Emmanuel François : “La ville de demain sera électrique”

Emmanuel François : “La ville de demain sera électrique”

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L’année 2020 sera marquée par une nouvelle règlementation environnementale pour le bâtiment neuf, la RE2020, avec pour objectif, la réduction des émissions carbone. Un virage qui doit se traduire par de nouvelles façons de penser les bâtiments et la ville demain. Emmanuel François, Président de la Smart Buildings Alliance, partage pour l’Energeek sa vision des mutations en cours. Il souligne la place prépondérante que jouera l’électricité dans une ville plus durable et revient sur le potentiel du digital pour optimiser l’exploitation des bâtiments. 

  • Quelles seront selon vous les particularités du bâtiment de demain ?

La traçabilité du bâtiment sera demain un enjeu fondamental. Dans un futur pas très lointain, notre activité sera suivie en termes de carbone : au moment de se déplacer, de consommer… Cette traçabilité permettra d’incrémenter un “compteur carbone” : le mien ou celui de ma société ou de ma communauté. C’est une évolution que j’appelle de mes voeux car cela changera tout. Demain, un consommateur pourra choisir son hôtel selon son empreinte carbone. C’est la raison pour laquelle je soutiens les orientations de la future RE2020, qui permettra d’améliorer l’empreinte carbone du bâtiment dans sa globalité.

  • Les premiers arbitrages de la future réglementation sont-ils à la hauteur des ambitions selon vous ?

Nous saluons les premiers arbitrages de la future RE2020 parce que nous pensons que la ville de demain sera électrique. L’électro-mobilité ira d’ailleurs sans doute plus vite qu’on ne le pense. Le pilotage des bâtiments et des villes se fera de plus en plus grâce à l’électricité, en parallèle des réseaux d’eau chaude et d’eau froide pour la climatisation. La RE2020 permettra par ailleurs d’améliorer l’isolation des futurs bâtiments, ce qui est un point important pour limiter les consommations. Quand un bâtiment est bien isolé, il n’a besoin d’être chauffé qu’à partir du moment où la température extérieure atteint 7 degrés. Au-delà, il est maintenu en température grâce à la présence humaine, et aux équipements en marche.

Dans le résidentiel, il faudra piloter de plus en plus les logements en fonction de la présence des occupants. Et l’idéal pour cela est d’avoir le moins d’inertie possible. Le radiateur électrique a en ce sens un gros avantage puisqu’il est possible de le mettre en route à distance, juste avant de rejoindre son logement. La pièce est ainsi mise en confort rapidement. Il permet en fait de se chauffer juste quand on en a besoin.

En matière de smart grid, c’est à dire de réseaux intelligents d’énergie, il présente aussi un intérêt en cas de pic de consommation, car il est possible de couper ou réduire momentanément le chauffage, sans impacter le confort des habitants. Les convecteurs électriques permettent en fait de déployer un pilotage intelligent du bâtiment, pour garantir l’équilibre du réseau. Il est important pour nous de souligner que nous n’opposons pas une solution à une autre. Nous pensons en revanche que le convecteur électrique ne doit pas être pénalisé à partir du moment où l’électricité est décarbonée. Et ce d’autant plus qu’il devient possible de stocker de l’électricité verte produite localement dans une logique de micro-grid, avec des convecteurs électriques équipées de batteries.

  • Comment concilier transition environnementale et numérique à l’heure où on se rend compte de l’empreinte carbone colossale du digital ?

La majeure partie des données qui sont traitées dans les data centers aujourd’hui sont des vidéos et des photos. Des données qui sont liées à des usages récréatifs. Le smart building ou la smart city ne représentent qu’une partie infime de cette consommation énergétique. Il est vrai que les opérations de pilotage du bâtiment qui passent par le cloud sont énergivores. Elles étaient fréquentes  jusqu’à un peu plus de deux ans. Toutes les transactions allaient dans le cloud. Compte tenu de la multiplication des objets connectés, on a fait marche arrière, en optant pour du “edge computing”, plutôt que du stockage cloud. Cela signifie  qu’une grosse partie des données reste à l’échelle du bâtiment dans un operating system. Nous pensons que cette méthode de collecte et d’exploitation  des données est plus adaptée à la fois pour l’environnement et pour la sécurité des données.

