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L’essor de la climatisation : un nouveau casse-tête énergétique ?

climatiseur_piotrusL’Académie nationale américaine des sciences (PNAS) a publié lundi dernier une étude qui rend compte de le la croissance de la climatisation dans les pays en développement. A cet égard, les auteurs de la publication évoquent le gigantesque enjeu énergétique qui se cache derrière cette tendance, en particulier dans les pays en développement qui sont de plus en plus friands des appareils de climatisation.

 

La climatisation: un appareil énergivore et potentiellement néfaste pour l’environnement

Après la tragédie de Fukushima en 2011, le Japon avait décidé de fermer ses 48 réacteurs nucléaires à titre préventif créant alors une situation de stress énergétique, laissant la population sous la menace de coupure d’électricité notamment pendant la période estivale. En effet, au Japon les pointes de consommation ont lieu en été du fait de la très forte consommation en électricité des appareils de climatisation. Depuis l’arrêt du parc nucléaire japonais qui produisait 30% de l’électricité du pays, et dans l’attente de l’éventuelle relance de certains réacteurs, le gouvernement nippon incite les salariés à quitter leurs cravate et veste de costume en été, et demande aux entreprises à baisser la climatisation de quelques degrés, pour ainsi éviter une trop forte consommation électrique synonyme de risque de coupure de courant.

L’étude menée par Lucas Davis et Paul Gertler pour la PNAS s’intéresse à cette consommation électrique émanant des climatiseurs en se fondant sur une enquête poussée de la situation énergétique mexicaine. L’analyse de près de 27.000 foyers mexicains a montré que d’ici la fin du siècle, la seule consommation électrique due aux climatiseurs engendrerait une hausse de 80% des besoins électriques du pays.

Aujourd’hui la majorité de l’électricité mondiale est produite grâce à des centrales thermiques utilisant le principe de la combustion d’énergie fossiles, un système de production qui émet de nombreuses quantités de gaz à effet de serre. Une augmentation de la consommation électrique due à l’essor des climatiseurs a donc un effet néfaste sur l’environnement. Néanmoins ce n’est pas le seul : les climatiseurs fonctionnent avec des fluides frigorigènes à base d’hydrofluorocarbures (HFC), qui est un des six principaux gaz à effet de serre recensés par le protocole de Kyoto (1997). Ainsi, les climatiseurs au bout d’un certains temps d’utilisation laissent s’échapper dans l’atmosphère ce type de gaz qui contribue lui aussi au réchauffement climatique, le HFC étant d’ailleurs beaucoup plus néfaste que le dioxyde de carbone. Ces fuites de HFC peuvent être limitées grâce à une maintenance sérieuse des climatiseurs, en particulier ceux présent dans les automobiles.

La climatisation se développe à grande vitesse dans les anciens « pays du Sud »

L’étude de la PNAS se fonde aussi sur un sommet informel qui a eu lieu il y a deux semaines à Bangkok en Thaïlande et qui avait pour thème majeur le traitement des HFC selon le protocole de Montréal (1987). C’est lors de ces discussions que Nihar Shah, un scientifique attaché à l’université de Berkeley, a évoqué avec sérieux le risque que pouvait présenter l’émergence des climatiseurs dans les pays en développement, pour la couche d’ozone. Celui-ci a notamment mis l’accent sur l’Asie qui voit déjà le nombre de vente de climatiseurs s’envoler depuis une dizaine d’année, pour preuve en Chine jusqu’à 64 millions de climatiseur ont été vendus en 2013, soit huit fois plus qu’aux Etats-Unis.  Si l’usage de ces appareils devrait améliorer le quotidien d’individus vivant dans des zones tropicales ou subtropicales comme l’Inde, l’Indonésie, le Nigéria les Philippines ou encore le Pakistan, il représente un enjeu économique et énergétique de taille, en plus de celui concernant la protection de l’environnement.

Lucas Davis, un des principaux auteurs de l’étude de la PNAS affirme que dans ces pays en développement, « selon des hypothèses basses d’accroissement des revenus de ces pays, notre modèle montre que la proportion des ménages avec la climatisation va passer de 13% aujourd’hui à plus de 70% d’ici la fin du siècle ». En matière de dépense en énergie électrique ces changements impliqueraient selon l’étude une hausse de plus de trois milliards de dollars par an en dépenses en électricité, à laquelle s’ajouterait une augmentation annuelles de plus de 23 milliards de tonnes d’émissions de CO2. Une tendance qui font s’interroger les experts à l’heure où de nombreux pays affiches leurs objectifs de réductions de gaz à effet de serre dans le cadre de la conférence sur le climat (COP21) qui aura lieu à Paris à la fin de l’année.

Crédits photo: Piotrus

Rédigé par : La Rédaction

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