests pourraient donner un solide avantage technologique au groupe français.

Rédigé par : La Rédaction

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