  • Le digital dans le bâtiment est donc pour vous un atout pour accélérer la transition environnementale ?

Oui, car le digital est une opportunité pour réduire la consommation énergétique du numérique dans le bâtiment. Plus qu’une opportunité, c’est un levier qui nous paraît indispensable. Aujourd’hui, les espaces des bâtiments ne sont occupés qu’à 50% et pourtant, ils sont chauffés ou climatisés quasiment à 100% du temps. Il faut optimiser l’occupation de ces espaces pour réduire leur empreinte carbone, ce que le numérique permet justement, grâce à la notion de partage. Une notion qui s’applique aussi à la mobilité. En optimisant l’utilisation des espaces et de la mobilité, on réduit leur empreinte carbone et on aura en conséquence moins besoin de construire de nouveaux bâtiments. Il est aussi utile d’aller vers des bâtiments multi-usage hybrides qui permettront justement d’optimiser l’utilisation des espaces.

Pour rendre les bâtiments hybrides, on peut les aménager et quand l’aménagement n’est pas possible, il faudra alors reconstruire. Dans cette optique, la construction hors site est une option très intéressante car elle est plus rapide (des délais de 6 à 9 mois pour un bâtiment tertiaire par exemple) et présente une empreinte carbone plus faible, notamment car les transports sont considérablement réduits.

  • La digitalisation des bâtiments fait aussi naître de nouveaux risques. Comment garantir la sécurité des habitants ?

La sécurisation se fait à plusieurs niveaux. Au niveau de la connectivité d’une part, un sujet intégré au référentiel R2S pour les bâtiments connectés. Ensuite, au niveau de la sécurité des données, c’est à dire de l’accès aux données sécurisées. Nous avons déjà un niveau très élevé de sécurité en la matière, défini dans la version 1 du R2S. Nous travaillons à une version 2, avec une sécurité renforcée sur l’accès aux API. Enfin, nous travaillons aussi sur la sécurité  des données stockées,  via les ”operating system” des bâtiments.

  • Où en est le déploiement de la smart city aujourd’hui ?

La smart city est une réalité. Mais contrairement à ce que l’image que l’on s’en fait généralement, la ville “smart” n’est pas une ville technologique. Elle repose en fait sur une alliance entre technologie et philosophie. Pour repenser la ville ou le village, il faut partir des besoins humains. Hier, on allait dans un bureau pour travailler, aujourd’hui on peut aller dans des espaces de co-working. Il en va de même pour le commerce, la santé ou l’enseignement. Tout peut être déporté. C’est la raison pour laquelle la ville du 21e siècle doit être repensée fondamentalement en s’adaptant à ces nouveaux usages. La smart city est avant tout l’agrégation de villages dans lesquels l’humain aura tous les services et les activités dont il a besoin. En ce sens, on parlera davantage de “smart territory”.

Rédigé par : Emmanuel François

Emmanuel François
Emmanuel François est Président de la Smart Buildings Alliance
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COMMENTAIRES

  • A-t-on mesurer le nombre de batteries nécessaire pour atteindre cet objectif?
    Identifier les ressources nécessaire pour la fabrication de ces batteries ?
    Et enfin évaluer tout cela en terme de cycle de vie?

    Répondre
  • Beaucoup moins que ce que vous pensez, beaucoup moins cher que ce que vous pensez, et pour le 3 : il y a de quoi faire plus d’un milliards de batteries de 50 KWh dans les ressources connues pour faire les Li-Ion d’aujourd’hui…. alors pour celles de demain…

    Répondre

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