La Côte d'Ivoire bâtit la première centrale électrique biomasse de cacao

La Côte d’Ivoire bâtit la première centrale électrique biomasse de cacao

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Pour faire face à leurs besoins croissants en électricité, les pays africains sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les centrales électriques à biomasse, qui ont l’avantage de recycler des matières organiques en émettant peu de CO2. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, a elle aussi décidé d’innover, en investissant dans une future centrale valorisant les déchets de cette production.

Une première mondiale. La Côte d’Ivoire sera le premier pays au monde à disposer d’une centrale électrique à biomasse, utilisant les déchets de la production de cacao. L’annonce a été faite lors de la visite, début juillet 2018, d’une importante délégation d’officiels américains à Abidjan, dans le cadre du renforcement des relations économiques et commerciales entre la Côte d’Ivoire et les États-Unis – celles-ci ont augmenté de 55% entre 2012, après l’élection d’Alassane Ouattara à la présidence de la République, et 2017, pour atteindre 1,5 milliard d’euros.

250.000 tonnes de CO2 économisées par an

L’étude technique de faisabilité du projet sera financée, à hauteur d’un million de dollars, par l’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA), qui vient de rouvrir une antenne au sein de la capitale économique ivoirienne. Après seize ans d’absence, cette marque de confiance des autorités américaines est une preuve supplémentaire que le pays, qui vise l’émergence en 2020, est sur la bonne voie.

Premier producteur de cacao au monde, la Côte d’Ivoire génère, chaque année, quelque 26 millions de tonnes de déchets issus de cette culture. Autant de cabosses ou de fèves défectueuses qui sont perdues, car immédiatement incinérées, le plus souvent à l’air libre. L’idée de cette inédite centrale à biomasse est de valoriser ces déchets, afin de répondre, en partie, aux besoins en électricité de la Côte d’Ivoire. Il s’agit donc d’un projet au croisement des enjeux environnementaux et énergétiques auxquels fait face le pays.

La future centrale sera située à Divo, dans le centre-sud de la Côte d’Ivoire – la troisième région productrice de cacao dans le pays –, et devrait être opérationnelle à l’horizon 2023. A plein régime, elle permettra d’économiser 250 000 tonnes de CO2 chaque année. Le projet, piloté par la Société ivoirienne des énergies nouvelles (SODEN), est évalué à 154 milliards de francs CFA, soit l’équivalent de 232 millions d’euros.

Les centrales à biomasse, une excellente nouvelle pour l’Afrique

Le développement des centrales électriques sur le continent africain est une excellente nouvelle. Elles constituent une source d’énergie renouvelable, tout en dégageant un faible bilan carbone et en permettant de recycler de nombreux déchets organiques. Concrètement, comment fonctionnent ces centrales électriques d’un nouveau genre ?

Les centrales thermiques renouvelables utilisent l’énergie thermique, provenant de la combustion d’une énergie primaire renouvelable issue de la biomasse – comme les déchets du cacao – afin de produire de l’électricité. La biomasse solide est transformée en énergie par combustion, gazéification ou pyrolyse, voire par méthanisation dans le cas de la filière biochimique.

Les centrales thermiques renouvelables transforment en électricité une énergie mécanique, obtenue à partir d’une énergie thermique. L’eau contenue dans une chaudière est chauffée par la combustion de biomasse solide, de biogaz ou, dans le cas de la future centrale de Divo, de déchets. Sous pression, la vapeur d’eau dégagée fait alors tourner une turbine, qui produit elles-même de l’électricité en étant couplée à un alternateur.

Le Cameroun et l’Afrique du Sud parient eux aussi sur la biomasse

Si la Côte d’Ivoire sera le premier pays africain à faire fonctionner une centrale utilisant les déchets de la production de cacao, d’autres pays, sur le continent, ont eux aussi fait le pari des centrales à biomasse. C’est le cas du Cameroun, dont le ministre de l’Eau et de l’Energie, Gaston Eloundou Essomba, a annoncé, en juin dernier, un objectif de 420 mégawatts d’ici à 2035, une énergie provenant d’une « utilisation rationnelle de la biomasse ». Le pays souhaite, en effet, faire des énergies renouvelables l’un des piliers de son mix énergétique.

Pour remplir cet objectif ambitieux, le Cameroun qui, avec ses vastes forêts exploitables, dispose d’un important réservoir de biomasse, a plusieurs projets en cours. 72 mégawatts seront produits à partir de la revalorisation de bois granulés, dans trois localités du pays. 16 mégawatts supplémentaires seront issus du traitement des déchets solides municipaux de Yaoundé, la capitale camerounaise. Enfin, à Batschenga, EDF et une filiale de la Banque mondiale seront chargés de construire une importante centrale à biomasse.

Enfin, en Afrique du Sud, un projet de centrale à biomasse devrait bientôt voir le jour, à 200 kilomètres au sud de Durban. Bénéficiant d’un appui financier de 900 000 dollars de la part du Fonds des énergies durables pour l’Afrique (SEFA) – une émanation de la Banque africaine de développement (BAD) –, la future installation devrait fournir 10 mégawatts d’électricité, qui sera produite à partir de la transformation du bois, de déchets agricoles et forestiers, associés à une technologie de gazéification.

Rédigé par : La Rédaction

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COMMENTAIRES

  • Superbe l’initiative
    J’ai eu déjà à travailler sur un projet de même envergure avec un gazeifieur. C’est très efficace. A contrario, le projet en question était étendu à plus que des déchets de Cacao.
    Bon courage

    Répondre
  • Présenté comme ça c’est formidable assurément. Mais les infos sont un peu limitées. En particulier on ne parle pas de puissance, de prod d’électricité ou pas, de cogénération ou pas de technologie, de quantité de déchets utilisés, de la concentration de ces déchets sur un site ou au contraire de la volonté de traiter les problèmes in situ. On ne parle pas de charbon de bois, bref, j’ai le sentiment en lisant cet article qu’on est en train de reproduire en Afrique des projets très contestés en France. Un collègue parle ci-dessus de la gazéïfication qui est mon métier et qui est une technologie particulièrement adaptée au continent africain surtout en petite et moyenne taille. Vous allez me dire mais qui vous empêche de proposer vos services. Et bien tout simplement l’absence totale d’encouragement au développement de cette filière dans notre propre pays, une technologie totalement méconnue et portant vieille comme le monde. Technologie qui jusqu’à ce jour à plus promis que tenu. Mille excuses, mais le monde a évolué et l’utilisation des outils d’informatique industrielle a changé totalement la donne. Cette absence de prise en compte pour ne pas dire de mépris pour cette filière fait que si nous avons bénéficié d’aide de l’ADEME pour arriver à mettre au point notre procédé, il faut pouvoir faire des pilotes en France sachant que c’est prendre un risque considérable de passer du stade de la fin de développement au stade industriel avec une absence totale de débouchés dans son propre pays, ce qui nous contraint à imaginer faire des pilotes à plusieurs milliers de kms de nos bases. Pas suicidaire, n’exagérons pas, mais il faut une sacrée dose de courage pour ne pas dire de foie pour prendre une telle décision. Alors continuons comme ça et exportons des “Gardanne” ou des “Cordemais”. L’histoire jugera !

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