Critiqué hier, l'EPR sera demain un atout pour l’industrie nucléaire française

Critiqué hier, l’EPR sera demain un atout pour l’industrie nucléaire française

CHANTIER-EPR-FLAMANVILLE-3

Présenté comme un concentré d’innovations en matière de sûreté, de protection de l’environnement et de performance technique, le modèle de réacteur nucléaire de troisième génération EPR entre actuellement dans une période décisive. Proche de sa mise en service en Chine, en Finlande et en France, il aura bientôt l’occasion de produire ses premiers mégawattheures d’électricité et de confirmer ainsi la place de la France au sommet de l’industrie nucléaire mondiale. Explications.

Un modèle de réacteur plus puissant, plus sûr et plus durable

Conçu à partir des années 1990 par la filière nucléaire et ses partenaires allemands, le réacteur de troisième génération EPR (European Pressurized Water Reactor), est un réacteur nucléaire à eau pressurisée dont la puissance électrique atteint les 1650 MW pour une durée d’exploitation équivalente à 60 ans. Ce modèle intègre de nombreuses innovations sur les plans techniques et environnementaux, et a pour objectif d’améliorer la sûreté et la rentabilité économique des centrales nucléaires par rapport à celles dotées de réacteurs de générations précédentes. En effet, si la technologie de base est la même que celle actuellement employée au sein des centrales nucléaires françaises, l’EPR peut se vanter d’être à la fois plus performant, plus sûr et plus respectueux de l’environnement. Sur le plan environnemental tout d’abord, il permet de produire une énergie non émettrice de gaz à effet de serre par une utilisation plus efficace du combustible (diminution de 17% de la consommation de combustible par rapport aux réacteurs de 1300 MW), une réduction significative de 30% des rejets d’effluents radioactifs liquides et gazeux par rapport aux meilleures unités de production du parc nucléaire français, et une production de déchets radioactifs réduite de 30%.

Ces progrès s’accompagnent de performances économiques améliorées permises là encore par une plus grande souplesse d’utilisation et un coût d’exploitation réduit. L’EPR est en effet le réacteur le plus puissant au monde (1650 MW, contre 1500 MW pour les plus récents), et devrait pouvoir atteindre un taux de disponibilité de 91%, notamment grâce à une réduction de la durée moyenne des périodes d’arrêt pour rechargement du combustible (à sûreté équivalente). Cette durée sera réduite à 16 jours contre 30 à 45 jours aujourd’hui selon les différents types de centrales, et la production annuelle d’électricité en sera ainsi augmentée de 36% par rapport aux réacteurs actuels. En matière de sûreté enfin, l’EPR a été conçu pour répondre à des objectifs de sûreté renforcée imposés par l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) dans le but de diminuer le nombre d’incidents, de réduire le risque de fusion du cœur, et de limiter les rejets en cas d’accident. Par exemple, la salle des commandes est entièrement informatisée pour une meilleure remontée des informations.

Alors que le marché nucléaire à l’international repart de l’avant, cette triple efficacité offre à la filière nucléaire française un argument de poids sur le marché des réacteurs à forte puissance. Ce type de réacteur que l’on retrouve également aux Etats-Unis avec l’AP1000, en Russie avec le modèle VVER TOÏ, ou en Corée avec l’APR 1400, représente actuellement 40% du marché et intéresse particulièrement les pays ayant de gros besoins en électricité, et disposant de réseaux solides.

L’EPR dans le monde, des perspectives de développement prometteuses

Autant de perspectives de développement pour le modèle français qui semble déjà avoir pris une longueur d’avance sur ses concurrents. L’EPR est à ce jour le seul réacteur de troisième génération au monde à avoir obtenu une licence dans quatre pays différents (en France bien sûr, mais également en Finlande, en Chine et au Royaume-Uni) et devrait produire ses premiers mégawattheures d’énergie dans les mois à venir. En Finlande tout d’abord, premier pays à avoir accueilli la technologie EPR, le chantier en cours sur le site d’Olkiluto 3 devrait finalement arriver à son terme. Après avoir connu plusieurs retards et surcoûts, Areva et Teollisuuden Voima Oyi (TVO) ont finalement trouvé un compromis monétaire en mars 2018  pour une mise en service commerciale du réacteur prévue pour mai 2019. Tous les voyants sont au vert également pour les EPR chinois de Taishan dont l’unité 1 sera la première au monde à produire de l’électricité. Cette unité a réussi en 2017 tous les essais « à chaud », qui consistent à tester les matériels dans des conditions de température et de pression similaires aux conditions d’exploitation. L’unité 2 est quant à elle en cours de finalisation et doit prochainement entamer les phases d’essais pour un raccordement au réseau prévu l’année prochaine.

