Les centrales à charbon françaises sur la voie de la reconversion

Les centrales à charbon françaises sur la voie de la reconversion

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Interpellé devant l’Assemblée Nationale sur l’éventuelle fermeture des centrales à charbon françaises et ses conséquences pour l’économie locale, le Ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot a ouvert la porte fin janvier 2018 à une poursuite d’activité sous conditions. Les dernières installations à charbon du territoire, à Cordemais et Le Havre pour EDF, et Saint-Avold (Moselle) et Gardanne (Bouches-du-Rhône) pour le groupe allemand Uniper, proposent désormais des projets de reconversion leur permettant de réduire leurs émissions de CO2 de manière significative. Autant de pistes à développer qui permettraient de maintenir une activité économique sur site, et de contribuer au développement des énergies renouvelables ou de récupération. Explications.

Reconvertir plutôt que fermer

Annoncée par le Président Emmanuel Macron lui-même, la fermeture des dernières centrales à charbon françaises avant la fin du quinquennat ne serait finalement pas inéluctable. Représentant seulement 1,4% de la production d’électricité nationale, ces installations n’ont au final que peu d’effets sur le bilan carbone national (en comparaison au secteur des transports par exemple) et l’impact économique de ces fermetures pour les territoires concernés pourrait être largement disproportionné en rapport aux gains environnementaux escomptés.

Cela étant, l’avenir du charbon dans la production énergétique, tel qu’on le connait aujourd’hui, est compté au regard des nouvelles exigences climatiques et de la transition énergétique en cours. Le plan climat annoncé le 6 juillet 2017 par Nicolas Hulot prévoyait l’arrêt des dernières centrales électriques au charbon d’ici 2022 ou leur évolution vers des solutions moins carbonées. Cette dernière alternative, peu mise en avant jusqu’à présent, pourrait finalement être la bonne au regard des investissements consentis par les opérateurs et les progrès réalisés en matière de combustion durable. Interrogé sur le sujet devant l’Assemblée mardi 30 janvier dernier par le député PCF, Jean-Paul Lecoq, Nicolas Hulot a en effet confirmé qu’une telle solution était envisageable et que le gouvernement porterait « une attention particulière à la conversion des sites à des combustibles tels que la biomasse ».

Vers une combustion plus durable

Plusieurs programmes d’expérimentation sont en cours et ont d’ores et déjà démontré tout l’intérêt économique et environnemental d’une telle démarche.

A titre d’exemple, la centrale de Cordemais en Loire-Atlantique expérimente un projet de reconversion du charbon vers un combustible moins carboné. Baptisé ECOCOMBUST, ce projet consiste à utiliser des combustibles alternatifs par densification de biomasse végétale prioritairement issue du territoire (déchets verts ligneux non valorisables, bois de classe B, combustibles solides de récupération, etc.) au sein des installations thermiques existantes.

Lors des premières phases de tests, plusieurs centaines de tonnes de biomasse torréfiée issue de résidus de scieries ont été injectées dans la chaudière de l’unité de production n°4 de Cordemais avec pour résultat une baisse immédiate de 17% des émissions deCO2. « Nous allons passer du stade de laboratoire à celle de pilote semi-industriel. On peut imaginer utiliser ce combustible à plus de 50% et, nous espérons, tendre vers le 80% , voire 100% à terme, et ce, sans modification notable des installations », explique dans Le Monde le directeur de la centrale EDF, Denis Florenty. Des tests similaires sont également en cours à la centrale du Havre où l’énergéticien français expérimente la co-combustion de certains déchets non valorisables et mène des recherches sur le captage duCO2.

