Vente d'Alstom : quels enjeux pour la filière nucléaire française ? - L'EnerGeek

Vente d’Alstom : quels enjeux pour la filière nucléaire française ?

Alstom_rachat_enjeux_filière_nucléaireLes négociations se poursuivent dans le dossier Alstom et à l’heure où le ministre de l’Economie vient d’annoncer un possible plan C de rachat d’origine française (après les offres de General Electric et de Siemens),  le débat sur la cession de l’un des principaux fournisseurs de la production nucléaire française par des investisseurs étrangers est plus que jamais à l’ordre du jour. En effet, si le GIIN (Groupe intersyndical de l’industrie nucléaire) évoque tout l’intérêt qu’un tel rachat pourrait avoir pour la filière en termes de nouveaux marchés, la vente de la branche énergie du groupe Alstom pose aujourd’hui clairement la question de l’indépendance énergétique et militaire française.  

[stextbox id=”info”]Alstom et EDF, un partenariat de longue date[/stextbox]

Malgré l’ouverture des contrats de maintenance à l’allemand Siemens depuis 2008 par EDF, Alstom reste aujourd’hui majoritaire sur le marché de l’énergéticien comme pour l’équipement des centrales du parc nucléaire français. Il a équipé les 58 centrales  nucléaires de leur « îlot conventionnel », qui regroupe les turbines à vapeur et l’ensemble des installations permettant de générer de l’électricité à partir de la vapeur. Alstom est également le fournisseur de la salle des machines du réacteur EPR en cours de construction à Flamanville (Manche) et des éoliennes maritimes qu’EDF exploitera au large des côtes françaises.

L’importance d’un tel partenariat qui pesait en 2013 pour plus de 600 millions d’euros dans le chiffre d’affaires de l’industriel Alstom, n’est pas anodine pour EDF qui se soucie désormais des évolutions possibles sur le plan industriel que pourrait entraîner ce rachat par des investisseurs étrangers. Comme l’a lui-même reconnu le président d’EDF en marge de l’assemblée générale des actionnaires du groupe, Alstom « est un grand fournisseur, c’est un partenaire de longue date, et par conséquent, on est attentifs », et EDF veillera à préserver ses propres intérêts.

[stextbox id=”info”]Garantir la souveraineté technologique de la France[/stextbox]

Mais si le groupe EDF a su se protéger en diversifiant sa gamme de fournisseurs et en mettant en concurrence d’autres industriels sur l’ensemble de la chaîne de production nucléaire, Alstom reste un acteur prépondérant du secteur nucléaire français et joue de ce fait un rôle significatif dans la préservation de notre indépendance énergétique. Comme l’a précisé Arnaud Montebourg, Alstom est «un maillon essentiel de notre indépendance énergétique que ce soit pour nos centrales nucléaires ou les nouvelles technologies de la transition énergétique».

Se montrant rassurant, M. Jeffrey Immelt du groupe GE s’est pourtant bien engagé à respecter le « caractère souverain » de l’industrie nucléaire française, en affirmant notamment qu’il était « résolu à collaborer avec l’Etat, Areva et EDF afin de protéger ce secteur et de préserver ses exportations », mais l’aspect sensible du dossier fait craindre à l’État une perte à terme de sa souveraineté technologique. D’autant plus que le groupe GE fournit déjà une partie des turbines destinées à la marine française via sa filiale Thermodyn, dont l’usine est implantée au Creusot.

Dans ce cadre, la France souhaite s’assurer que même en cas de rachat de la branche énergie d’Alstom par un investisseur étranger, EDF et Areva pourront toujours compter sur les turbines « Arabelle » fabriquées par Alstom pour équiper le consortium français dans l’acquisition de nouveaux marchés.

L’Etat devrait donc selon toute probabilité, conditionner le rachat de la branche énergie d’Alstom à un engagement garanti sur une continuité de service auprès du groupe EDF et devrait s’assurer ainsi les conditions d’un partenariat équilibré. Le récent décret « Montebourg » introduisant un contrôle élargi des investissements étrangers en France, donne pour cela le dernier mot au ministre de l’Economie et du Redressement Productif.

[stextbox id=”info”]S’ouvrir à de nouveaux marchés pour soutenir l’industrie[/stextbox]

Toutefois malgré les risques que cela comporte, une ouverture accrue sur l’international pourrait également s’avérer bénéfique pour la filière nucléaire française.

Le GIIN qui plaide bien en faveur d’une solution permettant de maintenir une forte présence industrielle de la filière nucléaire en France, estime aussi que l’incorporation d’Alstom dans un groupe international d’envergure pourrait être un avantage précieux en termes de nouveaux marchés. Le groupe intersyndical précise dans ce sens que « la mise en place de partenariats structurants et la consolidation de grands acteurs industriels tels qu’Alstom sont inéluctables et doivent être accueillies comme une quête d’opportunité plutôt que vécues comme une menace ».

A l’heure où le marché de l’énergie en Europe semble « fragilisé », le GIIN  reste toutefois attentif et soutiendra une solution qui minimise au maximum « les restructurations et les destructions de compétences et de compétitivité du groupe Alstom, de ses sous-traitants et de ses partenaires » et permette de préserver « une présence industrielle de premier rang en France et dans le monde, dans le domaine de l’énergie et notamment du nucléaire ».

Crédits photo : Kryst@f

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Pas confondre les centrales et les bombes : les centrales nucléaires ne sont que des “machines à vapeur” alors que les armes vont déchirer l’enveloppe des noyaux même des atomes ( là où est emprisonnée la radioactivité ! ) pour déchaîner sa puissance … et pas seulement pour faire bouillir une plaque chauffante !…

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