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Le continent africain face au défi de l’électrification durable

Bien qu’elle dispose de ressources renouvelables abondantes, l’Afrique est aujourd’hui confrontée à de nombreux problèmes d’approvisionnement énergétique. L’exploitation de ces énergies propres et le développement de nouvelles capacités de production électriques constituent à ce titre un défi majeur pour le continent dans les décennies à venir.

Une demande d’énergie en forte progression

Si la croissance économique des pays africains est aujourd’hui des plus prometteuses, elle est freinée dans de nombreuses régions par un déficit énergétique caractéristique. En effet, près des deux tiers des africains résidant dans des régions hors de portée des réseaux restent privés d’électricité tandis que 730 millions dépendent toujours du charbon de bois pour la cuisson ou du pétrole pour l’éclairage.

« Avec un parc électrique de 160 gigawatts et un taux d’accès à l’électricité inférieur à 50% (hors Afrique du Nord), le développement économique est illusoire (…) si la consommation électrique cumulée de tous les pays de l’Afrique subsaharienne reste inférieure à celle d’un pays comme l’Espagne« , explique à l’AFP Thierno Bocar Tall, PDG de la Société africaine des biocarburants et des énergies renouvelables (Saber).

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Si l’électrification s’impose donc comme l’une des priorités de développement du continent, elle devra nécessairement s’appuyer sur l’émergence progressive des énergies renouvelables. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit une demande d’énergie multipliée par trois d’ici 2030, ce qui nécessiterait plus de 3.000 milliards de dollars d’investissements d’ici à 2035. De son côté, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) estime que la part des énergies vertes pourraient être multipliée par quatre à l’horizon 2030 et représenter plus de 22% du mix énergétique africain (contre seulement 5% en 2013).

Des énergies renouvelables plus compétitives

Les investissements dans les filières renouvelables ont largement progressé ces dernières années et la baisse des coûts de production des énergies solaire et éolienne a entrainé une multiplication des projets énergétiques en Afrique sub-saharienne. « L’Afrique s’électrifie à une époque où les énergies renouvelables sont devenues efficaces et rentables, donc l’électrification se fera par la force des choses de manière plus propre« , assure quant à lui Philippe Bozier, directeur énergie et infrastructure en Afrique francophone chez PwC.

A titre d’exemple, pour l’année 2014, le nombre d’installations mises en service a dépassé celui enregistré au cours des 13 années précédentes. Le montant des investissements réalisés en Afrique du Sud, au Kenya et en Éthiopie est ainsi estimé à 5,9 milliards de dollars en 2014 et pourrait s’élever à 7,7 milliards de dollars en 2016 (contre 1 milliard de dollars par an en moyenne entre 2006 et 2011).

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Il faut dire que le continent bénéficie de réserves énergétiques considérables. Ressources solaires abondantes sur tout le continent, potentiel hydraulique élevé dans les régions centrales et méridionales, potentiel géothermique dans la vallée du grand rift, ressources éoliennes dans les régions du nord, de l’est et du sud. Selon le scénario de l’Irena, les énergies renouvelables permettraient de produire jusqu’à 50% de l’électricité en Afrique, réduisant ainsi drastiquement les émissions de gaz à effet de serre du continent.

Une énergie solaire pleine de promesses

Avec plus de 70 gigawatts installés d’ici à 2030 (toujours selon l’Irena), l’énergie solaire aujourd’hui encore marginale sur le continent doit jouer un rôle majeur dans le processus d’électrification de l’Afrique. Son coût de plus en plus faible encourage les autorités et les investisseurs étrangers à soutenir le développement d’importantes centrales solaires à l’image de celle de Noor installée à Ouarzazate (Maroc). « Le solaire est en train de devenir la source de génération d’électricité la moins chère du monde, ce qui bouscule la donne de manière incroyable en Afrique« , explique Yasser Charafi, chargé d’affaires infrastructures au Sénégal de la SFI (Banque mondiale).

Dans les territoires ruraux, certains pays comme le Rwanda, la Tanzanie et le Kenya en sont même à encourager la génération d’électricité hors-réseaux via la commercialisation de petits panneaux solaires à même d’alimenter de mini-réseaux ou quelques appareils domestiques. En Côte-d’Ivoire et en collaboration avec Off Grid Electric, l’électricien français EDF a récemment lancé une offre solaire hors réseaux sous forme de kits associant panneaux solaires et batteries lithium-ion permettant de stocker l’électricité.

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La croissance économique avant tout

Toutefois, malgré ce conjoncture favorable, la croissance des énergies vertes en Afrique reste encore insuffisante et largement inférieure à celle des combustibles fossiles. En effet, les besoins actuels sont tels que le continent ne peut se permettre d’attendre le développement des renouvelables. Conséquence directe de cette urgence énergétique: de nombreux projets consacrés aux énergies fossiles continuent de voir le jour sur l’ensemble du continent. La Côte d’Ivoire soutient par exemple un projet de centrale au charbon d’une capacité de 700 MW tandis que la République Démocratique du Congo développe une installation similaire d’une capacité de plus de 1.000 mégawatts dans l’Etat de Kogi. De récentes découvertes pétrolières et gazières devraient également être exploitées au Sénégal et au Nigeria.

« Pour un gouvernement, la priorité c’est de fournir de l’énergie aux industries et à la population, surtout urbaine« , explique à l’AFP Alexis Gazzo, membre du cabinet d’études EY, spécialiste des énergies renouvelables.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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