Les importations indiennes d’engrais azotés ont augmenté de 52 % au premier semestre 2026, par rapport à la même période de 2025. Selon une étude publiée le 18 septembre par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), cette progression représente plus de 1,1 million de tonnes supplémentaires.
L’explication se trouve dans les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL). Les perturbations des exportations du Golfe ont privé plusieurs installations industrielles indiennes d’une partie de leur matière première, réduisant leur capacité à fabriquer des engrais. Pour compenser, New Delhi s’est notamment tourné vers la Chine, l’Égypte, le Vietnam et la Russie.
Pourquoi la fabrication des engrais dépend autant du gaz
Le gaz naturel joue un rôle essentiel dans la production d’ammoniac, utilisé pour fabriquer la plupart des engrais azotés, dont l’urée. Sa transformation permet d’obtenir l’hydrogène qui sera ensuite combiné à l’azote de l’air grâce au procédé industriel Haber-Bosch.
Cette fabrication consomme beaucoup d’énergie. Selon une note publiée le 5 novembre 2026 par l’IRIS, environ 70 % de l’ammoniac mondial est actuellement produit à partir d’hydrogène issu du gaz naturel, contre 25 % à partir du charbon, principalement utilisé en Chine.
Le gaz sert donc à la fois de matière première et de combustible. Lorsque son prix augmente, le coût de fabrication de l’ammoniac progresse. Lorsque les livraisons deviennent insuffisantes, les usines peuvent être contraintes de ralentir leur production.
Le détroit d’Ormuz occupe une place importante dans cette industrie. Le golfe Persique représente normalement environ 30 % des exportations mondiales d’urée et 20 % de celles d’ammoniac. Le conflit régional a donc perturbé simultanément les exportations d’engrais et les approvisionnements énergétiques de plusieurs pays producteurs.
Les conséquences ont été particulièrement visibles sur les prix. D’après les chiffres repris par l’IRIS, la tonne d’urée est passée d’environ 400 dollars en janvier à 850 dollars en avril 2026, avant de redescendre sous les 400 dollars en septembre.
Cette baisse s’explique notamment par le recul saisonnier de la demande et l’augmentation des exportations de producteurs situés hors du Golfe. Les États-Unis ont presque triplé leurs exportations d’urée au premier semestre, tandis que la Chine a également accru ses ventes à l’étranger.
La détente des prix ne signifie cependant pas que toutes les difficultés ont disparu. Le marché du gaz reste perturbé et les achats d’engrais pourraient repartir à la hausse avec les prochaines campagnes agricoles, notamment au Brésil et en Asie.
La Banque mondiale prévoit ainsi une hausse moyenne de 14 % des prix des engrais en 2026, avant une baisse attendue en 2027. Dans ses prévisions du 28 octobre, elle souligne que cette évolution dépendra notamment de la reprise des approvisionnements énergétiques et de la circulation des marchandises.
L’expérience indienne montre qu’une industrie nationale de fabrication d’engrais peut rester vulnérable lorsqu’elle dépend d’un combustible importé. Tant que l’ammoniac sera majoritairement produit à partir du gaz naturel, les perturbations du marché gazier continueront d’avoir des conséquences directes sur le coût et la disponibilité des fertilisants.






