La Suisse passe à la vitesse supérieure en matière d’innovation énergétique avec l’essai d’un mini‑réacteur nucléaire dans le canton d’Argovie, rapporte le 20 Minutes. Cette avancée pourrait transformer le paysage énergétique du pays et suscite à la fois curiosité et débats. L’initiative arrive à un moment où le pays réévalue ses options pour des sources d’énergie plus durables et plus sûres.
Une collaboration internationale et qui fait quoi
Le projet repose sur un partenariat entre Copenhagen Atomics, la start‑up danoise qui a conçu le mini‑réacteur, et le Paul Scherrer Institute (PSI), en Suisse, qui s’occupe des essais et de la demande d’autorisation. Andreas Pautz, chercheur en nucléaire au PSI, est un intervenant clé : il indique que le PSI prévoit de déposer une demande d’autorisation d’ici la fin de l’année, puis une demande combinée de permis de construire et d’exploitation d’ici fin 2026.
La sécurité des opérations est supervisée par l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), qui, selon un groupe international d’experts, a montré une « Good Performance » dans l’élaboration d’un cadre réglementaire pour ces nouvelles technologies. Le projet est aussi suivi de près par plusieurs acteurs politiques suisses, dont le Conseil fédéral suisse, qui propose de lever l’interdiction de nouvelles centrales.
À quoi ressemble le mini‑réacteur
Le réacteur est de type « sels fondus ». Il a été conçu pour tenir dans un conteneur maritime standard et le prototype, déjà construit au Danemark, sera testé en Suisse dans un bâtiment spécialement aménagé. Même si une utilisation commerciale n’est pas prévue pour ce prototype, il pourrait, à pleine puissance, fournir de l’électricité à environ 50 000 ménages. Pour les essais cependant, il ne fonctionnera qu’à 1/100 de sa puissance maximale (soit 1 %).
Les réacteurs à sels fondus peuvent utiliser des combustibles comme l’uranium et le thorium. Le thorium est abondant et génère moins de déchets radioactifs à longue durée de vie. La technologie mise aussi sur un système de sécurité dit « passif », qui permet un refroidissement automatique en cas de problème. Ces éléments expliquent pourquoi cette option séduit les partisans du nucléaire cherchant des solutions plus sûres et plus durables.
Les enjeux politiques et le débat qui suit
Le dossier s’inscrit dans un chapitre plus large du débat politique suisse sur le nucléaire. Les centrales de Leibstadt et Gösgen envisagent une prolongation de 20 ans, et le parlement discute activement des possibilités offertes par ces nouvelles technologies. Le Conseil des États a déjà donné son feu vert en mars, et le Conseil national suisse doit voter le 8 juin pendant la session d’été sur le contre‑projet à l’initiative « Stop au blackout ».
Les Verts, qui restent très critiques vis‑à‑vis du nucléaire, menacent de lancer un référendum contre la levée de l’interdiction de nouvelles centrales, alors que la commission parlementaire est favorable au changement. L’information sur ce projet a été révélée par le quotidien SonntagsZeitung, soulignant le regain d’intérêt pour l’énergie nucléaire en Suisse et ailleurs dans le monde.
L’expérience d’Argovie pourrait influer non seulement sur l’avenir énergétique de la Suisse mais aussi sur sa politique environnementale, tandis que des modèles semblables de mini-réacteur nucléaire commencent à être exploités en Chine et en Sibérie.






