La relation franco-allemande se divise sur la question du nucléaire

L’Assemblée parlementaire franco-allemande se divise sur la question du nucléaire

nucléaire berlin

Le 23 septembre 2019 se tenait à Berlin la seconde assemblée parlementaire franco-allemande. L’occasion pour les députés des deux pays d’aborder la question de la transition énergétique. Mais en la matière, l’objectif de convergence des positions reste difficile à atteindre. Pour préparer l’avenir, la France et l’Allemagne n’ont pour l’instant pas pris les mêmes options énergétiques.

L’intervention du député français André Chassaigne n’a pas manqué de jeter un froid lors de la seconde assemblée parlementaire franco-allemande. Le député est en effet largement revenu sur les défaillances de la France et de l’Allemagne sur la question énergétique : “Il faut pointer l’insuffisance des actions de nos deux gouvernements. Derrière les slogans et autres postures médiatiques tendant à promouvoir la lutte contre le changement climatique, la réalité est en-deçà des objectifs fixés par le GIEC, voire très en-deçà pour l’Allemagne qui produit certes un tiers de son électricité grâce aux énergies renouvelables (avec un prix pour les consommateurs qui a plus que doublé en quinze ans) mais qui est l’un des pays d’Europe les plus émetteurs de CO2 par habitant avec ses centrales au charbon. Quant à la France, avec des émissions de Co2 moitié de l’Allemagne par habitants, elle a cependant 80% de son énergie consommée qui n’est pas électrique, notamment avec le carburant pour le transport et le combustible pour le chauffage“.

En Allemagne, la transition énergétique est en panne

L’Allemagne peut se targuer d’obtenir 40% de son électricité grâce aux énergies renouvelables. Une bonne nouvelle pour le pays qui envisage de fermer ses réacteurs nucléaires et qui vise 60% d’ENR en 2030.

Mais le miracle ENR connaît des limites. La filière éolienne, qui fournit à elle seule près de 20% de l’électricité allemande, est en pleine crise. Les éoliennes de première génération arrivent en fin de vie. Problème : le recyclage de leurs matériaux est compliqué et coûteux. En attendant de trouver des solutions, l’éolien terrestre tourne au ralenti. Au premier trimestre 2018, l’Allemagne avait installé 1 042 MW d’éolien. Sur la même période en 2019, les nouvelles capacités installées atteignaient péniblement 134 MW. Au total, on estime que 26 000 emplois ont été supprimés au cours des derniers mois.

La situation est due aux changements stratégiques initiés par Berlin. Depuis 2016, le gouvernement allemand a supprimé les revenus garantis pour limiter les subventions au marché des ENR. Au niveau local, les riverains ont multiplié les actions pour empêcher l’installation de nouvelles éoliennes et de nouvelles lignes à haute tension pour acheminer l’électricité. La situation est si préoccupante que le ministre de l’économie allemand a réuni les principaux acteurs du marché début septembre pour un sommet de crise. Néanmoins,  Yves Rannou, patron du fabricant d’éoliennes Senvion s’inquiète : “Je n’ai pas l’impression que le gouvernement allemand comprenne qu’il est en train de détruire un écosystème économique source d’ingénierie de pointe, d’innovation, qui a pris du temps a être créé et qui a fait beaucoup pour la réputation de l’Allemagne“.

France : le nucléaire offre de l’électricité décarbonée

Malgré l’impasse dans laquelle l’Allemagne se trouve actuellement, le modèle allemand pour le déploiement des ENR continue de faire rêver en France. Le député Pierre-Henri Dumont ironise sur la situation : “Certains députés français nous expliquent que la France doit s’inspirer du plan climat allemand. Quelqu’un peut leur expliquer que notre énergie est cinq fois moins carbonée grâce au nucléaire ?” Malgré les options différentes choisies par l’Allemagne et la France, les chiffres prouvent en effet que la France offre le meilleur bilan énergétique en matière de carbone.

Et au niveau du mix électrique national, la stratégie nucléaire prônée par la France a des effets particulièrement tangibles. En 2018, la production électrique allemande a compté 39% d’ENR et 13,3% de nucléaire, soit moins de 55% d’électricité décarbonée. De son côté, la France a pu compter sur 21,2% d’ENR et sur 71,7% de nucléaire, soit plus de 90% d’électricité décarbonée. On ne peut évidemment pas se réjouir de telles divergences ! L’assemblée parlementaire franco-allemande ne peut plus faire le grand écart entre les deux rives du Rhin. Aussi, pour sa prochaine assemblée il faut espérer un rapprochement. En effet, en mars 2019, le ministre allemand de la transition énergétique, Peter Altmaier, rappelait l’importance de l’atome en France et en Finlande…

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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