Nucléaire : l'écologie à l'allemande ou le paradoxe européen ?

Nucléaire : l’écologie à l’allemande ou le paradoxe européen ?

En Allemagne, alors que les Verts sortent renforcés des élections européennes du 26 mai 2019, la sortie du nucléaire envisagée par Angela Merkel pose toujours autant de questions. En effet, les conséquences de l’Energiewende sur le mix électrique sont pour le moins discutables, avec un charbon toujours très présent. Au coeur de l’Europe, Berlin n’en est pas moins isolé sur le plan énergétique, au moment où le Royaume-Uni, et la Pologne se tournent, comme la France, vers le nucléaire.

Les limites de l’Energiewende…

Au lendemain du scrutin, l’écologie politique paradait sur les estrades médiatiques. Pourtant, en France, comme le note la journaliste Géraldine Woessner, bien qu’arrivé 3ème à cette élection, le parti de Yannick jadot ne représente que 6,25% du corps électoral, avec 13,5 % des suffrages !

De l’autre côté du Rhin, Grünen a obtenu 20,5 %, les Verts allemands enverront donc 21 députés à Strasbourg.  Seulement, leur volonté d’influencer la politique énergétique française ne se limitera pas à la capitale d’Alsace. À en croire le député de Fessenheim, Raphaël Schellenberger, “la contestation du nucléaire en France s’est cristallisée sur la centrale de Fessenheim du fait de sa localisation sur la frontière franco-allemande“.

Contrairement aux idées-reçues, l’Allemagne a encore recours à l’atome pour produire de l’électricité. D’après les chiffres de l’institut des sciences appliquées Fraunhofer, le nucléaire assure 13,3% du mix électrique, quand le charbon est lui estimé à 38% de la production. Dans le même temps, les énergies renouvelables progressent (éolien 20 %, solaire 8 %, biomasse 8,3 %, hydroélectricité 3,2 %), mais la facture explose. Selon l’éditorialiste Philippe Manière, depuis 2010, l’Allemagne a consacré 30 milliards d’euros par an à sa transition énergétique.

… l’Europe se tourne vers le nucléaire ?

La sortie du charbon s’annonce donc compliquée, même si la date de 2038 est désormais envisagée. Pour preuve, le gouvernement allemand a décidé il y a quelques jours de débloquer 40 milliards d’euros pour aider à la reconversion des sites, alors que le Brandebourg et la Saxe ont placé l’AfD en tête des européennes ce dimanche. L’écologie à l’allemande devient un véritable paradoxe en Europe. Au moment où le GIEC et l’OCDE confirment le rôle stratégique du nucléaire, la Pologne et le Royaume-Uni abandonnent le minerai pour se tourner vers l’atome.

La Pologne va effectivement construire sa première centrale nucléaire. D’après le ministre de l’énergie Krzysztof Tchorzewski, les préparations se poursuivent alors que le réacteur devrait être mis en service en 2033. Avant cela, un forum est organisé à Dublin, le 12 et 13 septembre 2019, pour permettre aux citoyens européens d’échanger leurs points de vue sur les nouveaux enjeux énergétiques

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
mer 14 Déc 2016
A la suite du feu vert accordé en début de mois par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le groupe EDF a annoncé le 12 décembre dernier le redémarrage de sept réacteurs nucléaires avant la fin de l'année. L'exploitant se veut rassurant sur la…
mer 10 Oct 2018
Si General Electric ne devrait pas créer autant d’emplois en France qu’il s’était engagé à le faire lors du rachat des activités énergie d’Alstom, il ne devrait pas non plus licencier dans l’immédiat. Le groupe américain a annoncé mardi 9…
lun 18 Juin 2018
Alors qu'en France et dans d'autres pays européens, la tendance est à la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique, la Grande-Bretagne cherche au contraire à développer son parc nucléaire. La raison : le pays a besoin…
ven 29 Mar 2013
Jeudi 28 mars, GDF Suez et le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ont signé un nouvel accord de coopération portant sur la recherche et le développement de l’énergie nucléaire. D’une durée de 5 ans, cette convention…

COMMENTAIRES

  • Fraunhofer ISE montre uniquement la production nette injectée dans le réseau public (voir note de pied de page : net generation of power plants for public power supply) et ne tient pas compte de l´autoproduction de l´industrie (environ 10 % de la production totale).

