Elon Musk a fait transformer des moteurs de Boeing 747 pour son centre de données IA, une pollution qui incite des habitants à alerter les autorités

Huit réacteurs de Boeing 747 recyclés alimentent désormais le centre de données de Musk, avec deux fois plus de monoxyde de carbone autorisé que la normale. Pollution, bruit, procès : la course à l’IA cache un revers inquiétant pour les riverains.

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Elon Musk a fait transformer des moteurs de Boeing 747 pour son centre de données IA, une pollution qui incite des habitants à alerter les autorités
Elon Musk a fait transformer des moteurs de Boeing 747 pour son centre de données IA, une pollution qui incite des habitants à alerter les autorités © L'EnerGeek

La société d’intelligence artificielle d’Elon Musk alimente désormais ses superordinateurs avec d’anciens moteurs d’avion reconvertis en générateurs électriques. Huit turbines issues de moteurs de jets, modifiées pour brûler du gaz naturel, ont été installées sur le site du centre de données Colossus 2, dans l’État du Mississippi, le centre de données étant celui de Memphis.

L’information est rapportée par le New York Times, qui s’appuie sur des permis délivrés par l’État et sur des images satellites.

Des réacteurs de Boeing reconditionnés par ProEnergy

Les moteurs utilisés proviennent d’anciens Boeing 747 et 767, équipés de réacteurs General Electric. C’est ProEnergy, une entreprise du Missouri, qui les reconditionne en générateurs fonctionnant au gaz naturel. Chaque unité peut produire jusqu’à 50 MW, soit une puissance combinée de 400 MW pour les huit turbines, de quoi couvrir les besoins d’environ 120 000 foyers.

Le permis accordé à xAI pour Colossus 2 porte en réalité sur 41 turbines permanentes, pour une puissance totale proche de 1,2 GW. L’été dernier, Musk a promis que la capacité du site serait multipliée par sept.

La raison de ce choix tient avant tout à la rapidité. Raccorder un centre de données au réseau électrique américain prend généralement des années : selon l’Agence internationale de l’énergie, il faut compter environ sept ans pour obtenir 100 MW en Virginie du Nord.

Les turbines neuves des grands fabricants sont elles aussi en rupture de stock, l’essentiel des capacités n’étant attendu que vers 2031, selon un dirigeant de Mitsubishi Power. À l’inverse, les unités dérivées de moteurs d’avion permettraient de faire démarrer un centre de données en moins de vingt-quatre mois, d’après un analyste de Rystad Energy.

L’administration Trump encourage par ailleurs les centres de données à produire eux-mêmes leur électricité. Beaucoup de ces moteurs dorment dans les cimetières d’avions du désert de Sonora, en Arizona : selon une estimation de l’Agence américaine d’information sur l’énergie, les réacteurs des quelque 4 000 avions militaires stockés sur la seule base de Tucson pourraient produire 40 000 MW, davantage que toute la capacité électrique de l’État.

Des plafonds de pollution relevés

Le permis accordé pour ces huit turbines autorise un plafond de monoxyde de carbone deux fois plus élevé que celui fixé pour d’autres installations du site, ainsi que 25 % de composés organiques volatils supplémentaires. Des documents mentionnent aussi la présence de formaldéhyde, une substance cancérogène, parmi les gaz émis.

Le Southern Environmental Law Center, une association de défense de l’environnement, conteste l’autorisation accordée par l’État du Mississippi. Ses avocats estiment que xAI a sous-estimé les rejets prévus et n’a pas démontré le respect de certaines limites. Ils reprochent aussi à l’entreprise d’avoir choisi des moteurs de Boeing reconditionnés, alors que des turbines récentes émettent nettement moins de polluants. Le permis a pourtant été validé en mars 2026, malgré une forte opposition locale.

Cette contestation s’ajoute à une bataille judiciaire antérieure. L’association de défense des droits civiques NAACP et des organisations environnementales ont attaqué xAI en justice au sujet de 27 turbines temporaires, utilisées sans les permis fédéraux que ces associations jugent obligatoires.

Selon Reuters, le site compte en réalité 57 turbines au total, dont 30 rejetteraient à elles seules près de 2 500 tonnes d’oxydes d’azote et 4 000 tonnes de monoxyde de carbone chaque année. En octobre 2026, un juge fédéral a refusé d’écarter cette procédure.

Autour du site, les habitants dénoncent un bruit constant, jour et nuit, à quelques centaines de mètres de leurs maisons. En juin 2026, trois riverains ont lancé une action collective contre xAI et SpaceX pour nuisance sonore et perte de valeur immobilière.

Pour apaiser la contestation, Musk a proposé de racheter plusieurs maisons du quartier Colonial Hills, à proximité immédiate du site. L’offre comporte une clause interdisant aux vendeurs de rejoindre la procédure judiciaire en cours.

xAI n’est pas seule à recourir à ces moteurs recyclés. Crusoe, qui construit le site Stargate d’OpenAI à Abilene, au Texas, a commandé treize unités converties à ProEnergy en avril. Boom Supersonic, de son côté, vend désormais une version de son moteur d’avion supersonique comme centrale pour centres de données.

Plusieurs experts cités par le New York Times considèrent toutefois ces moteurs d’avion recyclés comme une solution de court terme : l’efficacité énergétique et les questions environnementales devraient peser davantage d’ici un ou deux ans. Musk, lui, mise à plus long terme sur des centres de données en orbite, alimentés directement par le soleil.

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