Centre de démantèlement à Fessenheim : deux ans de perdus

Centre de démantèlement à Fessenheim : deux ans de perdus

fessenheim

Alors que le quatrième conseil de défense écologique se tenait ce mercredi 12 février 2020, le député de Fessenheim, Raphaël Schellenberger, s’interroge sur l’avenir de la filière nucléaire française. Sur l’EnerGeek, il pose notamment la question de l’avenir du techno-centre dédié au démantèlement des anciennes unités de production. Selon lui, les promesses du gouvernement ne sont pas au rendez-vous ; il donnera d’ailleurs une conférence de presse à l’Assemblée Nationale le 18 février prochain….

Un techno-centre à Fessenheim, l’occasion de créer des emplois

La construction d’un techno-centre installant à Fessenheim une filière de pointe et d’excellence dans le démantèlement nucléaire devait être le projet phare de la reconversion économique du territoire, clairement identifié comme tel par le Ministre François de Rugy en février 2019 lors de son passage en Alsace. Et pourtant, le gouvernement affiche aujourd’hui son profond scepticisme quant à cette réalisation alors même qu’il avait toutes les cartes en main pour la rendre possible.

Envisagée très tôt, cette idée, venant des écologistes eux-mêmes, était censée rassurer une région vivement préoccupée par les conséquences économiques néfastes de l’arrêt des deux réacteurs. La promesse de centaines d’emplois découlant de ces activités de démantèlement, inscrites à une échelle européenne, constituait la parade des partisans de la fermeture face à l’impact social de leur combat. Bien que surévaluée, la portée économique de cette installation devait être considérée avec responsabilité après la victoire des opposants à l’énergie nucléaire et l’annonce définitive de la fermeture de la centrale de Fessenheim.

Le techno-centre constitue effectivement l’occasion de créer des emplois. Certes, avec un zéro en moins, les projections d’activité permettant d’espérer 150 emplois plutôt que les 1 500 souvent communiqués, mais tout de même. C’est aussi et surtout l’occasion de fixer durablement ces emplois dans notre région. Nous sommes donc, avec les collectivités territoriales concernées, très favorables à la construction d’un tel techno-centre à Fessenheim, à défaut de pouvoir conserver une centrale nucléaire en fonctionnement.

Une stratégie franco-allemande du demantèlement nucléaire ?

Mais voilà, depuis le début, deux conditions bien identifiées sont posées pour réaliser ce projet : la capacité à constituer une stratégie franco-allemande et la nécessité de faire évoluer la réglementation sur les déchets nucléaires.

Ces deux conditions, EDF, qui a étudié le sujet avec sérieux, les pose depuis deux ans et le début des travaux du comité de pilotage installé par le gouvernement. Jean-Bernard Levy, PDG d’EDF, les a rappelées explicitement en réponse à l’une de mes questions lors de son audition devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale en décembre dernier. Seule l’action et l’engagement de l’Etat permettraient de les satisfaire.


Malgré les annonces fièrement brandies, le gouvernement n’a pas avancé d’un centimètre sur ces points. Nos deux obstacles demeurent donc et le Ministère en charge semble avoir maintenant tourné la page du techno-centre alsacien comme l’attestent les mots sur le sujet d’Elisabeth Borne, Ministre de la Transition écologique et solidaire, à l’Assemblée nationale le 8 janvier 2020. Circulez, il n’y a rien à voir, le sujet n’est pas porteur.

En somme, ce qui est vrai à Paris ne l’est pas forcément en Alsace… et inversement. Le désengagement de l’Etat, qui se réfugie aujourd’hui derrière un soudain manque d’intérêt allemand pour le projet, est incompréhensible. Nous avions deux ans pour bâtir les conditions d’un succès et entrainer nos partenaires européens. Au lieu de cela, le gouvernement renonce faute d’action de sa part.

La France doit faire évoluer sa règlementation sur les déchets nucléaires

Tout dans ce dossier est incohérent. Si la France ne fait pas évoluer sa règlementation sur les déchets nucléaires, l’une des deux conditions pour réaliser le projet, nous continuerons à considérer tous les matériaux issus du démantèlement comme des déchets nucléaires, même s’ils ne sont ni radioactifs ni contaminés. Il faudra alors les traiter comme tel et les enfouir ou les stocker de façon définitive. Par contre, nos voisins européens, qui disposent d’une réglementation adaptée, pourront quant à eux les recycler et les remettre sur le marché européen des matières. Nous les verrons donc arriver dans nos biens de consommation. Encore une fois, notre échec serait double.

