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Méthane du lac Kivu : de la menace à l’opportunité énergétique

Lake_Kivu_boats_photo_Steve EvansSi le lac Kivu est un des plus grands lacs africains, il est également un des plus dangereux en raison des grandes quantités de gaz qu’il contient. Afin de remédier au problème, le gouvernement rwandais et la société américaine ContourGlobal ont lancé le projet KikuWatt : aspirer les eaux profondes (au-delà de 300 mètres de profondeur) pour en extraire le méthane et ensuite produire de l’électricité. Une solution qui devrait désamorcer la menace tout en aidant le Rwanda à répondre à ses besoins énergétiques en pleine expansion.

Le projet KikuWatt, qui devrait atteindre une puissance de 100 MW à terme, permettra au Rwanda de pratiquement doubler sa capacité de production d’électricité. Cette dernière s’élève aujourd’hui à près de 115 MW. Le méthane du lac Kivu pourrait également se révéler être une aubaine pour l’électrification du pays : le gouvernement souhaite que d’ici 2017, 70% de sa population ait accès à l’électricité. Un chiffre qui est aujourd’hui de 18%.

[stextbox id=”info”]De la menace potentielle…[/stextbox]

Situé à cheval sur la République Démocratique du Congo et le Rwanda, le lac Kivu atteint 485 mètres à ses endroits les plus profonds. Mais c’est une particularité géologique à haut risque qui fait aujourd’hui la célébrité de ce lac africain : selon des estimations scientifiques récentes, il contiendrait près de 60 milliards de mètres cubes de méthane et de CO2 d’origine magmatique.

“Le lac Kivu est un lac à problème (…) dans lequel on trouve du dioxyde de carbone en volume assez important et du méthane (…), un gaz qui peut servir de détonateur à une éruption limnique : une remontée des eaux profondes chargées en gaz mortel se répandrait alors dans l’atmosphère“, explique Matthieu Yalire, chercheur à l’Observatoire volcanologique de Goma.

Comme le concède ce spécialiste, une telle concentration de méthane dissous (60 kilomètres cubes) et de dioxyde de carbone (300 kilomètres cubes) est une véritable bombe à retardement. La libération dans l’atmosphère d’une fraction de ces gaz pourrait menacer la vie de près de 2 millions de riverains rwandais et congolais. “Pour l’instant le lac est stable mais pour combien de temps”, s’interroge M. Yalire.

[stextbox id=”info”]… à l’opportunité énergétique.[/stextbox]

Afin de désamorcer cette “bombe hydrocarbure” qui sommeille sous les 2.370 km² du lac Kivu, la République Démocratique du Congo et le Rwanda ont lancé en mars 2007 une étude de faisabilité liée à l’exploitation du gisement de méthane. C’est d’ailleurs sa forte concentration qui rend l’exploitation commerciale de ce réservoir de gaz envisageable.

Martin Schmid, un chercheur évoluant dans les locaux de l’Institut suisse de recherche sur l’eau et les milieux aquatiques estime d’ailleurs que l’extraction du CH4 est la meilleure option qui puisse être envisagée. “Si on laisse les gaz s’accumuler pendant une longue période, il faudra s’attendre à un moment à une éruption catastrophique de gaz”.

Les études s’étant révélées encourageantes, le projet KivuWatt a été lancé. La société ContourGlobal a ainsi signé une concession d’exploitation d’une durée de 25 ans avec le Rwanda. Ainsi qu’un accord avec l’EWSA, l’entreprise publique de production et de distribution d’électricité, qui s’est engagée à racheter la production des installations KikuWatt sur cette même période.

[stextbox id=”info”]Vers un meilleur approvisionnement électrique[/stextbox]

Une usine-pilote génère déjà 2 MW d’électricité sur la rive nord du Kivu. Mais la première phase du projet KivuWatt, qui devrait être opérationnelle d’ici la fin de l’année, prévoit l’installation d’une plateforme de pompage du méthane. Le projet générera à ce moment-là à hauteur de 25 MW d’électricité qui sera ensuite distribuée dans tout le Rwanda. A terme, la puissance du projet devrait atteindre 100 MW.

Yann Beutler, qui chapeaute le projet, explique que le gaz est “aspiré” dans les couches inférieures du lac. Méthane et CO2 sont ensuite séparés : le CH4 est envoyé vers la centrale riveraine où il sera transformé en électricité alors que le CO2 est renvoyé dans les eaux du lac.

Le Rwanda souhaite également que le projet KikuWatt lui permette de diversifier son mix électrique, qui est actuellement d’origine thermique à hauteur de 46%. De plus, chaque année, le pays dépense près de 40 millions de dollars pour des importations du pétrole à destination de ses centrales.

Crédit photo : Steve Evans

Rédigé par : La Rédaction

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