Nucléaire flottant : Rosatom négocie avec quatre pays africains et signe un accord avec le Togo

Au sommet Russie-Afrique de Moscou, Rosatom a détaillé son offre de centrales nucléaires flottantes et confirmé des discussions avec l’Égypte, le Togo, la Namibie et la Tanzanie. Le Togo a signé un protocole d’accord exploratoire, tandis que les conditions financières et les autorisations des éventuels projets restent à définir.

Publié le
Lecture : 3 min
B857a3ae Nucleaire Flottant Afrique
Nucléaire flottant : Rosatom négocie avec quatre pays africains et signe un accord avec le Togo © L'EnerGeek

Rosatom veut faire du nucléaire flottant une nouvelle porte d’entrée sur les marchés électriques africains. Le groupe public russe a indiqué le 28 octobre 2026, pendant le sommet Russie-Afrique de Moscou, discuter de projets avec l’Égypte, le Togo, la Namibie et la Tanzanie. Le même jour, Lomé a signé avec l’entreprise un protocole d’accord pour étudier des coopérations nucléaires. Il s’agit, à ce stade, de négociations et d’un cadre d’étude, et non de commandes de centrales.

Selon les déclarations de dirigeants de Rosatom recueillies par Reuters, le modèle proposé à l’exportation développe une puissance de 100 mégawatts et repose sur des réacteurs RITM-200M adaptés aux climats chauds. Les unités seraient construites dans un chantier naval, puis remorquées vers un site côtier où elles alimenteraient le réseau électrique.

Une offre de production électrique plutôt qu’une vente classique de centrale

Rosatom met en avant un modèle de contrat d’achat d’électricité à long terme. Dans ce schéma, l’État ou l’acheteur local s’engagerait à acquérir l’énergie produite, tandis que les opérations de maintenance et de rechargement du combustible seraient prises en charge en Russie. Le groupe évoque une durée d’exploitation pouvant atteindre soixante ans.

Cette architecture commerciale pourrait limiter certains investissements initiaux à la charge du pays hôte, mais son intérêt économique dépendra du prix du kilowattheure, des garanties publiques, du raccordement au réseau et du partage des responsabilités sur plusieurs décennies. Aucun tarif contractuel, calendrier de construction ou plan de financement définitif n’a été rendu public pour les quatre pays cités.

La Russie exploite déjà une centrale nucléaire flottante dans la région de Tchoukotka, mise en service en 2020. Cette expérience fournit une référence technique, mais le déploiement d’unités dans des ports africains imposerait des études spécifiques sur le refroidissement, la sûreté, la protection des installations, les infrastructures portuaires et l’organisation des secours.

Le Togo franchit une étape diplomatique, pas encore industrielle

Le protocole signé le 28 octobre entre le ministère togolais de l’Énergie et Rosatom prévoit d’examiner des projets de production électrique, d’autres applications du nucléaire et la formation de personnels. Le groupe russe présente les unités flottantes comme l’une des possibilités envisagées. Le texte annoncé ne désigne pas de site, ne fixe pas de puissance commandée et ne vaut pas autorisation de construction.

L’Égypte entretient déjà une relation industrielle plus avancée avec Moscou : Rosatom y construit la centrale terrestre d’El-Dabaa, composée de quatre réacteurs de 1 200 mégawatts chacun. Les discussions sur des installations flottantes représenteraient un projet différent, avec une échelle et un modèle d’exploitation distincts.

Un signal pour la filière nucléaire française

Le dossier concerne aussi l’industrie européenne. Les pays africains qui cherchent à accroître leur production électrique constituent un terrain de développement potentiel pour les petits réacteurs modulaires. En France, EDF décrit son programme NUWARD comme une plateforme de production d’électricité et de chaleur bas carbone destinée notamment aux usages industriels, avec une commercialisation visée dans les années 2030. Il s’agit d’une autre technologie et d’une autre stratégie de déploiement que les barges de Rosatom.

Le rapprochement avec les quatre pays africains illustre ainsi une compétition internationale sur les modèles de financement, l’accès aux compétences et la fourniture durable d’électricité, autant que sur les réacteurs eux-mêmes. Pour les industriels français, l’enjeu est de comprendre les besoins des réseaux et les conditions de financement des futurs projets, sans présumer d’appels d’offres ni de contrats auxquels ils participeraient.

Avant qu’une centrale flottante puisse être mise en service, chaque pays intéressé devra disposer d’un cadre de sûreté et de contrôle adapté, négocier les responsabilités liées au combustible et aux déchets, et préciser les obligations du fournisseur comme de l’exploitant. Les annonces de Moscou ouvrent des discussions commerciales et réglementaires dont l’issue reste à déterminer.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.