L’exemplarité promise au territoire de Fessenheim par le gouvernement dans l’accompagnement de la fermeture de la centrale n’est pas au rendez-vous. Je l’avais craint, nous en sommes à présent convaincus par les faits.

Rédigé par : Raphaël Schellenberger

Raphaël Schellenberger
Raphaël Schellenberger est député de la 4e circonscription du Haut-Rhin et membre de la commission des lois.
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COMMENTAIRES

  • C’est une erreur d’arrêter sans raison Fessenheim, qui produit de l’électricité sans émissions de CO², erreur qui coûte cher. Mais démanteler la centrale immédiatement serait plus qu’une erreur, ce serait une faute.
    Cette faute a déjà été commise pour la centrale “Superphénix” (alors qu’elle venait de démarrer), contrairement à ce qu’avait fait le CEA pour “Phénix” qui l’avait utilisée plus de 30 ans à des fins de recherche.
    Et que dire de l’abandon du réacteur “Astrid” que le CEA avait entrepris en vue du développement de la filière à neutrons rapides, permettant la fission de l’uranium naturel sans produire d'”actinides mineurs” dans les déchets des combustibles usés. Ce serait une faute grave de démanteler Astrid.

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  • Le temps nécessaire au démantèlement d’une centrale nucleaire est bien supérieur à sa durée de fonctionnement, c’est une des multiples aberrations du nucléaire

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  • Raphaël Schellenberger fait de la calomnie ! Il voudrait faire porter le chapeau de ce projet démoniaque de “Technocentre” aux écologistes antinucléaires, alors qu’au contraire nous avons clairement et publiquement combattu ce projet qui émane d’EDF et de tout le lobby. Pour s’en convaincre, il faut se reporter à la brochure publiée à ce sujet par le CSFR (Comité pour la Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin), l’association STOP FESSENHEIM que je préside, la fédération ALSACE NATURE, ainsi que l’association Stop Transports – Halte au Nucléaire, toutes réunies pour le combattre : lire http://stop-fessenheim.org/?p=676
    Nos associations ont effectivement préconisé de faire de Fessenheim un LABORATOIRE du démantèlement, c’est à dire de procéder à un démantèlement scientifique en disséquant le réacteur n°1 pour pouvoir en tirer les enseignements liés au vieillissement des aciers notamment, puisque le problème du passage de la ductilité à la fragilité des aciers est déterminant de la durée de vie potentielle des centrales ; et de procéder à un démantellement Standard (ou commercial) du réacteur n°2 pour quantifier temps et coûts et ainsi imposer à EDF de provisionner à hauteur réelle de ces derniers.
    Il ne s’agit donc nullement de construire un technocentre, qui réunit fonderie et installations chimiques, dans le but de remettre sur le marché des aciers irradiés ! Qui donc voudrait faire sa cuisine demain dans des casseroles radioactives, promener son bébé dans une poussette irradiée, acheter une voiture dont les portières sont contaminantes ? Or, c’est à cela que l’on arriverait car le procédé employé n’aboutit pas à une homogénéité des aciers, certaines parties restant radioactives après le processus. Qui plus est, il est hors de question de faire converger de toute l’Europe des convois exceptionnels transporteurs de générateurs de vapeurs ou autres composants métalliques irradiés ! Il est hors de question d’avoir une industrie à la fois chimique et nucléaire juste au-dessus de la plus grande nappe phréatique d’Europe ! Et puis, ce Technocentre serait un EPOUVANTAIL pour toutes les entreprises appelées à s’installer dans la ZA bi-nationale en projet pour développer le territoire, car aucune compagnie d’assurance ne couvrirait le risque nucléaire subi. Au final, ce ne sont pas 150 emplois qui seraient gagnés, mais toute l’économie d’un territoire qui s’effondrerait. Enfin, l’Alsace souhaite désormais vivre SANS le nucléaire et ne veut pas devenir une pièce de plus dans le puzzle de la POUBELLE NUCLEAIRE à laquelle Raphaël Schellenberger et ses amis pro-nucléaires semblent vouloir destiner le Grand Est. Lisez la brochure, vous comprendrez : http://stop-fessenheim.org/?p=676

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