Les incohérences de La Troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkin - L'EnerGeek

Les incohérences de La Troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkin

Jeremy_RifkinDans son livre “La Troisième révolution industrielle”, l’économiste Jeremy Rifkin propose une nouvelle révolution industrielle écologique basée sur de profonds changements en matière de consommation énergétique. Si l’ouvrage a rencontré un fort succès, en librairie comme chez plusieurs dirigeants politiques, il est pourtant scientifiquement inexact. Bertand Cassoret, ingénieur et docteur en génie électrique, a publié dans Rue 89 un article intitulé “Jeremy Rifkin plaît beaucoup, mais il maîtrise mal ce dont il parle,” dans lequel il démontre point par point l’incohérence scientifique des thèses de Rifkin.

Dans cette proposition de troisième révolution industrielle, qualifiée par Bertand Cassoret d’utopique, Jeremy Rifkin propose que notre modèle de consommation énergétique se débarrasse du pétrole et du nucléaire, au profit des énergies renouvelables et d’une consommation mieux maîtrisée. Selon lui, si l’on suit ses recettes, nos sociétés pourront continuer à connaître la croissance et le confort moderne, tout en protégeant la planète.

Cette révolution industrielle, pour être mise en place, doit, selon lui, reposer sur cinq piliers :

-le passage aux énergies renouvelables ;

-la transformation du parc immobilier en ensemble de microcentrales énergétiques qui collectent des énergies renouvelables ;

-le stockage de l’énergie, essentiellement sous forme d’hydrogène dans chaque immeuble de façon à stocker les énergies intermittentes ;

-l’utilisation d’Internet pour transformer le réseau électrique en réseau de partage de l’énergie fonctionnant comme Internet ;

-le remplacement des véhicules actuels par des véhicules électriques capables d’acheter et de revendre l’énergie stockée sur un réseau électrique intelligent.

Dans son article,  Bertand Cassoret a repris ces 5 piliers un par un, pour démontrer l’impossibilité technique de la thèse de Jeremy Rifkin.

 

[stextbox id=”info”]Le passage aux énergies renouvelables[/stextbox]

Le scientifique explique que les technologies actuellement connues ne permettent pas de produire assez d’énergie renouvelable pour remplacer le nucléaire et les énergies fossiles.

Il rappelle que même les écologistes qui proposent une sortie totale de ces modes de production énergétique proposent, dans leurs “plans bien optimistes”, une diminution de 50% de la consommation pour que nous puissions n’utiliser que les énergies renouvelables.

 

[stextbox id=”info”]La transformation du parc immobilier[/stextbox]

Ici, Bertand Cassoret précise clairement pourquoi il est impossible de concevoir une production énergétique significative avec des logements pourvus d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques :

En supposant un facteur de charge optimiste de 25% (le facteur de charge permet de tenir compte de l’irrégularité du vent), il faudrait environ 25 millions d’éoliennes individuelles de 2 kilowatts (kW) pour produire un peu plus de 20% de la consommation actuelle d’électricité française (la consommation annuelle nette est d’environ 450 térawatts-heure (TWh)) ; celle-ci représentant elle-même moins de 25% de la consommation d’énergie totale. Concernant le photovoltaïque, outre le fait qu’il faille plusieurs années pour que la production d’un panneau « rembourse » l’énergie nécessaire à sa fabrication, il faudrait environ 1 000 km² de panneaux pour produire 20% de la consommation actuelle d’électricité française, c’est-à-dire équiper 50 millions de toits de 20 m² de panneaux (on installe actuellement généralement 10 m² ; 1 m² de panneau produit environ 114 kilowatts-heure (kWh) par an).

 

[stextbox id=”info”]Le stockage de l’énergie[/stextbox]

Le stockage de l’énergie est effectivement l’un des principaux problèmes qui limitent l’influence des énergies renouvelables. Les technologies de stockage sont limitées et ne peuvent pas être effectuées à grande échelle à cause d’une perte de 75% de l’énergie produite (ce qui impliquerait de multiplier par 4 les moyens de production) pour le stockage par hydrogène ; et des matériaux rares comme le platine qui sont utilisés pour fabriquer les piles à combustion.

L’utilisation massive de batteries n’est évidement pas envisageable, tant ces dernières sont nocives pour l’environnement.