A Flamanville dans la Manche, le seul réacteur EPR en construction sur le territoire français est lui aussi proche de sa mise en production. Les essais à froid ont été réalisés avec succès début 2018 et seront suivis dès le mois de juillet prochain par les essais « à chaud » dans le but de démontrer là encore le bon fonctionnement de l’installation dans des conditions similaires à celles d’exploitation.. Les EPR britanniques d’Hinkley Point enfin, ont vu leur chantier débuter en 2017 et pourraient démarrer dès 2025 selon le premier calendrier prévisionnel du groupe EDF. Ce chantier bénéficie déjà des retours d’expérience et de l’expertise acquise par l’exploitant français au cours de la dernière décennie, et devrait ainsi connaitre un délai de livraison considérablement réduit.

De manière générale, le groupe EDF, qui travaille actuellement sur la mise en œuvre d’une conception optimisée de l’EPR pour un coût optimisé, compte sur la mise en service de quatre réacteurs EPR dans les deux prochaines années pour se positionner comme une référence à l’export sur le marché international. Un accord définitif pour la construction de six réacteurs supplémentaires sur le site de Jaitapur en Inde est attendu d’ici la fin de l’année 2018, et d’autres pays ont exprimé leur intérêt pour cette technologie dont l’Arabie Saoudite.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Impossible que les EPR puissent être « un atout » même en étant vendus comme actuellement sous forme importante de transferts technologiques (après presque 12 ans de négociations) majoritairement dans des zones à risques, par le biais de contrats d’Etats impliquant différents arrangements (comme la mise à disposition de bases militaires à l’Inde – stratégie du collier de perles) et comme le fait notamment Rosatom au Soudan, Egypte, Ouganda, les pays du Moyen-Orient en général etc et souvent auprès de régimes en plus corrompus et préparant un avenir de plus en plus risqué, non seulement par les zones de positionnement des centrales mais la dissémination qui en découle.

    Pendant ce temps :

    Etat de New York :

    Résultat d’un appel d’offres pour 26 projets d’énergies renouvelables à grande échelle, le plus important engagement d’un État dans l’histoire des États-Unis en matière d’énergies renouvelables.

    Prix de production de l’électricité via ce projet : 21,71 $ /MWh (soit 17 €/MWh) (pur rappel le nucléaire est à quelques 125 €/MWh, le gaz à environ 60 €/MWh)

    Objectif 50 % de l’électricité de l’Etat de New York à partir de sources d’énergie renouvelables d’ici 2030

    L’un des parcs éoliens comporte une composante de stockage d’énergie, ce qui est la première fois qu’un projet d’énergie renouvelable à grande échelle le fait dans l’État de New York. Plusieurs projets débuteront dès avril 2018 et tous les projets devraient être opérationnels d’ici 2022.

    Etre compétitif avec des prix qui pour le solaire en Europe tendent vers les 17-25 euros le MWh sous peu et l’éolien qui se rapproche des 40/45 euros le MWh, même en intégrant le stockage et alors que le nucléaire n’intègre pas tous les frais comme le retraitement etc ne fera que se confirmer comme étant impossible.

    https://www.linkedin.com/pulse/le-plus-important-engagement-dun-%C3%A9tat-dans-lhistoire-des-lamotte

    .

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    • Que le nucléaire français n’intègre pas tous ses coûts est un mensonge, classique chez les antinucléaires, mais démonté à chaque fois où quelqu’un a étudié la question (car je vous rappelle que ce n’est pas parce qu’il y a des incertitudes que forcément les coûts sont sous-évalués, et encore moins non-provisionné du tout).

