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Les Emirats arabes unis à deux pas du nucléaire civil

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Après plusieurs années de concertations, de prospection, de conception puis de construction, les Emirats arabes unis y sont presque. La mise en service en 2018 de leur premier réacteur nucléaire leur permettra de rentrer officiellement dans le cercle des pays producteurs d’énergie nucléaire et de bénéficier enfin d’une véritable alternative aux hydrocarbures. Pour cela, Abou Dhabi n’a pas lésiné sur les moyens et a tout fait pour répondre aux exigences internationales en matière de sûreté, de sécurité et de radioprotection. 

Raréfaction des hydrocarbures et diversification du mix énergétique

Si les Emirats arabes unis (EAU) sont toujours un des principaux pays exportateurs de pétrole au monde (7% des réserves mondiales), ils prennent depuis plusieurs années déjà des mesures pour réduire leur dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles dans leur production d’énergie. Les nouveaux enjeux en matière de lutte contre le réchauffement climatique et la raréfaction progressive des ressources pétrolières, leur imposent désormais d’organiser l’après-pétrole, et d’adapter leur système énergétique à de nouvelles sources d’énergies décarbonées.

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A terme, les EAU espèrent ainsi mettre en place un nouveau mix énergétique composé à 44% d’énergies renouvelables, à 38% de gaz, à 12% de combustibles fossiles propres et à 6% d’énergie nucléaire. « Notre but est de parvenir à un équilibre entre nos besoins économiques et nos objectifs en matière d’environnement », a récemment déclaré sur Twitter le Premier ministre, cheikh Mohamed ben Rached Al-Maktoum, alors que l’Etat du Golfe dévoilait sa « stratégie énergétique 2050 ». « L’idée est d’augmenter à 50% nos contributions pour les énergies propres« , a-t-il ajouté. Pour cela, les EAU ont annoncé leur volonté d’investir plus de 163 milliards de dollars dans des projets de diversification énergétique qui leur permettront de mettre à profit un potentiel hors-norme en matière d’énergie solaire via la construction de nouvelles centrales solaires à concentration, et de poursuivre le développement de l’énergie nucléaire entamé ces dernières années.

25% d’énergie nucléaire dans la production d’électricité d’ici 2020

Cette stratégie de diversification vers les énergies bas carbone a en effet incité le royaume à s’engager dès 2009 dans un vaste programme de développement de l’énergie nucléaire prévoyant, sur le site de Barakah à l’ouest d’Abou Dhabi, la construction d’un parc de quatre réacteurs nucléaires de type APR 1400 à eau pressurisée de 1400 MW chacun et d’une durée de vie de 60 ans. Ce projet a fait l’objet d’un contrat de plus de 20,4 milliards de dollars remporté par un consortium conduit par la Korea Electric Power Corp et regroupant plusieurs groupes internationaux (Samsung, Hyundai et Doosan Heavy Industries), auquel s’est ajouté un second contrat de trois milliards de dollars avec d’autres firmes internationales (dont le français Areva) pour l’approvisionnement des réacteurs en combustible nucléaire lors des 15 prochaines années.

 

 

 

 

 

 

 

Selon Mohamed al-Hammadi, président de l’Emirates Nuclear Energy Corp (Enec), le premier des quatre réacteurs nucléaires construit en collaboration avec l’entreprise nationale d’électricité sud-coréenne KEPCO sera prêt à produire de l’électricité d’ici 2018 et les trois autres d’ici à 2020, date à laquelle ils assureront ensemble 25% de la production électrique du pays. En attendant, la filière nucléaire émiratie se prépare et s’organise en recrutant nombre d’ingénieurs et techniciens de toutes nationalités. L’Enec emploie déjà 1.700 personnes, un effectif qui sera porté en 2020 à 2.500, et un vaste programme de formation a été lancé aux profit des nationaux, notamment en direction des diplômés des écoles d’ingénieurs et de techniciens (la compagnie s’est engagée à réserver 60% des emplois aux ressortissants des Emirats arabes unis).

La priorité donnée à la sûreté nucléaire 

« Je suis fier de l’engagement inébranlable et du professionnalisme démontré par toute l’équipe. De nos ingénieurs émiratis à nos experts internationaux et partenaires coréens, l’accent a été mis sur la qualité, la sécurité et l’efficacité tout au long de ce processus de développement », a déclaré Al Mubarak, président du conseil d’administration de l’Enec, à l’occasion d’une visite officielle du chantier le 14 août 2017. L’installation du réacteur final et des générateurs de vapeur vient en effet d’être validée et tous les feux semblent au vert pour une mise en service effective dès l’année prochaine.

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Depuis le début du chantier, la FANR (Federal Authority for Nuclear Regulation), l’Agence gouvernementale mise en place en 2009 et chargée de la réglementation du programme et de sa sécurité, veille au grain et délivre permis de construction, d’exploitation et autorisations de démarrage au compte-gouttes. Désireux de rassurer la communauté internationale sur sa capacité à développer une filière nucléaire à la fois sûre et efficiente, et de s’imposer comme la référence en la matière au Moyen-Orient, les EAU ont en effet mis ce chantier entre les mains d’une autorité indépendante. Celle-ci a pu, au cours d’un examen complet d’une durée de 18 mois, analyser l’ensemble des facteurs liés à l’adéquation du site aux réacteurs, à la conception de l’installation, ou aux respect des normes de sécurité et de sûreté dans l’application des mesures de radioprotection.

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’ENEC a fait sa demande de mise en service en mars 2015, via un volumineux dossier de 15.000 pages« , explique à l’AFP Christer Viktorsson, directeur général de l’autorité de régulation. Depuis le dépôt du dossier, la FANR a envoyé « mille questions à l’ENEC et continue d’en envoyer« , et l’autorisation finale de démarrage ne sera donnée que si toutes ces questions reçoivent des réponses sans équivoque pour éviter tout accident. Mais compte tenu des progrès enregistrés, le premier réacteur sera probablement opérationnel en 2018, et la FANR continuera de toute façon « à veiller à ce que ce développement se poursuive en toute sécurité et en paix« , conclut M. Viktorsson.

Crédits photo : FANR

Rédigé par : La Rédaction

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