 

[stextbox id=”info”]L’utilisation d’Internet pour transformer le réseau électrique[/stextbox]

Jeremy Rifkin fait ici allusion à deux technologies :

-Les Smart Grids (ou réseaux intelligents), qui permettent d’optimiser la consommation et la distribution d’électricité. Si Bertand Cassoret admet que ces Smart Grids ont un rôle important à jouer, en termes d’économies d’énergies, il considère cependant que  “l’énergie ne se partage pas comme les données informatiques : les smart grids ne dispensent pas de devoir ajuster en permanence la production et la consommation”.

-Les moyens de production décentralisés sont censés éviter de nombreuses pertes dans les réseaux par rapport aux installations centralisées. Pourtant, selon le scientifique, la mise en place et l’exploitation de 100 petites installations nécessitent plus de matière et d’énergie que pour une seule installation 100 fois plus puissantes.

 

[stextbox id=”info”]Le remplacement des véhicules actuels[/stextbox]

Pour démonter l’idée que l’on pourrait remplacer les véhicules actuels par des véhicules électriques, Bertand Cassoret fait appel à un autre scientifique, Jean-Marc Jancovici, dont il cite les travaux. Ce dernier a démontré qu’il faudrait augmenter la production électrique française de 50% si l’on voulait remplacer les transports aux hydrocarbures par des transports électriques, ce qui représente la production de 50 millions d’éoliennes individuelles de 2kW (ou 18 EPR supplémentaires). La volonté de Rifkin de sortir du nucléaire est donc complètement contradictoire avec sa volonté d’électrifier le parc automobile.

 

 

Pour conclure, Bertand Cassoret revient sans langue de bois sur la réalité des besoins énergétiques de notre civilisation et sur les conséquences d’une baisse de la production énergétique :

Moins d’énergie, c’est moins de transports, moins de machines et moins de chaleur, c’est donc inévitablement plus de travail, plus de pauvreté, de tâches ingrates, moins de confort, de loisirs, de soins médicaux, de congés, de nourriture, de logements, d’emplois intéressants, de culture, d’éducation, de développement…

 

 

Rédigé par : jacques-mirat

Avatar
ven 3 Juil 2015
A l’occasion de sa visite en France, le Premier Ministre chinois, M. Li Keqiang, a présenté sa contribution à la COP21, qui se tiendra à Paris à la fin de l’année 2015. Pour permettre d’atteindre l’objectif de limiter à 2°C…
mer 3 Avr 2013
Si le débat sur la transition énergétique est relativement peu médiatisé, le succès des premières Journées de l’Energie, organisées les 29,30 et 31 mars, ont montré le  grand intérêt des français pour leur patrimoine énergétique. A cette occasion, quelques 200.000…
dim 7 Août 2016
Dans leur rapport intitulé « State of the climate », 450 scientifiques internationaux nous alertent sur l’aggravation du réchauffement climatique.  Pour établir ce constat, les chercheurs relèvent que plusieurs indicateurs sont au rouge et dénombrent les phénomènes climatiques qui sont survenus en 2015.  (suite…)
lun 23 Nov 2015
Dans le cadre du Plan Rhône 2015/2020, Total, EDF et Solvay se sont associés pour faire découvrir à 38 étudiants de la région, les métiers de l’énergie. Pour mieux connaître les différentes opportunités professionnelles offertes par le mix électrique diversifié de…

COMMENTAIRES

  • Je confirme. Jérémy Rifkin, auteur et consultant américain, est devenu le gourou du Conseil Régional Nord, Pas-de-Calais et de la Chambre de commerce et d’industrie régionale. Eux-mêmes emploient le mot. De ses théories, discutables ou non, ils ont retenu ce qui pouvait servir leurs communications respectives. La troisième révolution industrielle, c’est maintenant ! Ou plutôt en 2050 quand il n’y aura plus personne pour constater si elle est bien arrivée. Ou non. Les services de communication et de presse vont devoir maintenant décliner le concept pour complaire à ces deux institutions. Quant aux entreprises de la région, elles n’ont pas fini d’être tannées elles aussi. A croire que la notion de développement durable est trop usée dans le domaine des énergies et de l’internet. Il en fallait une autre, venue de loin de préférence.
    Pourquoi aller chercher un Américain ? N’y a-t-il pas ou plus de visionnaires et de gens intelligents dans le Nord, Pas-de-Calais ?
    Faut-il en rire ou en pleurer ?

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.