      Que des centrales solaires et éoliennes intègrent de petites batteries, capables de stocker à peine quelques heures de production, ne change pas fondamentalement la donne : Elles ne peuvent pas remplacer complètement une centrale pilotable. Elles n’assurent donc pas le même service, et comparer leurs coûts n’a aucun sens.

      Et c’est la raison pour laquelle tous les pays qui investissent dans les ENR (je dis bien tous) investissent aussi dans des énergies pilotables.

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  • Comment peut-on dire qu’un réacteur nucléaire est plus sûr et conçu dans des objectifs de sûreté renforcée. Sans doute oui en théorie, mais en pratique, on en est loin pour le moment. Le réacteur de Flamanville a des défauts de fabrication pour sa cuve et son couvercle et maintenant on découvre des soudures mal réalisées, sans parler des bétons qui laissent aussi à désirer. Pour moi, un réacteur avec des objectifs de sûreté renforcés devrait comporter zéro défauts.
    Pour le reste, je partage le point de vue d’Energie+ ci-avant. Economiquement les EPR ne sont plus dans la course et le côté pilotable de ces EPR ne correspond pas à ce qu’il faut en complément des renouvelables, à la fois sur le plan technique (pilotable mais pas assez réactif) et sur le plan économique, car à terme, les énergies renouvelables seront dominante une bonne partie de l’année, et les centrales pilotables ne fourniront que de petits compléments. Dans ce cadre, il est aberrant d’utiliser une technique comme l’EPR à très grosses charges financières liées à la construction de ces réacteurs. Il est bien plus intelligent d’utiliser des centrales gaz, peu coûteuses à la construction, et qui, en plus pourront à terme fonctionner avec du gaz renouvelable (biogaz ou gaz de synthèse produit avec les surplus de productions renouvelables).
    En France, l’énergie nucléaire ne tient que grâce à un lobby bien installé dans les hautes sphères de l’Etat, ce dernier fermant les yeux sur les coûts financiers de cette industrie et n’hésitant pas à faire participer le citoyen pour la renflouer, sans lui demander son avis.

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  • Quand vous êtes à court d’argument vous accusez les autres de mensonges, alors que sur le sujet des coûts non intégralement connus vous l’admettiez pourtant auparavant (sujet plusieurs fois évoqué). Et là j’évoquais en plus les EPR.

    Le stockage local d’un parc est une chose mais l’opérateur de réseau gaz californien a étudié le prix de la méthanation (qui est un stockage massif) et confirme qu’avec l’évolution technique notamment il est désormais compétitif aux batteries, elles-mêmes compétitives aux centrales thermiques gaz.

    Enfin il est faux de dire que tous les pays qui font des renouvelables investissent dans des centrales thermiques car comme je vous l’avais démontré avec le recensement annuel de celles qui ferment, les renouvelables en font fermer beaucoup au plan mondial.

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  • Ayant travaillé sur l’EPR début 2016 on parlait d’un cout sur le site fin 2015 à 15.5 milliards.A raison de 3 à 4 /an le calcul est vite fait…Mais je crache point dans la gamelle ,ça à fait vivre beaucoup d’entreprises françaises , d’Europe de l’est et du sud (les grands groupes français sont très consommateurs de travailleurs détachés au dépend de notre système de retraite).
    Vu les échos que j’ai eu le personnel à été bien réduit fin 2017 .
    Mais qu’on arrête d’enfumer les contribuables avec un budget de 10.5 milliards sur tous les articles que je vois.Le budget ne s’est pas arrêté en 2013!!!
    Les centrales dans les années 70 coutaient 4 à 5 milliards de francs/pièces ,d’après mes anciens collègues retraités à l’heure actuel .
    6 ans de production pour rentabilisé ,après ce n’était que du frais de fonctionnement et mise aux normes évolutives. Royalties assuré. Ce sera peut-être moins le cas avec les EPR au cout du renouvelable…mais les autres pays avancent bien sur ce sujet.Tous non pas une flotte de dissuasion à fournir en combustibles.
    Réduisons déjà notre consommation avec tous les logements équipés de radiateurs pourris par une source renouvelable, et le principal consommateur à la maison le chauffe-eau par un solaire thermique comme beaucoup de pays voisins que je visite.
    Avec un changement radical de consommation de notre part nous CONSOMMATEURS
    nous réduirons sans problème notre parc.

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