    Les statistiques de Fraunhofer ISE ne permettent donc pas une comparaison directe avec la production en France. En 2018 le nucléaire a assuré 11,8% , le charbon (lignite + houille) 35,4 % et les renouvelables 35,1% ( éoliens 17,3%, solaire 7,1% biomasse y compris dechets biogènes 8,1% , hydroélectricité 2,6%) du mix électrique en Allemagne selon AG Energiebilanzen et l´Agence Fédérale des Statistiques (destatis).

    Selon un sondage récent effectué par Civey (Berlin) du 15 au18 février 2019 auprès de 5006 personnes, la sortie du nucléaire est toujours perçue comme prioritaire par la moitié des citoyens (49,5%) alors que 44,1% estiment qu´il fallait commencer par la sortie du charbon : la question de la plus grande nuisibilité du nucléaire ou du charbon suit leur appartenance politique. Les électeurs des Verts et des sociaux démocrates mais aussi 54% des femmes approuvent majoritairement la sortie prioritaire du nucléaire tandis que les électeurs des chrétiens démocrates et des libéraux auraient préféré un ordre inverse c´est-à-dire d´abord commencer par la sortie du charbon.

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  • Pour lutter contre le réchauffement climatique ne baissons pas le nucléaire français y compris à Fessenheim devant le charbon allemand.

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  • “Les plus hauts chiffres d’impacts de Tchernobyl crédibles” :

    Le professeur Kate Brown du MIT a beaucoup écrit sur l’Union soviétique et la technologie nucléaire et a exploré le cas de Tchernobyl en profondeur dont c’étaient récemment les 33 ans d’anniversaire de la catastrophe (26 avril 86)

    Le résultat de son étude “Manual for Survival : A Tchernobyl Guide to the Future”, y apporte de nouvelles données sur les impacts négatifs de cette catastrophe : Elle est la première à examiner certaines archives régionales où la réponse médicale à Tchernobyl a fait l’objet d’une chronique très complète, et elle a trouvé des rapports et des documents qui apportent de nouvelles réponses.

    Grâce à ses recherches et reportages sur le terrain, elle a examiné toute la gamme des effets du rayonnement sur les résidents de la région, tout en expliquant comment la politique soviétique a contribué à limiter la connaissance universelle de l’accident.

    “J’ai écrit ce rapport pour que nous l’examinions plus sérieusement “, dit M. Brown, professeur au programme du MIT en sciences, technologie et société.

    Pour voir comment les effets de Tchernobyl pourraient être beaucoup plus répandus qu’on ne l’avait reconnu précédemment, examinons un modèle parmi bien d’autres que Brown a observé dans ses travaux : Les scientifiques et les fonctionnaires aux niveaux local et régional ont examiné les effets de Tchernobyl sur la population de manière assez approfondie, en réalisant même des études contrôlées et d’autres techniques robustes, mais d’autres fonctionnaires soviétiques ont minimisé les preuves de conséquences sanitaires majeures.

    “Une partie du problème, c’est que les Soviétiques se sont menti à eux-mêmes” souligne le Pr Brown. “Sur le terrain, l’impact était très clair, mais à des niveaux plus élevés, il y avait des ministres dont le travail consistait à faire des rapports de bonne santé. Les fonctionnaires soviétiques modifiaient favorablement les chiffres au fur et à mesure que les données montaient dans la bureaucratie de l’État.”

    “Tout le monde faisait en sorte que le bilan ait l’air d’être négligeable quand il est arrivé à Moscou”, précise K.Brown. “Et je peux clairement le démontrer.”

    Les effets des radiations de Tchernobyl ont également été diffus. Par exemple comme Brown l’a découvert, 298 travailleurs d’une usine de laine dans la ville de Chernihiv, à environ 80 km de Tchernobyl, ont été déclarés “liquidateurs judiciaires” en raison de leurs problèmes de santé. Il s’agit de la même désignation qui s’applique au personnel d’urgence travaillant sur le site même de Tchernobyl.

    Pourquoi les travailleurs de la laine étaient-ils si exposés aux radiations ? Comme Brown l’a découvert les autorités soviétiques ont fait tuer le bétail de la zone d’aliénation par des ouvriers et ont ensuite envoyé leurs parties utilisables pour transformation. Les ouvriers de l’usine de laine étaient tombés malades parce qu’ils s’occupaient de la laine de moutons très contaminés. De tels scénarios peuvent avoir été considérablement négligés dans certaines évaluations de Tchernobyl.

    En Biélorussie, un tiers du lait et un cinquième de la viande étaient trop contaminés pour être utilisés en 1987, selon le responsable de la production alimentaire de l’Etat, et les niveaux ont empiré l’année suivante. Dans le même temps, en Ukraine, entre 30 et 90 % du lait dans les zones “propres” a été jugé trop contaminé pour être consommé.