De son côté, le groupe Uniper a déjà transformé depuis 2016, une des deux tranches du site de Gardanne en centrale biomasse de 160 MW et réfléchit actuellement aux différentes solutions pour maintenir la vocation énergétique de ces sites basées sur les technologies des renouvelables et les nouveaux combustibles. Le groupe allemand s’est dit notamment engagé pour créer « une filière bois-énergie structurée dans la région, avec toutes les parties prenantes », jugeant quil s’agit ici d’une « réponse réaliste et rentable à moyen terme pour maintenir la vocation électrique industrielle du site et les emplois ».

La reconversion durable des centrales à charbon, un marché à conquérir

Si ces quatre sites devraient au final faire l’objet de contrats de transition écologique avec l’Etat, le développement de ces technologies représente, pour les centrales à charbon dans le monde, de véritables perspectives de reconversion vers une production moins carbonée. De nombreux pays en développement ou émergents continueront d’exploiter les centrales existantes dans les décennies à venir faute de moyens d’investissement suffisants et celles-ci doivent donc elles aussi être adaptées aux nouveaux enjeux climatiques.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) réaffirmait déjà dans un rapport paru en 2015 la nécessité de renforcer la recherche technologique et le déploiement des nouveaux moyens de réduction des émissions des gaz à effet de serre comme les dispositifs de captage/stockage du CO2, de gazéification du charbon intégré, ou de co-combustion. Si elles sont validées à l’échelle industrielle, les solutions innovantes développées à Cordemais ou au Havre en matière de production sur site de biomasse densifiée et de co-combustion, pourraient donc faire de la France un acteur incontournable de la reconversion écologique des centrales à charbon, et permettre au groupe EDF de se positionner sur le marché prometteur des solutions de combustion moins carbonées dans le monde.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Une usine biomasse comme l’outil transitionnel ad hoc (Article d’un journaliste …GARDANNE)

    L’idée, en tant que telle, n’avait rien d’absurde. Composée de deux unités – l’une fonctionnant toujours au charbon, et l’autre au bois – l’usine biomasse se présentait comme l’outil transitionnel ad hoc pour remplacer l’ancienne usine 100% charbon. Confié à l’électricien allemand E.ON, lequel l’a transféré à sa filiale Uniper, le projet est finalement tombé dans la démesure. Avec les 850 000 tonnes de bois nécessaires à son fonctionnement, dont la moitié issus de coupes forestières, l’usine de Gardanne fait figure d’ogre végétarien. Son alimentation impliquerait de prélever 35% du gisement forestier disponible dans un rayon de 250 kilomètres, et même de faire venir du bois depuis le Canada et le Quebec. Très vite, les parcs naturels du Verdon et du Lubéron ont alerté quant à l’impact induit sur la forêt de sud-est. En vain. En 2015, leurs élus décidaient d’engager une procédure judiciaire, épaulés de plusieurs associations et communes de la région.

    “Nous n’avons absolument pas été consultés”, rappelait, le 5 février dernier, André Berger, vice-président du parc naturel du Lubéron, lors d’un rassemblement sur le site de Gardanne. ” Or, nous travaillons depuis des années sur la gestion de notre ressource bois. Nous avons établi une charte forestière et convaincus soixante communes de s’équiper de chaudières à plaquettes (de bois, NDLR)”. Leurs besoins sont estimés à près de 15 000 tonnes de bois à l’année. ” Et maintenant, l’on va voir ce capital amputé !”, s’insurgeait encore André Berger, lequel notait déjà des effets sur les prix : “Quand nous avons plaidé pour cette énergie, la tonne de bois coûtait 70 euros. Elle en coute aujourd’hui 100 euros.”

    Quatre mois plus tard, le tribunal administratif de Marseille confirmait que l’étude d’impact préalable au projet s’est avérée “insuffisante”. L’enquête n’a porté que sur un périmètre de 3 kilomètres autour du site, déploraient les juges, lesquels notaient également que l’impact des rotations de camions autours de la centrale et de la pollution atmosphérique (particules fines, dioxines, CO2) a lui aussi été négligé. Et d’annuler, donc, l’autorisation d’exploitation.

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