    Dans le cadre de ses efforts pour étudier les effets de Tchernobyl, K Brown s’est également aventurée dans les forêts et les marais près de Tchernobyl, accompagnant des scientifiques américains et finlandais – qui sont parmi les rares à avoir réalisé des études approfondies sur la faune et la flore.

    Ils ont trouvé, entre autres, la décimation de certaines parties de l’écosystème, y compris beaucoup moins de pollinisateurs (comme les abeilles) dans les endroits où le rayonnement est élevé, ce qui a entraîné une réduction radicale du nombre d’arbres fruitiers et d’arbustes.

    K. Brown aborde aussi directement les désaccords scientifiques au sujet de ces constatations, tout en soulignant que certaines des conclusions les plus négatives au sujet des écosystèmes régionaux ont été tirées d’études approfondies sur le terrain.

    En outre, les différends sur les effets de Tchernobyl se poursuivent également parce que, comme le reconnaît K. Brown, il est “facile de nier” que toute apparition d’un cancer est due à l’exposition aux rayonnements.

    Dans son rapport, le Pr. Brown suggère que la limite supérieure des estimations de décès existantes semble plausible. L’État ukrainien verse des prestations à environ 35 000 personnes dont les conjoints seraient morts de maladies causées par Tchernobyl.

    Certains scientifiques lui ont dit qu’ils pensent que 150.000 morts est une base de référence plus probable pour l’Ukraine seule. (Il n’y a pas de dénombrement officiel ou non officiel pour la Biélorussie et la Russie occidentale.)

    En raison de la nature à long terme de certaines formes de rayonnement, les effets de Tchernobyl se poursuivent aujourd’hui – dans une mesure qui est également sous-étudiée.

    Dans l’épilogue du livre, Brown visite une forêt en Ukraine où les gens cueillent des baies pour l’exportation, chaque lot étant soumis à des tests de radiations. Toutefois, les lots de baies qui dépassent la limite de rayonnement acceptée ne sont pas nécessairement rejetés. Au lieu de cela, ces dernières sont mélangées avec des baies plus propres, de sorte que chaque lot remanié dans son ensemble est assujetti à la limite réglementaire.

    “Les gens à l’extérieur de l’Ukraine” confirme le Pr Brown, “peuvent se réveiller, entre autres productions, avec un petit déjeuner de myrtilles de Tchernobyl” sans le savoir.

    K. Brown souligne que son but n’est pas principalement d’alarmer les lecteurs, mais de faire avancer la recherche. Elle dit qu’elle aimerait que son auditoire – lecteurs généraux, étudiants, scientifiques – réfléchissent en profondeur à la façon dont la science apparemment établie peut parfois s’appuyer sur des conclusions contingentes élaborées dans des circonstances politiques particulières.

    “J’aimerais que les gens en sachent un peu plus sur l’histoire de la science “, dit M. Brown.

    D’autres chercheurs confirment que le “Manuel de survie” est une contribution importante à notre compréhension de Tchernobyl. J.R. McNeill, historien à l’Université de Georgetown, souligne que Brown a jeté un nouvel éclairage sur Tchernobyl en éclairant ” des décennies d’efforts officiels pour réprimer ses sombres vérités “.

    Alison MacFarlane, directrice de l’Institute for International Science and Technology Policy de l’Université George Washington et ancienne directrice de la Nuclear Regulatory Commission, affirme que le livre ” découvre effectivement les effets dévastateurs ” de Tchernobyl.

    30 ans avant Tchernobyl, le 29 septembre 1957, un désastre s’était également produit sur le complexe nucléaire de Maïak, à Kyshtym, dans l’Oural. Rien n’a filtré et ne filtrera avant le milieu des années 1990 – et encore, au compte-gouttes.

    Classé 6 sur l’échelle INES, il était dû à un système de refroidissement défectueux ; ses conséquences demeurent encore aujourd’hui largement sous-estimées, en dépit des 11.000 personnes évacuées et des 20 villages abandonnés.

    Orziok, la ville construite à proximité du complexe et donc hautement contaminée, sera baptisée « City 40 » par les autorités pour davantage de discrétion. Le lac Irtyash situé dans ses environs est surnommé le « lac de la mort ».

    D’autres villes de Russie resteront longtemps secrètes, coupées du monde, à cause de leurs liens avec le nucléaire.

    https://phys.org/news/2019-03-scholar-uncovers-material-effects-infamous.html

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